La start-up En Marche est en train de se transformer en PME. Qui aurait misé sur le mouvement d’Emmanuel Macron lors de son lancement en avril 2016 ? Chez les socialistes lillois, personne. Mais depuis, En Marche a tout raflé quand d’autres ont tout perdu. Emmanuel Macron est devenu Président de la République, ses marcheurs ont décroché 308 mandats de députés, et ils sont désormais 28 sénateurs. Parmi eux, Frédéric Marchand, bien décidé à tisser la République En Marche à l’échelle locale, dans le Nord. Comme il n’y a pas d’élections avant 2020, LREM a besoin de commencer à peser dans les assemblées locales pour préparer les prochaines échéances. Pour cela, il faut des élus locaux comme le sénateur et maire d’Hellemmes. « Je n’ai pas la pertinence d’être un leader charismatique, confiait Frédéric Marchand le soir de son élection, le 25 septembre dernier. Mais pour la République en Marche, le moment est venu d’exister et de s’organiser à l’échelle du département ».

Vers un groupe Metropole En Marche

Les grandes manœuvres vont débuter à Lille le 19 octobre, jour du conseil de communauté à la MEL (Métropole Européenne de Lille). Viendra ensuite le temps de créer un groupe au Conseil Départemental, au Conseil Régional et probablement dans plusieurs municipalités comme celle de Lille. En attendant, LREM va donc créer à la MEL le groupe « Métropole En Marche », comme « MEM pas peur », sourit Frédéric Marchand. Il faut un minimum de quatre élus pour créer un groupe et bénéficier des moyens de la MEL (un bureau, un chargé de mission, des services comme l’accès aux revues de presse, etc…). « C’est fait », dit-il sans vouloir donner de noms. Selon nos informations, il s’agit du maire de Capinghem, Christian Mathon, de la socialiste wattrelosienne Marie-Christine Ringotte, de l’ancien PS tourquennois Michel-François Delannoy, et du nouveau sénateur.

D’autres élus pourraient rapidement rejoindre LREM. A commencer par le ministre de l'action et des comptes publics, Gérald Darmanin, qui était candidat sur la liste des sénatoriales de Frédéric Marchand. Mardi 3 octobre, le parti Les Républicains a en effet annoncé son exclusion lors d’un bureau politique… avant de faire machine arrière et de lui donner un délai de huit jours pour « s’expliquer » auprès du parti. Si Darmanin venait à rejoindre le groupe MEM, d’autres devraient suivre.

A gauche, les socialistes qui ont voté Macron dès le premier tour des présidentielles dans le secret de l’isoloir vont-ils franchir le Rubicon ? « Si le PS arrive à se refonder en restant le PS, certains qui auraient pu rejoindre En Marche resteront, explique le professeur des universités en sciences politiques Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences Po Lille, nommé ce jeudi par le ministre Jean-Michel Blanquer pour mener la réforme du baccalauréat. Mais si le PS implose, certains pourraient rejoindre LREM ». Pour le maire PS de Wattrelos, Dominique Baert, « le PS est dans un triste état ». « Formé à l’école de Pierre Mauroy, je préfère soutenir Macron et le faire clairement : beaucoup le pensent, et ne le disent pas, écrivait-il sur son blog le 23 septembre dernier. Ils ont tort, car il y va de la survie du PS ». Et il n’y a pas qu’au PS que l’on se pose des questions sur la stratégie à suivre. A l’UDI, beaucoup d’élus locaux sont aujourd’hui écartelés, entre calculs politiques et choix personnels, croit savoir Pierre Mathiot.

« On a été les précurseurs. On sera le phare éclairant »

En attendant, Frédéric Marchand, devenu pestiféré chez les socialistes, a décidé d’ouvrir la voie : « Ils partirent à quatre et arrivèrent à… ? », s’amuse-t-il. Le sénateur veut prendre le temps d’expliquer la philosophie de son futur groupe, à savoir : « soutenir la politique du Président de la République et celle du Président Damien Castelain, sans ambiguïté ». De quoi attirer d’autres élus de gauche ou de droite ? « On a été les précurseurs, estimait Frédéric Marchand le soir des sénatoriales. On sera le phare éclairant ».

Mais le chemin risque d’être semé d’embûches. Martine Aubry, la maire de Lille, s’est exprimée lors de son point presse de bilan de mi-mandat sur le ralliement du maire d’Hellemmes à LREM : « Qu’est-ce qui nous réunit ? Ce sont les valeurs que l’on porte. Quand on ne porte plus ces valeurs, on a raison de partir. On ne peut pas dire quand on soutient Macron qu’on fait une politique de gauche ». A 52 ans, Frédéric Marchand n’a pas repris sa carte au PS mais il aime rappeler ses convictions : « A ceux qui seraient tentés de s’amuser aux règlements de comptes, je dis qu’il ne faut pas jouer aux apprentis sorciers. Faut-il que je rappelle qu’en 2012, j’ai failli être lynché pour avoir accueilli cinq familles roms dans ma commune ? » L’élu a peu apprécié les propos de Martine Aubry. Ni son « mensonge » lorsqu’elle a dit que s’il avait voulu, il aurait pu être à ses côtés lors de la conférence de presse de mi-mandat. « On m’avait fait passer un message pour dire que j’étais indésirable à ce point presse. Alors comme ça, je serais devenu un infâme salopard ? Je ne suis plus un gamin de dix ans. Si elle croit que le règne de la terreur marche encore… »

Un autre socialiste a voulu faire les gros yeux au nouveau sénateur. L’ancien député PS Bernard Derosier, maire d’Hellemmes de 1983 à 2001, est venu jouer les trouble-fête au conseil communal d’Hellemmes mardi soir. Déjà sur son blog, il avait écrit sa « peine » de voir de nouveaux sénateurs macronistes s’éloigner du PS. « On parlera d’opportunisme ou de trahison. Qu’importe le qualificatif, l’attachement à des valeurs morales et politiques ne peut pas souffrir d’arrangements conjoncturels ». Avec humour, son fils politique Frédéric Marchand a simplement répondu sur Facebook par une phrase de l’humoriste Pierre Dac : « On peut tuer le père mais on ne doit pas piétiner le cadavre ».

Le 19 octobre, gros mercato à la communauté urbaine

Les dernières élections vont rebattre les cartes de la MEL. En effet, la loi sur le non-cumul des mandats oblige les nouveaux députés et sénateurs à démissionner de l’exécutif. La nouvelle loi interdit à tout parlementaire d’exercer une fonction exécutive locale comme celle de maire, adjoint au maire, président ou vice-président d’un établissement public de coopération intercommunale, président ou vice-président d’un conseil départemental, etc. De nouveaux visages vont donc occuper les postes de vice-présidents (VP) occupés jusqu’ici par le sénateur Marc-Philippe Daubresse (VP à l’aménagement du territoire & urbanisme), le sénateur Dany Wattebled (VP sports), le sénateur Olivier Henno (VP emploi, insertion, jeunesse), le député Francis Vercamer (VP politique de la Ville), le ministre Gérald Darmanin (VP transports).
Les 184 élus seront amenés à voter pour élire le nouvel exécutif. S’ils souhaitent à cette occasion changer de groupe, c’est le moment. D’autant que le groupe MCU (Métropole Communes Unies) pourrait se scinder en deux à l’occasion de la démission de sa présidente, la Villeneuvoise Florence Bariseau, annoncée fin juillet. Quant au MPC (Métropole Passions communes), groupe de Damien Castelain, il pourrait voir ses rangs grossir de quelques élus. Il n’y avait pas eu de conseil de communauté depuis juin. Celui d’octobre sera à observer à la loupe.