Dans le département du Nord, le plus peuplé de France (2,604 millions d'habitants), il y a la métropole lilloise, cinq ou six autres intercommunalités de plus de 100 000 habitants, et puis il y a les autres. La métropole lilloise concentre l'essentiel de la croissance démographique avec un gain de 34 000 habitants en 10 ans sur les quelque 40 000  engrangés en plus par le département sur la même période. Mais ce dynamisme est très relatif. Voire, carrément, un trompe-l'oeil.

D'abord parce que cette croissance, à peine plus de 3 %, reste faible par rapport aux autres grandes métropoles. Très, très loin de celle observée à Montpellier (+ 15%), à Toulouse et Rennes (+ 12%) ou à Nantes, Bordeaux et Lyon (+ 10-11%).

Ensuite, explique l’Insee, parce que cette faible croissance n’est due qu’au seul accroissement naturel. Très important, l'excédent des naissance sur les décès atteint +0,8 % par an sur l'arrondissement de Lille. Le solde migratoire, en revanche, s'avère négatif (-0,5%). Loin d'attirer des familles venues de Paris, Lyon ou Bordeaux, la métropole lilloise voit au contraire partir ses enfants. Autrement dit, ce sont les naissances qui en sauvent la face démographique, et lui donnent une apparence d'attractivité.

Au sein de la métropole, Lille, renforcée au fil des ans par Hellemmes puis Lomme, approche en 2020 les 233 000 habitants. Elle affiche en dix ans un gain de 7 000 résidents. Parmi ses voisines, Tourcoing se distingue avec 5 200 nouveaux habitants arrivés pendant la dernière décennie. Loos, Faches-Thumesnil, Wattignies, Wasquehal et Villeneuve d’Ascq enregistrent également une hausse démographique régulière.

Cette croissance est encore plus rapide à Wambrechies (+ 11%), à Saint-André (+ 16%) et surtout à Lesquin, près de l’aéroport (+ 29%). Dans la métropole, les champions de la croissance sont le petit village de Wicres, au cœur des Weppes, et le bourg de Capinghem, à deux pas de Lomme. Beaux gains démographiques également pour de gros bourgs de la deuxième couronne de Lille, comme Baisieux, Santes, Sainghin-en-Mélantois ou Wervicq-Sud.

A l’autre bout de l’échelle, Roubaix voit sa population stagner à 97 000 habitants, Marcq-en-Barœul et Lambersart vieillissent et perdent des habitants mais les communes les plus gravement touchées par l’érosion démographique sont Wattrelos, La Madeleine et Mons-en-Barœul.

Au delà de la métropole lilloise, qui concentre 44 % de la population du département, le mouvement de l'intercommunalité a permis de constituer cinq ou six gros foyers de population allant de près de 100 000 à près de 200 000 habitants. Mais cela n'a pas vraiment dopé leur attractivité. Sur les 18 structures intercommunales du département, seules cinq connaissent une croissance significative, supérieure à 4 % en 10 ans. Avec une pointe à + 8 % dans le Pévèle-Mélantois, où les nouveaux lotissements gagnent sur des terres à chicon, sans que le père Leroux se relève de sa tombe. Ce sont tous des secteurs périurbains offrant du foncier à moindre prix qu’à Lille intra-muros. Au nord-ouest de la métropole lilloise, de Bailleul à Bergues, la proximité de la Belgique s’ajoute à celle de Lille ainsi qu’un accès facile à l’autoroute qui assurent une croissance démographique soutenue au secteur. Toutes souffrent d'un solde migratoire négatif qu'elles compensent parfois, mais pas toujours, grâce à un nombre important de naissances, supérieur aux décès.

Cambrai
La croissance est faible, +2%, pour l’ensemble de l’agglomération (81 900 habitants en 2020), et encore plus faible , +0,8%, pour la ville centre de Cambrai (32 500 habitants). On enregistre de forts gains de population dans des communes très rurales où les lotissements continuent de gagner sur les terres agricoles (Awoingt, Estrun, Boursies, Séranvillers-Forenville, etc.). Parmi les bourgs du Cambrésis, seuls Iwuy et Masnières voient leur population progresser. Celle de Neuville-Saint-Rémy, Rieux et Marcoing reste stable tandis qu'Escaudœuvres, Raillencourt-Sainte-Olle et surtout Proville continuent de perdre des habitants.

Douai
Toujours bien décidée à mener son chemin loin de ses écrasantes voisines Lille et Lens, la fière Douai souffre. Près de 3 000 habitants perdus en 10 ans sur la ville, 2 500 sur l’ensemble de l’agglo. Quelques communes rurales s’urbanisent encore dans le Douaisis comme la patrie de l’ail, Arleux, mais elles sont rares. Flers-en-Escrebieux, Dechy et Flines-lez-Râches continuent de gagner des habitants mais Roost-Warendin, Lambres-lez-Douai, Cuincy, Lallaing et Sin-le-Noble en perdent inexorablement.

Dunkerque
Démographiquement, le Dunkerquois continue de plonger : 7 600 habitants évaporés entre 2010 et 2020 dans la communauté urbaine, qui s’installe sous la barre des 200 000 habitants (196 900 au lieu de 204 500). L’essentiel des pertes se concentre dans la cité de Jean Bart elle-même et malgré l’intégration de Mardyck et de Saint-Pol-sur-Mer : 6 500 habitants perdus en 10 ans (87 353 aujourd’hui). Aux portes de la ville, Coudekerque-Branche et Grand-Fort-Philippe chutent encore plus vite. Même Gravelines a vu partir plus de 500 personnes, alors que la ville avait profité à plein de sa centrale nucléaire pour afficher une croissance insolente pendant trois décennies. Le maigre périurbain dunkerquois, autour de Ghyvelde à l’est et de Bourbourg au sud-ouest, voit sa population progresser mais dans des proportions qui ne compensent pas la chute du cœur de l’agglo.

Maubeuge
Encore 3 700 habitants supplémentaires perdus entre 2010 et 2020 dans la vallée de la Sambre, il en reste à peine plus de 125 000. Le cœur de l’agglomération, Maubeuge et Louvroil, est le plus touché, avec des pertes de 6 à 8% en dix ans. Les communes de Hautmont, Feignies, Ferrière-la-Grande et Boussois souffrent aussi de la désindustrialisation qui se poursuit inexorablement dans une région, le val de Sambre et l’Avesnois, qui demeure éloignée des grands axes de circulation.

Valenciennes Métropole + Denain / CA Porte du Hainaut
La croissance de la métropole valenciennoise est poussive, à peine + 0,7% et 1 300 habitants de gagnés en 10 ans, et elle se rapproche très lentement de la barre des 200 000 habitants (192 500 en 2020). La capitale du Hainaut fait à peine mieux que sa banlieue, où seules Saint-Saulve et Quièvrechain affichent des hausses de population confortables. Les autres communes importantes, comme Marly, Vieux-Condé, Anzin, Condé et Bruay-sur-l’Escaut, perdent des habitants.

La Porte du Hainaut s’offre une croissance légèrement supérieure à celle de sa voisine Valenciennes Métropole mais les communes principales de l’agglo ne vont pas bien et leur population ne cesse de reculer. C’est le cas à Denain, Saint-Amand-les-Eaux, Raismes ou Trith-Saint-Léger. L’agglo regroupe la plupart des « villes rouges » du Valenciennois, les plus populaires encore aujourd’hui. Les rares communes à tirer leur épingle du jeu et à progresser démographiquement étaient pour la plupart rurales jusqu’à la fin du 20e siècle (Hasnon, Oisy, Marquette).