Bidule_carre_512pxPourquoi ce départ peut surprendre

 La petite bombe est tombée mardi 31 août à 15h39. Un message interne de Xavier Bertrand annonce aux agents de la région Hauts-de-France que celui qui est à leur tête depuis 2016, le directeur général des services (DGS) Laurent Vercruysse, passe la main. Il « prendra, à compter du 27 septembre, les fonctions de directeur général des services du département du Val-de-Marne », informe le président du conseil régional. L’info est dévoilée le lendemain par Daily Nord.

Voir le DGS d’une région de 6 millions d’habitants, dotée de plus de 5 milliards d’euros de budget et d’un effectif de près de 8 000 agents abandonner son poste pour celui, plus modeste, d’un département, peut surprendre. Certes le Val-de-Marne offre un défi  (ouvre un nouvel onglet)intéressant puisqu’il s’agit d’un vieux bastion communiste conquis en juin dernier par le LR Olivier Capitanio. Mais il est difficile de parler de promotion. D’autant que quitter Xavier Bertrand à ce moment de son parcours politique, c’est se priver potentiellement d’une fonction prestigieuse à l’Elysée en cas de victoire à la présidentielle, relève un observateur avisé de la vie politique locale et nationale.

Mail XB – LV

Ce transfert s’inscrit par ailleurs dans le « mercato » des hauts fonctionnaires territoriaux qui suit traditionnellement le renouvellement des exécutifs régionaux et départementaux. Mais a priori, aucune rumeur n’évoquait un départ de Laurent Vercruysse avant les vacances. La Lettre A note ainsi dans un article publié juste après les élections que les deux présidents de région candidats à la présidentielle, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, « jouent la carte de la continuité locale » dans le choix des « gardiens de leurs fiefs régionaux ». Et de citer parmi les « hommes forts » de Xavier Bertrand le directeur de cabinet, Xavier Taquet, et le DGS, Laurent Vercruysse. Le lien avec ce dernier se serait-il cassé pendant l’été ?

Dans son message aux agents, Xavier Bertrand « tient à remercier » son DGS pour « le travail accompli depuis 2016 » avant de lui souhaiter « plein succès dans ses nouvelles fonctions ». Son hommage reste toutefois dans un registre « professionnel », évoquant les « nombreux chantiers qui lui été confiés », « notamment la fusion des deux Régions Nord-Pas-Calais et Picardie ». Il salue également son « souci de répondre aux problématiques quotidiennes (...) et son attachement aux conditions de travail des agents ». Pas sûr toutefois que ce dernier argument convainque grand monde. Sollicité par Mediacités, un représentant syndical évoque au contraire un dialogue difficile. « Mais si le dialogue social n’était pas fluide, c’est que le président ne le pratique pas », tranche-t-il.

Bidule_carre_512pxPourquoi certains ne sont pas surpris

Si personne ne s’attendait a priori à voir Laurent Vercruysse partir à la rentrée, plusieurs sources au sein du conseil régional y voient a posteriori une explication logique. « C’était un homme de Darmanin », revient souvent dans la conversation. Cet énarque, sous-préfet, âgé de 50 ans, a en effet d’abord été DGS de la ville de Tourcoing quand « Gérald » est élu maire de la ville pour la première fois en 2014. Puis il rejoint le conseil régional quand celui-ci devient vice-président au côté de Xavier Bertrand. Et il tente d’accompagner Darmanin à Paris quand il est nommé ministre de l’Action et des Comptes publics en mai 2017. Mais son aventure de directeur adjoint de cabinet est un échec. Il part au bout de quatre mois et retrouve son poste de DGS à la Région.

Laurent Vercruysse doit ainsi davantage sa carrière au ministre tourquennois qu’au président de région saint-quentinois. Il a d’ailleurs reçu la légion d’honneur des mains du ministre de l’Intérieur, soutien de poids d’Emmanuel Macron à la présidentielle. De là à conclure que Xavier Bertrand a poussé vers la sortie un informateur potentiel d’un de ses principaux adversaires, il y a un pas que d’aucuns franchissent allègrement. Et que le service de presse de la région dément formellement. Évidemment !

« Il s’agit d’une démarche personnelle du DGS, qui poursuit ainsi son parcours professionnel après 5 ans et demi à la Région et 7 ans dans le département du Nord, pour aller exercer dans une autre collectivité, en l’occurrence le conseil départemental du Val-de-Marne, tout en se rapprochant géographiquement de sa famille située en Auvergne-Rhône-Alpes, nous répond le conseil régional. Le départ de M. Vercruysse est donc totalement indépendant d’échéances politiques à venir. »

Bidule_carre_512pxQui est sa remplaçante ?

Xavier Bertrand n’est pas allé bien loin pour chercher son nouveau - ou plutôt sa nouvelle -, DGS. Audrey Démaretz est en effet l'une des adjointes de Laurent Vercruysse depuis mai 2016. Et plus précisément Directrice générale adjointe (DGA) aux ressources, une direction stratégique qui chapeaute plusieurs fonctions clés dont les finances. Elle a également pour elle de venir de Saint-Quentin, véritable fief de Xavier Bertrand, comme député puis comme maire. Elle s’est d’abord occupée en 2002 du contrôle de gestion de la ville, avant de monter au niveau de l’agglomération à partir de 2008 (direction des finances puis DGA aux ressources). Le président de la Région renforce ainsi sa garde rapprochée saint-quentinoise...

Audrey Démaretz n’a pas le profil habituel des hauts fonctionnaires territoriaux. Elle n’a pas fait l’ENA ou un Institut régional d’administration (IRA), pas plus que l'INET (l'équivalent de l'ENA pour les territoriaux) mais une école de commerce, l’IESEG Lille, en 1996, où elle s’est spécialisée en audit et contrôle de gestion. Avant de bifurquer vers la sphère publique, elle a exercé différent postes dans la grande distribution.