Ses déboires en correctionnelle liés à des fraudes présumées autour de ses comptes de campagne ne le laissent pas forcément deviner, mais Guillaume Delbar n’est pas un mauvais gestionnaire. À l’issue de son premier mandat (2014-2020), il laisse la ville de Roubaix légèrement moins endettée qu’au moment de sa prise de fonction : 105 millions d’euros contre 109 millions, six ans plus tôt. Plus important sans doute, en 2020, la capacité d’autofinancement de Roubaix est à son meilleur niveau depuis quinze ans au moins, à 263 euros par an et par habitant, soit 25,6 millions d’euros au total. C’est une donnée importante, car cette capacité d’autofinancement correspond à la marge de manoeuvre que garde de la commune, une fois que toutes les dépenses obligatoires ont été payées.

Pendant sa campagne, en 2014, Guillaume Delbar avait promis de baisser les charges générales de 10 % sur la durée du mandat. Il les a stabilisées à 140 millions d’euros, un niveau qui n’a rien d’excessif pour une ville de cette taille. Compte tenu de l’inflation sur la période (5%), on peut dire que l’objectif est presque atteint. En euro constant, les charges ont baissé. Le tout a été réalisé sans sacrifier les dépenses d’équipements, qui ont été correctes pendant la durée du mandat (avec l’aide appuyée de l’État, à travers différents programmes de renouvellement urbain).

Une dépendance de l'État qui s'accroît

À population égale, Roubaix investit autant que Lille dans ses écoles, médiathèques et autres bâtiments municipaux, alors que les Roubaisiens sont beaucoup plus pauvres que les Lillois. C’est d’ailleurs le problème principal de Roubaix. À 13 920 euros annuels seulement, le revenu médian dans la commune, selon l’Insee, est de 65% inférieur à la moyenne nationale ! Conséquence, les impôts locaux rentrent toujours aussi mal : 354 euros par an et par habitant en 2020. Une ville de 100 000 habitants à la population standard en encaisse au moins le double.

Financièrement, la troisième commune la plus peuplée de l’agglomération reste portée à bout de bras par l’État. La dotation globale de fonctionnement (DGF), qui représente 13% des recettes de fonctionnement en moyenne dans les villes de taille comparable, atteint 42% à Roubaix en 2020. Point préoccupant, cette dépendance s’accroît insidieusement. Elle était seulement de 37 % en 2014. La situation sociale de Roubaix justifie amplement cet effort de la solidarité nationale. Les besoins en services sociaux sont considérables.

« Amendement loft »

Néanmoins, la population n’est pas en train de sombrer. Au contraire, l’examen des données du fisc, désormais en open data, montre que la situation des Roubaisiens s’est doucement améliorée entre 2014 et 2020. Il y a sept ans, 1 701 foyers seulement déclaraient plus de 50 000 euros de revenus par an. En 2020, ils étaient 1 900, soit 200 de plus. C’est à la fois peu, pour une commune de 97 000 habitants, et encourageant.

Sachant qu’un foyer fiscal peut être un couple avec enfants, ce seuil de 50 000 euros de revenus déclarés n’est pas celui de la richesse. Il indique néanmoins un certain confort. Autre signe positif, le nombre de foyers roubaisiens imposés est également en progression, de 10 821 en 2014 à 12 091 six ans plus tard. Certes, le noyau des quelque 25 000 foyers déclarant moins de 1 000 euros par mois ne diminue pas, mais il n’explose pas non plus, alors que la ville gagne 500 habitants chaque année. Bref, même si la remontée est lente, il y a du mieux.

D’ici 2027, avec l’aide de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), les quartiers Alma, Épeule, Pile et Trois Ponts seront rénovés, avec l’espoir de normaliser Roubaix. Guillaume Delbar ne ménage pas ses efforts y arriver. En 2016, il a défendu une niche fiscale pour contribuables aisés, « l’amendement loft ». Voté en 2008, cet amendement réduisait sensiblement les impôts locaux des contribuables ayant aménagé de vastes appartements dans d’anciens bâtiments industriels. En 2015, Bercy l’a supprimé. Emmenés par Dominique Baert, maire de Wattrelos, les élus de Tourcoing et Roubaix se sont battus avec succès pour que les communes qui le souhaitent puissent rétablir l’amendement loft à leur échelle. Entre perdre un peu de taxe foncière ou faire fuir ces ménages CSP+ qui manquent tant à Roubaix, le choix était vite fait...

https://www.mediacites.fr/decryptage/lille/2021/10/11/budget-tourcoing-frole-la-sortie-de-route/