Avis de tempête sur la maison Collomb. La semaine dernière, la démission spectaculaire du référent départemental des Jeunes avec Macron (Jam) Jimmy Brumant [lire ci-dessous notre encadré] a étalé sur la place publique le malaise interne qui règne à La République en Marche du Rhône, dirigée par Caroline Collomb, l’épouse du maire de Lyon. Ce mercredi, deux parlementaires interrogés par Mediacités sur cet événement exhortent la responsable départementale du parti à changer ses méthodes.

« Caroline Collomb essaie de garder la maîtrise totale du mouvement pour avoir une maîtrise totale de la composition des listes municipales et métropolitaines. Ça n’est pas possible », avertit le député de la majorité Thomas Rudigoz, qui dénonce à son tour « la verticalité du mouvement », « des méthodes autoritaires » et « un risque de confiscation du pouvoir ». « Caroline Collomb travaille avec certains élus et pas d’autres, abonde sa collègue Anne Brugnera, élue dans la 4e circonscription du Rhône. Je ne suis presque plus en contact avec elle. » Une critique qui fait écho à celles de Jimmy Brumant. « Des militants et des élus sont blacklistés », assure à Mediacités l’ex-responsable des Jam du Rhône. Sollicitée via son entourage, Caroline Collomb n'a pas donné suite à notre demande d'interview. La référente ne s'est pas exprimée publiquement depuis la démission de Jimmy Brumant.

« Je suis pour la négociation, mais pas pour me laisser tondre la laine sur le dos sans rien dire »

Les crispations se concentrent sur la création d’un « comité politique » ou « copol » dans le jargon LREM. Prévue par les statuts du mouvement depuis début 2018, cette instance doit rassembler une quinzaine de grands élus du département (députés, maires de grandes villes) et les associer aux décisions de la référente. Un lieu stratégique, qui validera en partie les listes et les investitures lors des prochaines élections municipales et métropolitaines. Un lieu de débat que Caroline Collomb tarde à mettre en place.

« Nous lui réclamons ce “copol” à chaque fois que nous nous voyons mais elle nous oppose une fin de non-recevoir », regrette Anne Brugnera. « Je n’en discute même plus avec Caroline Collomb, c’est un dialogue de sourds », déplore pour sa part Thomas Rudigoz. Tous deux affirment avoir fait part de la situation à Stanislas Guerini, le délégué général de La République en Marche pour réclamer la mise en place de l’instance à Lyon. « C’est un jeu de dupes, il va falloir éclaircir la situation », met en garde Thomas Rudigoz. Et si la référente s’obstine dans son refus ? « Il faudra en tirer les conclusions, prévient-il. Je n’appelle pas pour l’instant à la démission de Caroline Collomb, je suis pour la négociation, mais je ne suis pas pour me laisser tondre la laine sur le dos sans rien dire. »

Guerre de tranchées

La charge est violente pour Caroline Rougé, épouse Collomb, référente LREM nommée en octobre 2017. Depuis des mois, elle est accusée de rouler pour le clan de son mari [(re)lire notre enquête au long cours publiée en octobre dernier], dans le conflit larvé qui oppose le maire de Lyon à David Kimelfeld, qui se verrait bien conserver son siège de président de la Métropole après 2020. Le baron et son ancien dauphin se livrent une guerre de tranchées et comptent leurs soutiens. Plusieurs députés comme Anne Brugnera, Thomas Rudigoz et Jean-Louis Touraine se sont ainsi rangés du côté de David Kimelfeld, à l'instar de certains maires d’arrondissement comme Catherine Panassier (3e) et Béatrice Gailliout (5e) ou encore de l'adjoint au maire de Lyon Guy Corazzol. 

Au centre des critiques, Caroline Collomb tente de façonner une fédération LREM prête à faire bloc derrière le maire de Lyon le moment venu. Elle s’appuie sur une équipe de fidèles, présents aussi bien dans l’organisation locale du parti que dans l’association “Prendre un temps d’avance”, créée par Gérard Collomb en vue des prochaines élections locales. Ses deux principaux lieutenants : Ali Kismoune, conseiller municipal de Lyon délégué à la politique de la ville, et Jérôme Payen, chef de cabinet du maire de Lyon.

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Et gare à ceux qui osent prendre leurs distances avec le baron lyonnais ! « Si vous allez à une réunion organisée par des proches de Kimelfeld, ou que vous apparaissez en photo avec certains élus, on vous demande des explications », déplore Jimmy Brumant auprès de Mediacités. Il évoque de « multiples pressions et intimidations » exercées sur certains jeunes militants « de la part de l’entourage de la référente ». Des pressions détaillées par deux militants des Jam interrogés par nos confrères de Tribune de Lyon. Une étudiante explique ainsi avoir été « prise à partie » par « cinq ou six personnes » dont « un des membres du cabinet de Gérard Collomb », lors d’une cérémonie de vœux au mois de janvier : « C’était très violent ». Un autre raconte avoir été visé après une vidéo tournée avec un ministre de passage à Lyon sans l’aval de Caroline Collomb.

« Ils sont un peu embêtés à Paris »

Pour débloquer la situation lyonnaise, les regards se tournent vers la direction nationale d’En Marche. Elle privilégie pour l’instant le statu quo. « Ils sont un peu embêtés à Paris. Ils ne veulent pas qu’une remise en cause de Caroline Collomb soit interprétée comme une déclaration de guerre à Gérard Collomb », analyse Thomas Rudigoz. Vu de la capitale, garder le Rhône et l’agglomération lyonnaise, souvent présentée comme le berceau de la Macronie, revêt un enjeu symbolique. Sans compter qu'En Marche détient onze des quatorze circonscriptions du département.

Débrancher le clan Collomb pour apaiser les tensions ferait courir le risque de voir le baron lyonnais se présenter aux prochaines élections sans l’investiture d’En Marche. Dès son retour à Lyon, au mois d’octobre, l’ancien ministre de l’Intérieur avait ainsi fait savoir qu’il souhaitait « rassembler autour d’un projet » en 2020, et non pas « sous une étiquette partisane », fut-elle celle d’En Marche. Une guerre fratricide entre Gérard Collomb et David Kimelfeld serait catastrophique pour le mouvement. « Nous pouvons encore travailler pour trouver une issue raisonnable », veut croire Anne Brugnera.

Carences démocratiques d'En Marche

En attendant, plusieurs militants lyonnais estiment que la situation met en lumière les carences démocratiques du jeune parti présidentiel. « Il faut faire attention à la chasse aux sorcières autour de Caroline Collomb », pondère ainsi Jean-Baptiste Ducatez, animateur du comité LREM de Genas, pour qui le « vrai responsable » de la crise traversée par le mouvement à Lyon est plutôt à chercher du côté de la direction nationale. « Le processus de désignation des candidats n’est toujours pas fixé, les critères ne sont pas connus. Il est normal que la création des listes suscite des tensions, des discussions. Mais le problème c’est que ces discussions se passent pour l’instant dans les couloirs, sans transparence », regrette-t-il.

« Si Caroline Collomb avait été élue par les animateurs des comités locaux par exemple, elle n’aurait pas aujourd’hui à se battre contre ce procès en légitimité, poursuit Jean-Baptiste Ducatez. Il réclame une « clarification » de la part du mouvement, « sans quoi les psychodrames comme celui de Jimmy Brumant vont se reproduire ». Le militant appelle de ses vœux l’organisation de votes au niveau local pour désigner les futurs candidats aux élections municipales. Un vœu pieux ? Pour les communes de plus de 10 000 habitants, les statuts d’En Marche prévoient que les têtes de listes seront validées par la direction nationale du parti, sur proposition des « copol »… si l’instance voit le jour dans le Rhône. De quoi alimenter encore les critiques sur la verticalité du mouvement.

Démission de Jimmy Brumant : vrai-faux coup de com’

Il a réussi son coup. Pour justifier sa démission, la semaine dernière, de son poste de référent départemental des Jeunes avec Macron (Jam), Jimmy Brumant n’y est pas allé de main morte. « Dérives autoritaires et opacité de l’action de la référente [Caroline Collomb] », « gestion politique malsaine », « clan local obnubilé par les prochaines échéances municipales et métropolitaines » : dans sa lettre adressée à la direction nationale de La République en Marche – et transmise à tous les médias locaux – l’ancien responsable presse des « marcheurs » du Rhône pendant la campagne présidentielle dézingue à la sulfateuse.

Aussitôt, les fidèles de Caroline Collomb ont tenté d’éteindre l’incendie. Leur argumentaire : Jimmy Brumant était en réalité poussé vers la sortie par le parti. « Son départ avait été acté le weekend précédent avec Martin Bohmert, délégué général des Jam, qui était venu à Lyon [ce sont en réalité deux adjoints de Martin Bohmert, Ambroise Méjean et Ludovic Bain], assure Djamila Schafter, animatrice du comité En Marche Lyon 1-Lyon 4. Le travail n’était plus fait, l’énorme potentiel des Jam était gâché. Il a démissionné avec bruit pour sauver les apparences. » Martin Bohmert n’a pas donné suite aux sollicitations de Mediacités [lire l'actualisation ci-dessous].

« On ne le voyait plus aux réunions. Ce n’est pas une grande perte au regard de ses résultats », abonde Joël Sérafini du comité Lyon 2 au sujet de Jimmy Brumant. Selon ce militant, l’ex-patron des Jam du Rhône a lancé « une polémique pour exister » : « Certains chauffent le banc et pensent qu’il suffit de sourire sur la photo. Animer un parti, ce n’est pas cela ». Faux procès, réplique Jimmy Brumant. « J’ai contribué à créer ce mouvement de zéro dans le Rhône », revendique-t-il.

Jusqu’à présent, rien ne laissait deviner que ce marcheur de la première heure se transformerait en frondeur de « la Collombie ». Au contraire : « Pendant l’élection présidentielle, Jimmy Brumant était téléguidé par le cabinet du maire, se souvient un macroniste ayant participé à la campagne. C’était en réalité Arthur Empereur qui tenait les Jam à Lyon. » Chargé pendant cinq ans de la communication du sénateur maire Gérard Collomb, Arthur Empereur avait suivi son mentor place Beauvau, où il officie toujours auprès du nouveau ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

En octobre dernier, à l’occasion de notre enquête consacrée à la référente départementale de LREM, Jimmy Brumant ne tarissait pas d’éloges à l’endroit de Caroline Collomb : « On travaille très bien ensemble, c’est du “win-win” avec elle ». Un pro de la com’.

Actualisation 27 février, 11h - Au téléphone, Martin Bohmert confirme l'information : le départ de Jimmy Brumant avait été acté lundi 18 février en conseil national des Jam. « Cela faisait plusieurs mois qu'on constatait une baisse d'activité à Lyon alors que cette ville est une terre propice à notre mouvement. Nous avions décidé de nommer à la place de Jimmy un binôme pour préparer les élections européennes et aussi parce que Jimmy est mobilisé au sein des Jeunes avec Macron sur d'autres projets », raconte le délégué général. « Il a souffert des tensions avec la référente Caroline Collomb mais ce n'était pas une raison pour partir en faisant un esclandre, poursuit-il. A Lyon, le climat est particulier... Mais ce n'est pas au niveau des Jam qu'on va résoudre la discussion Collomb. »