Avis de tempête sur l’hôtel de ville. Deux perquisitions étaient en cours mercredi matin à la mairie centrale et au domicile du maire de Lyon Gérard Collomb, dans le 5e arrondissement de Lyon, selon les informations du Parisien. Cette descente des policiers de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) intervient alors que Le Canard enchaîné révèle ce même jour que le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics.

Dans le viseur : les emplois successifs de l’ancienne compagne du maire de Lyon Gérard Collomb, Meriem Nouri. Le PNF a pris sa décision sur la base d’un rapport préliminaire de la Chambre régionale des comptes consacré à la gestion de la ville. Celle-ci s’étonne des heures supplémentaires dont bénéficierait l’ex-femme du premier édile. Le montant des sommes problématiques serait estimé à 500 000 euros, précise Le Parisien

Gérard Collomb a rencontré dans le milieu des années 1990 Meriem Nouri (qui se fait aussi appeler « Myriam »). « Une jeune femme belle comme le jour qui travaille à la Fédération socialiste du Rhône, écrit, en 2013, l’ancien journaliste Régis Guillet, dans une biographie consacrée au maire de Lyon [Régis Guillet travaille aujourd'hui au service presse de la Métropole de Lyon, NDLR]. Gérard Collomb se jette dans cette aventure sentimentale comme un naufragé se jette sur une bouée de sauvetage. » Après l’élection, en 1995, de Gérard Collomb à la mairie du IXe arrondissement, Meriem Nouri est recrutée, à temps partiel, comme collaboratrice du groupe socialiste à la ville de Lyon, raconte Le Canard. Elle occupera ensuite divers emplois au sein de la municipalité – des mairies du IIIe et IVe arrondissements à une bibliothèque.     

Accusations de népotisme

C’est une constante : les femmes de Gérard Collomb ne travaillent jamais très loin de lui. Sa première épouse, Geneviève Bateau, avait été recrutée comme assistante parlementaire après son élection, en 1981, comme député. « Elle travaille à mi-temps car Collomb ne veut pas être accusé de népotisme », écrit encore Régis Guillet. Détail savoureux : la permanence du parlementaire se trouve alors rue des Deux Amants dans le 9e arrondissement. Après sa séparation d’avec Gérard Collomb, en 1994, Geneviève Bateau travaillera auprès d’un autre élu, l’ancien ministre et ex-maire de Roanne Jean Auroux.

Mais c’est Caroline Rougé, la seconde épouse de Gérard Collomb (il n’était pas marié avec Meriem Nouri) qui a posé – jusqu’à présent – le plus de tracas politique à l’ancien ministre de l’Intérieur. Juge au Tribunal administratif de Toulon depuis 2015, après avoir travaillé à la région Rhône-Alpes, Caroline Collomb a été mutée à Paris durant l’été 2017. Soit après l’élection présidentielle et l’arrivée de Gérard Collomb place Beauvau.

A deux reprises, le Conseil d’État se prononce sur les éventuels conflits d’intérêts de la magistrate avec les responsabilités politiques de son mari. En septembre 2017, le collège de déontologie de l’institution rend un avis sur cette mutation, ne décelant « aucune forme d’incompatibilité » entre son activité et les fonctions de son époux, mais appelle Caroline Collomb à être « particulièrement vigilante » quant à son « obligation de réserve et sa discrétion professionnelle ».

« Devrais-je donc quitter Lyon pour trouver un emploi tant que mon père en est le maire ? »

Devenue patronne de La République en marche (LREM) du Rhône en octobre 2017, Caroline Collomb fait à nouveau l’objet de vives critiques de la part d’Eric Forquin. Ce juriste et ancien élu LR de Caluire-et-Cuire se fend d’un courrier au Conseil d’Etat pour dénoncer « une mutation de complaisance » et un « conflit d’intérêts ». Là encore, le Conseil d’État rend un avis en février 2018, ne trouvant rien à redire sur la situation de Caroline Collomb.

Reste que la référente des macronistes du Rhône doit faire face à la fronde d’une partie des Marcheurs lyonnais. Ils voient derrière sa nomination la main de Gérard Collomb et l’accusent de mettre le mouvement au service d’un « clan » [relire notre enquête « Mal aimée, décriée, Caroline Collomb s’incruste dans le paysage lyonnais »]. La femme du maire de Lyon sera « mise en retrait » de la conduite locale de LREM au début de la campagne des élections européennes. Officiellement pour respecter le devoir de réserve que lui impose son emploi de magistrate.

Les emplois des enfants du maire de Lyon sont aussi scrutés à la loupe par le microcosme politique lyonnais. Si personne ne remet en cause la présence d’une de ses filles, Anne-Laure Collomb, employée à la Bibliothèque municipale de Lyon, le recrutement de son fils au Sytral en 2009, avait provoqué une petite polémique. D'abord embauché comme conseiller sécurité par le syndicat mixte des transports lyonnais, Thomas Collomb, policier de formation, avait finalement été contraint de démissionner après l’interpellation de deux élus d’opposition. « Devrais-je donc quitter Lyon pour trouver un emploi tant que mon père en est le maire ? », s’interrogeait-il à l’époque.

En réaction aux révélations du Canard enchaîné, Gérard Collomb a dénoncé une cabale politique : « Il n’échappera à personne les véritables raisons qui conduisent ceux qui ont pris l’initiative de diffuser de telles informations de m’atteindre à 10 mois des élections municipales ». Dans sa biographie, Régis Guillet parlait de Meriem Nouri en ces termes : « Elle parle beaucoup, parle fort, parle trop. A son bras, [Gérard Collomb] rayonne, mais elle risque à tout moment de l’entraîner dans un tourbillon dont nul ne sait comment sortir ». Prémonitoire ?