Une véritable démonstration de force. Ce mercredi 15 janvier, Cédric Van Styvendael, candidat socialiste à la mairie de Villeurbanne, a mouillé le maillot pour son premier meeting de campagne et aligné, sur le terrain, une série de joueurs prestigieux. Récit de la rencontre, en filant la métaphore.

Bidule foot1LE TERRAIN

Pour son « grand meeting de la gauche rassemblée », « CVS » - le staff joue à fond sur les initiales du candidat transformées en logo « #CVS2020 » floqué un peu partout, des affiches au pupitre sur scène - a opté pour le vaste rez-de-chaussée du Centre culturel de la vie associative ou « CCVA », équipement municipal. Autant dire que l’ancien directeur d’Est Métropole Habitat, soutenu par le maire PS sortant Jean-Paul Bret, joue à domicile ou presque. À l’entrée, oriflammes jaunes, aux couleurs de la campagne, et distribution de badges et flyers. À l’intérieur, disposition classique : deux tribunes de chaises face à la scène et, comme dans tout bon stade qui se respecte, buvette avec le verre de rouge à 1 euro et la bière à 1,50. Sur le comptoir, une « caisse de solidarité avec les grévistes » invite les clients à laisser la monnaie et rappelle le contexte social national. Il en sera question dès le coup d’envoi.

Bidule foot 2L’AMBIANCE EN TRIBUNES

Au doigt mouillé, entre 600 et 700 spectateurs dont une bonne part debout car, très vite, les 400 chaises sont occupées. « Les moins de 20 ans peuvent-ils céder leurs places ? », lancent au micro les organisateurs. Ambiance studieuse pour commencer. À gauche de la salle sont épinglées des dizaines de « propositions citoyennes » comme autant de fanions multicolores. Pêle-mêle : « signalétique plus visible pour les vélos », « code d’éthique avec révocabilité des élus », « refuser ou limiter toute nouvelle installation de grande surface à Villeurbanne ».

À coups de post-it, un tableau fait un peu de pédagogie sur les compétences des collectivités : bibliothèque, centre sociaux et parcs à la ville ; handicap, transports en commun et eau à la Métropole. Enfin, des « ateliers », avec plans et feutres à disposition, proposent, en attendant le début du match, de tracer « les transports en commun de demain » ou des espaces verts.

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Les "propositions citoyennes". Photo : NB/Mediacités.

Dans les travées, on croise les ailiers de Cédric Van Styvendael, comme l’insoumis Laurent Legendre ou les adjoints au maire de Villeurbanne Alain Brissard (Génération.s) et Jonathan Bocquet (PRG). L’actuel élu à la Jeunesse est le dernier transfert en date du mercato local. Son « cercle radical de Villeurbanne » vient compléter, sur le maillot de l’équipe, les logos déjà présents du PS, de Place publique, de Génération.s, du parti communiste et de Villeurbanne en commun.

Quelques figures de la gauche lyonnaise ont fait le déplacement : la communiste Aline Guitard, tête de liste dans le 4e arrondissement pour la candidate PS Sandrine Runel, Yves Fournel, ancien soutien de Gérard Collomb qui pointe aujourd’hui chez Génération.s, le club de Benoît Hamon, ou encore le conseiller du 1er arrondissement Arthur Remy (Manufacture de la Cité).

À la tribune VIP, aucun éléphant du PS de Villeurbanne ne manque à l’appel : l’ancienne députée Pascale Crozon, le sénateur Gilbert-Luc Devinaz, le patron de la fédération Yann Crombecque et, bien entendu, Jean-Paul Bret. Le nom du premier édile, qui achève 19 ans de règne sur l’hôtel de ville au beffroi, fera grimper l’applaudimètre pendant le discours de Cédric Van Styvendael. Le directeur de Sciences Po Lyon Renaud Payre, candidat à l’élection métropolitaine au nom de « la gauche unie » (ce qui n’est pas le cas, sans le soutien de la France insoumise ou du Gram de Nathalie Perrin-Gilbert), a également pris place aux premières loges.  

Bidule foot3LE DISPOSITIF TACTIQUE

Le schéma de jeu classique - enchaînement de discours sur scène - s’autorise quelques fantaisies : un quizz sur le bio dans les cantines scolaires ou le nombre d’arbres plantés l’an dernier, une (laborieuse) photo de groupe, une vidéo dans laquelle des quidams tentent de prononcer correctement le nom de Cédric Van Styvendael. Mais il faut bien dire que l’ambiance ne décollera vraiment qu’une fois le candidat au pupitre.

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De gauche à droite : Emmanuelle Cosse, Ian Brossat, Boris Vallaud et Cédric Van Styvendael. Photo : NB/Mediacités.

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LA COMPOSITION DE L’EQUIPE

Du lourd. Pour son meeting, « CVS » a mis à profit son carnet d’adresses d’ancien dirigeant d’office HLM en alignant sur le terrain Emmanuel Cosse, ex-ministre du Logement de François Hollande, et Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris chargé du Logement. La première, qui fut à la tête d’EELV, lui apporte l’onction écolo, le second, porte-parole du PCF, celle sociale. Le député PS des Landes Boris Vallaud et l’ancien député européen Guillaume Balas, coordinateur de Génération.s, complètent le casting.

Avec une telle équipe, les discours frisent le hors-jeu dans le cadre d’une campagne municipale. Ian Brossat attaque sur la réforme des retraites et la baisse des APL. Les dribbles de Guillaume Balas débordent carrément sur les incendies en Australie ou les tensions entre l’Iran et les États-Unis. Plus à l’aise sur le terrain local (son épouse n’est autre que Najat Vallaud-Belkacem, qui a tenté sa chance à Villeurbanne, aux législatives 2017), Boris Vallaud salue « son cher Jean-Paul [Bret] » et brocarde « le berceau du Marchisme » qu’est le Lyon de Gérard Collomb. Mais c’est pour mieux revenir au jeu national : « Ce qui nous menace aujourd’hui, c’est l’extrême-droite (…). Macron a réussi à faire de Le Pen un front anti-Macron ».

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Le député PS des Landes Boris Vallaud. Photo : NB/Mediacités.

Une constante : les quatre attaquants de la soirée érigent la candidature Van Styvendael, qui rassemble des insoumis aux radicaux, en symbole. « Un modèle à suivre », loue Emmanuel Cosse, qui fait la passe à Ian Brossat : « Que cet exemple puisse inspirer d’autres villes ». Et but de Boris Vallaud, qui n’hésite pas à convoquer le Front populaire et « 1981 [l’élection de François Mitterrand] » : « À Villeurbanne se joue la France d’après ». Rien que ça.

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L'ancienne ministre du Logement Emmanuelle Cosse (ex-EELV). Photo : NB/Mediacités.

Bidule foot 5LE RÉSUMÉ DE LA RENCONTRE

Une ode à la gauche. Voici, en substance, comment on pourrait résumer la prestation d’une trentaine de minutes de Cédric Van Styvendael. Peu voire pas de propositions concrètes : « Nous aurons d’autres moments pour présenter notre projet ». Ce soir-là, le candidat a chaussé les crampons pour, avant tout, redonner espoir « au peuple de gauche ». « La richesse, c’est nous ! », scandera-t-il à plusieurs reprises. Une formule promise à devenir slogan, qu’il oppose au Fouquet’s et autres Carlos Ghosn.

Dans une première foulée, il énumère les emblèmes de Villeurbanne : les Gratte-Ciel, l’innovation sociale. Pour mieux s’inscrire dans cette tradition, lui le « petit-fils de Flamands » et descendant de Victor Augagneur (« premier maire de Lyon à avoir voulu annexer Villeurbanne », ironise-t-il) : « J’aime cette ville, je veux défendre sa singularité et prolonger sa transformation ». Il cite d’autres maires PS : Johanna Rolland (Nantes), Nathalie Appéré (Rennes), Anne Hidalgo (Paris).

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Cédric Van Styvendael. Photo : NB/Mediacités.

En verve, il multiplie les références. À Jacques Chirac : « La maison brûle ». À François Mitterrand : « La politique peut changer la vie ». À… Alain Souchon : « De l’avoir plein nos armoires ». « Fini les pinces-à-linge, ici nous allons pouvoir voter avec le cœur », reprend-il en transformant, comme les précédents orateurs, le scrutin local en bataille symbolique : « Nous avons 60 jours pour faire de Villeurbanne un nouveau modèle de société ». Rien que ça (bis).      

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LES TACLES

Adressés, les deux pieds décollés du sol, à Béatrice Vessiller - dont il ne prononcera jamais le nom -, la candidate EELV et sa plus sérieuse adversaire. « J’entends dire que certains veulent conquérir Villeurbanne, en prendre le volant… ce qui surprend un peu pour les tenants de la réduction de la place de la voiture, mord Cédric Van Styvendael. Notre ville mérite-t-elle d’être comparée au trophée d’une partie de safari ? Avis aux conquérants de tous bords : cette ville n’est pas à prendre. On lui doit le respect pour toutes les utopies sociales qu’elle a portées. »

À côté, le tacle envoyé dans les chevilles du LREM Prosper Kabalo passe presque pour une caresse. « CVS » se contente de moquer ses tracts et affiches sur lesquelles le macroniste - qu’il ne nommera pas non plus - présente sa candidature comme écologiste et divers gauche.

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Cédric Van Styvendael. Photo : NB/Mediacités.

Bidule commLES COMMENTAIRES DE LA PRESSE

« La gauche a voulu montrer qu’elle marchait unie », commente BFM Lyon, tout en soulignant que manque à ce rassemblement l’écologiste Béatrice Vessiller. Alors que Lyon Capitale titre sur cette « gauche "rassemblée" » qui « montre ses muscles ». Libération pronostique : « Cette campagne du premier tour va se faire sur un fil puisque les écolos comme la gauche surfent sur les mêmes thèmes ».

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