L’Ouest ancré à droite et l’Est acquis à la gauche. Les précédentes élections municipales de 2014 ont largement remis en cause ce partage politique historique de l’agglomération lyonnaise. Cette année-là, l’UMP raflait les fiefs socialistes de Saint-Priest, Décines-Charpieu ou encore, sur le plateau Nord, de Rillieux-la-Pape. Un mandat plus tard, le parti rebaptisé Les Républicains conservera-t-il ses conquêtes ? Mediacités fait le point.

Rillieux-la-Pape : Accord secret pour faire tomber Vincendet

En 2014, le jeune Alexandre Vincendet - il avait alors 30 ans - posait ses valises à la mairie rilliarde, socialiste depuis 1995. « Nous lui avons offert la Lune sur un plateau. Ce n’était pas une victoire de la droite, mais une défaite de la gauche », peste encore l’opposant PS Marc Cachard. La majorité sortante s’était déchirée entre Jean-Christophe Darne, fils de l’ancien maire Jacky Darne, et le premier édile de l’époque Renaud Gauquelin, incapable de se réconcilier dans l’entre-deux-tours.

Cette fois-ci, la gauche s’est rassemblée derrière Marc Cachard, colistier de Renaud Gauquelin en 2014. Mais sa liste sera concurrencée par l’équipe de l’écologiste Yves Durieux. « Derrière la tête de liste se cachent des marcheurs, mais ni eux ni Alexandre Vincendet n’affichent leurs logos », tacle le candidat socialiste. Il pointe la présence, en cinquième position, de Stéphane Fitoussi, animateur d’un comité LREM à Rillieux et Sathonay-Camp qui revendique 105 adhérents. À noter aussi le retour symbolique de Jacky Darne. Le nom de l’ancien premier édile apparaît tout au fond de la liste.

« Les chiffres de la sécurité, on peut en faire ce qu’on en veut »

Pour éviter de rééditer le scénario de 2014, selon nos informations, les listes Cachard et Durieux se sont engagées par écrit pour que celle qui arrive en troisième position dimanche se désiste au profit de l’autre. « Sans condition », précise Yves Durieux. De son côté Marc Cachard refuse de confirmer l’existence de cet accord : « Je ne dirai rien jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire jusqu’à dimanche soir ».

Ce potentiel front anti-Vincendet suffira-t-il à déloger le maire LR ? En 2017, au deuxième tour des élections législatives, le sortant affichait, dans sa commune, un score de 60% (à l’échelle de la circonscription, il était arrivée derrière la candidate d’En Marche). Et comme en 2014, il bénéficiera de l’absence du RN au scrutin municipal.

Depuis six ans, Alexandre Vincendet a appliqué une recette municipale de droite : triplement des effectifs de policiers municipaux et multiplication des caméras de vidéos surveillance. « Les chiffres de la sécurité, on peut en faire ce qu’on en veut, sauf que Vincendet a aussi multiplié les moyens par trois. Sa police municipale est suréquipée, ce sont de parfaits Robocop », blâme Marc Cachard, qui met en avant un sous-effectif de la police nationale et accuse le maire d’avoir « cassé les maisons de quartier ». Avec 22 policiers municipaux en 2018, soit 7 pour 10 000 habitants, Rillieux-la-Pape est la onzième commune du Rhône ayant le plus de policiers municipaux par habitant. Sur le volet des caméras, la ville en comptabilise 70 pour surveiller ses 30 000 habitants.

Décines-Charpieu : Fautra cernée de toutes parts 

De l’autre côté du Rhône, à Décines-Charpieu, Laurence Fautra a ravi l’hôtel de ville par « surprise ». « Je n’avais jamais été élue de ma vie ! », s’étonne-t-elle encore. En 2014, dans le cadre d’une triangulaire, elle avait bénéficié autant d’un vote sanction pour l’équipe socialiste sortante de Jérôme Sturla que contre la politique de François Hollande. Un mandat plus tard, l’enjeu majeur de la commune de l’Est lyonnais reste toujours le même : le grand stade de l’Olympique lyonnais qu’elle accueille sur son territoire et qui peut accueillir le double de sa population (30 000 habitants).

Historiquement opposée à la méga-enceinte de Jean-Michel Aulas, Laurence Fautra a depuis mis de l’eau dans son vin : « Le stade est là, la ville le gère tant bien que mal. Décines n’est pas une ville riche, mais elle va le devenir », promet-elle. « Laurence Fautra pousse la thématique du stade dans la campagne, mais elle ne s’est pas battue pour aller chercher l’argent et faire en sorte que les Décinois vivent mieux avec », critique Erwan Desvergnes, qui mène une liste rassemblant les socialistes, les écologistes et Place publique pour tenter de récupérer l’ancien fief PS.

Contrairement à certains de ses collègues LR de l’Est lyonnais, la maire sortante aura aussi en face d’elle une liste de marcheurs rassemblés derrière Franck Pasquier (qui, outre LREM, a le soutien de l’UDI, d’Agir et du MoDem), ainsi qu’une liste RN. L’extrême-droite sera représentée par Kevin Naamane. « Un jeune de 23 ans un peu opportuniste », grince Laurence Fautra. Absent du précédent scrutin municipal, le parti de Marine Le Pen caracolait en tête à Décines aux élections européennes de juin dernier avec près de 26% des voix. Bref, la partie est loin d’être gagnée pour la maire sortante.

Saint-Priest : Les bisbilles des opposants ouvre un boulevard à Gascon

« Je ne veux pas faire le malin, mais aujourd’hui, je ne pense pas être très inquiété », fanfaronne Gilles Gascon. De fait, cet ancien commerçant devenu le premier édile LR de la 5e ville de la Métropole en 2014 avec 1000 voix d’avance sur la maire PS sortante Martine David peut se frotter les mains. La gauche s’éparpille en trois listes : Lutte ouvrière, une liste « citoyenne » menée par Philippe Rolland, qui « assume son engagement au PS » mais n’est « pas candidat à ce titre », et enfin une liste divers-gauche portée par Zak Wafia, intitulée « alliance citoyenne pour la transition écologique et sociale ». S’ajoute celle de La République en marche, conduite par Izzet Doganel, un adjoint du maire… de Bron. Celle-ci a failli ne pas voir le jour. Rembobinons.

Premier adjoint de Gilles Gascon pendant quelques mois en 2016, le conseiller métropolitain Eric Fromain claque la porte du parti Les Républicains en novembre 2018 pour rejoindre le micro-parti Agir, fondé par d’ex-LR Macron-compatibles. « Le LR à la Wauquiez, ce n’est pas ma tasse de thé. Et celui qui se rapproche du RN, ce n’est pas ce que je voulais », justifie-t-il en visant son ancien patron, Gilles Gascon. Pour 2020, l’ancien Premier adjoint tente alors d’obtenir l’investiture LREM, sans succès. Le parti présidentiel lui préfère Izzet Doganel, qui conduit par ailleurs la liste Collomb dans la circonscription métropolitaine. Cela ne met pour autant pas fin aux bisbilles entre macronistes : un dissident LREM, Christian Bride, saisit la justice pour contester sa candidature au motif qu’il ne vit pas à Saint-Priest. Une requête rejetée samedi dernier. Sur le fil.

« Les LR et RN se sont arrangés pour nous priver d’élus au conseil municipal »

Mais il n’y a pas que les divisions entre macronistes qui donnent le sourire à Gilles Gascon. Contrairement à 2014, l’extrême-droite sera absente du scrutin de Saint-Priest. Il n’en fallait pas plus pour que certains y voient un accord secret, ou du moins tacite, entre le RN et LR, qui en échange aurait délibérément choisi de ne présenter personne à Givors face au patron départemental du Rassemblement national Antoine Mellies [lire à ce sujet notre précédent L’Œil des municipales]. Candidat malheureux à l’investiture du RN, Kevin Olivares qualifie ce dernier « d’insulte à la démocratie ». Dans un communiqué, il « invite solennellement » les électeurs du RN – troisième force politique au second tour des municipales de 2014 avec près de 14% des voix - « à voter blanc ou nul, voire à boycotter ces élections 2020 ».

« Ce scénario s’est reproduit sur plus de six communes de la Métropole. Je déplore ces manigances politiciennes. Somme toute, les LR et RN se sont arrangés pour nous priver d’élus au conseil municipal. Ils nous ont volé notre élection », fustige-t-il. « Le RN n’avait pas de cadre sur qui s’appuyer à Saint-Priest. Et puis, une fois que le thème de la sécurité n’est plus à aborder, ce que propose le RN, c’est creux », balaie Gilles Gascon, confiant.

Même l’affaire des costumes n’inquiète pas Monsieur le maire. Épinglé par Themis Est-Lyonnais, association poil-à-gratter créée dans la foulée de l’élection de Gilles Gascon en 2014, sur le montant et le contenu de ses notes de frais, notamment sur l'achat de costumes, l’élu LR hausse les épaules : « Cette histoire est un épiphénomène d’adversaires qui n’ont rien à reprocher sur le bilan. J’ai déposé plainte, car c’est limite diffamatoire ». Une déclaration que conteste Rabah Fodil, président de Themis et colistier sur la liste d’Izzet Doganel. « À aucun moment Monsieur Gascon n’a porté plainte », indique-t-il à Mediacités.

Bron en ligne de mire

Certain d’être réélu à Saint-Priest, Gilles Gascon mise sur une autre victoire : Bron. Le candidat LR qui se présente dans la commune voisine n’est autre que son ancien chef de cabinet. « Jérémie Bréaud, c’est un peu mon poulain », s’amuse-t-il. En bon élève, le candidat applique la même stratégie : il propose de multiplier par trois le nombre de policiers municipaux et de mettre le paquet sur la vidéosurveillance. Militant UMP puis LR depuis 20 ans, celui qui a vécu « les grandes victoires et les grandes défaites de sa famille politique » espère son heure de gloire après avoir accompagné les campagnes des uns et des autres. « Bron fait partie des villes qui s’embourgeoisent. Il est possible que le curseur bouge vers le centre gauche, pronostique de son côté Eric Fromain, l’ancien Premier adjoint de Gilles Gascon.

Comme à Saint-Priest, le candidat LR de Bron n’aura pas de liste RN à sa droite. Le jeune Rémy Berthoux n’a finalement pas déposé de noms en préfecture faute de femmes. « Il nous en manquait six [sur 22] » explique-t-il. Il sera toutefois candidat sur la liste métropolitaine de la circonscription Porte des Alpes. Une situation qui pousse Alexandre Vincendet, président de la fédération LR du Rhône, « à mettre une pièce sur Bron ».