Des isoloirs désertés. Dans l’agglomération lyonnaise, comme dans le reste de la France, la participation s’est effondrée lors de ce premier tour des élections municipales et métropolitaines. Moins de quatre habitants sur dix sont allés voter. Tous arrondissements confondus, le taux d’abstention est de 61% à Lyon, soit 17 points de plus qu’aux dernières municipales de 2014 (43,9% d’abstention). Dans le reste de l'agglomération, l’abstention dépasse même les 70% des inscrits dans les communes de Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Saint-Fons et Feyzin. La comparaison des taux de participation entre 2014 et 2020 est saisissante.

La participation aux municipales à Lyon en 2014

 

La participation aux municipales à Lyon en 2020

 

Dans ces conditions, la légitimité du scrutin interroge alors que l’hypothèse d’un report du second tour, voire d’une annulation des élections, est envisagée.

Gérard Collomb battu par les écologistes dans son fief du 9e arrondissement

De plus en plus confinée, l’agglomération lyonnaise s’est réveillée verte ce lundi matin, au lendemain du premier tour des élections municipales et métropolitaines. Les candidats d’EELV arrivent en tête dans huit arrondissements sur neuf Lyon. Dans le 6e, la droite conduite par le maire sortant Pascal Blache conserve une avance confortable. A l’échelle de la ville, les écologistes devancent largement (28,4%) le candidat de la droite Etienne Blanc (17%), suivi de Yann Cucherat (14,9%), le poulain de Gérard Collomb (qui se présentait de son côté à la Métropole), et de George Képénekian (12%), macroniste dissident allié de David Kimelfeld, qui a déjoué les pronostics en dépassant la barre des 10%.

Les résultats du 1er tour des municipales dans la Métropole de Lyon :

 

Tout un symbole, l’écologiste Camille Augey, quasiment inconnue du grand public, devance Gérard Collomb, maire de Lyon depuis 2001, dans son fief historique du 9e arrondissement. Le candidat de La République en marche (LREM) n’a obtenu que 22,36% des voix, loin derrière la tête de liste EELV locale.

Les écologistes au portes du pouvoir

A la Métropole [voir tous les résultats ici], les écologistes confirment leur progression fulgurante en arrivant en tête dans huit des quatorze circonscriptions du Grand Lyon. Signe de son excellente implantation dans la ville-centre, EELV laisse sur place ses adversaires dans les six circonscriptions lyonnaises. Les écologistes écrasent par endroit leurs adversaires, comme dans la circonscription Lyon-Sud (7e arrondissement) où la tête de liste Thomas Dossus rassemble presque deux fois plus de voix que son poursuivant Christophe Geourjon (UDI), le candidat de Gérard Collomb. 

Malgré la déconvenue de leur chef de file François-Noël Buffet, doublé par l'écologiste Jean-Charles Kohlhaas dans sa circonscription Lônes et Coteaux, la droite n'a pas dit son dernier mot dans le reste de la Métropole. Les Républicains font la course en tête dans quatre circonscriptions (Plateau Nord-Caluire, Ouest, Porte des Alpes, Rhône Amont), avec des scores très supérieurs aux autres formations politiques dans deux d’entre elles, portés par les figures politiques locales Gilles Gascon (maire de Saint-Priest) et Philippe Cochet (ancien patron des Républicains du Rhône et maire de Caluire-et-Cuire, réélu dès le premier tour hier). La "Gauche unie" possède de son côté une courte avance dans la circonscription de Vénissieux (Portes du Sud), tandis que les listes de David Kimelfeld se placent en pole position dans le Val de Saône. Dans cette circonscription, le président sortant du Grand Lyon pouvait compter sur son alliance avec les maires Synergies, dont Marc Grivel, premier édile sortant de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or.

L’arrivée des écologistes aux portes du pouvoir modifie considérablement les équilibres politiques locaux. Mais l’heure n’était pas aux cris de joie du côté d’EELV hier soir, l’un des rares partis à avoir maintenu un point presse – limité à quelques journaliste et retransmis en direct sur Facebook. « Nous sommes plutôt satisfaits (…) Mais nous souhaitons garder une certaine retenue étant donné le contexte », a déclaré Bruno Bernard, le chef de file des écologistes à la Métropole, tout en estimant que le scrutin démontrait que « l’époque de Gérard Collomb [était] révolue ».

« J’attends de nos plus hautes autorités qu’elles soient à l’écoute et ne décident pas seules », a prévenu Grégory Doucet, que les résultats placent en très bonne position pour devenir maire de Lyon en cas de maintien du second tour. Contrairement à Yannick Jadot, qui souhaite un report des élections, la tête de liste EELV a affirmé que les électeurs avaient la responsabilité « historique » de faire de Lyon « la première ville de plus de 500 000 habitants dans ce pays à pouvoir basculer dans le temps et dans le camp de l’écologie en actes ». « Il nous reste une semaine pour être pour de bon au rendez-vous de l’Histoire », a conclut ce cadre d’Handicap international, qui se présentait pour la première fois à une élection.

David Kimelfeld drague les écologistes, Etienne Blanc se pose en recours

Gérard Collomb, qui a mené une campagne très courte en s'érigeant en protecteur de l’attractivité économique de l’agglomération face à des écologistes décrits comme des « décroissants » loin des réalités du terrain, a perdu son pari. L’ex-ministre de l’Intérieur a pris rapidement la parole devant l’hôtel de ville de Lyon. Il a reconnu « incontestablement une poussée des verts ». Le « premiers des marcheurs » a aussi fustigé l’éclatement de son propre camp : « Il y a aussi le fruit de nos divisions. Si on ajoute les deux listes de l’ancienne majorité, on s’aperçoit qu’on serait en tête ». Une allusion aux socialistes, avec lesquels il a gouverné la ville depuis 2001, et à George Képénékian, son ancien Premier adjoint qui l’avait remplacé lors de son départ place Beauvau. De fait, le score relativement élevé de cet ancien fidèle du maire de Lyon a certainement handicapé le camp Collomb.

A droite, les listes du LR Etienne Blanc réalisent de bons scores, sans créer de surprise. Le bras droit de Laurent Wauquiez à la région se présente désormais comme un recours face au « choix de l’aventurisme » que représente selon lui le vote écologiste. Arrivée devant le candidat LREM Yann Cucherat, Etienne Blanc a des arguments à faire valoir dans l’hypothèse d’une alliance avec les équipes de Gérard Collomb avant le second tour (s’il a lieu dimanche prochain).

L’heure est désormais aux négociations pour fusionner les listes, qui doivent en théorie être déposées mardi. A ce jeu-là, les écologistes sont en position de force pour discuter avec la Gauche unie (PS, PCF, Génération.s…) qui s’assure de bonnes places dans ses fiefs de Villeurbanne ou de Vénissieux, mais qui n’a pas réussi à élargir son électorat. EELV pourra aussi entrer en négociation avec George Képénékian et David Kimelfeld dans un grand deal mêlant la ville de Lyon, la Métropole, voire Villeurbanne. Dimanche soir, l’actuel président de la Métropole a multiplié les appels du pied à destination des écologistes. « Un travail va s’engager entre celles et ceux qui veulent avancer dans la direction de l’urgence climatique conjuguée à la justice sociale », a-t-il annoncé. Si les écologistes acceptent de fermer les yeux sur le soutien – de moins en moins affirmé – de David Kimelfeld à la politique d’Emmanuel Macron, les portes de la Métropole leur tendraient les bras, en plus de celles de la ville de Lyon, déjà bien enfoncées.

https://www.mediacites.fr/decryptage/lyon/2020/03/15/municipales-a-lyon-la-soiree-dun-1er-tour-a-lepreuve-du-coronavirus/

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).