"En raison d’une très forte demande et d'un stock limité de vaccins, tous les rendez-vous ont déjà été pris. Réessayez prochainement ou cherchez un autre centre. » Depuis deux semaines, toutes les personnes qui désirent se faire vacciner contre le Covid-19 se heurtent au même message sur le site de Doctolib. « J’ai essayé des dizaines de fois, passé des dizaines de coups de téléphone », se désespère une Villeurbannais septuagénaire - depuis le 18 janvier, tous les Français âgés de 75 ans et plus sont éligibles à la piqûre.

Il y a deux semaines, sur BFM Lyon, le professeur Claude Dussart, chef de service de la pharmacie centrale et coordinateur de la vaccination aux Hospices civils de Lyon (HCL), affirmait que des créneaux rouvriraient dans les jours suivants, notamment au centre de vaccination de Gerland, géré avec la ville de Lyon et l’Union des médecins libéraux et infirmiers libéraux d’Auvergne-Rhône-Alpes. Installé au palais des sports, il accueille environ 500 personnes par jour. Mais les retards de livraison annoncés par le laboratoire Pfizer, pour cause d’adaptation de son processus de production, sont venus doucher les ambitions des HCL.

Le 18 janvier, l’entreprise new-yorkaise déclarait en outre qu’elle allait réduire de 20% environ le nombre de flacons fournis à la France et aux autres pays européens. En cause : « la découverte » d’une sixième dose. Certains vaccinateurs ont remarqué qu’il était possible d’extraire six doses au lieu des cinq prévues initialement dans chacun des flacons. Résultat, Pfizer module ses livraisons de flacons à la baisse. Or l’extraction de la dernière dose requiert un équipement spécifique et n’est pas toujours possible.

Sécuriser la piqûre de rappel

A Lyon, les retards sont tels que certains rendez-vous pris pour une première injection au palais des sports ont été annulés. D’après un mail interne aux HCL signé du directeur général Raymond Le Moign et que Mediacités a pu consulter, près des deux tiers des rendez-vous programmés pour le mois de février doivent être reportés. La situation n’est pas propre à la Métropole. En Île-de-France, en Bourgogne-Franche-Comté et dans les Hauts-de-France, les annulations se multiplient. Elles ont pour objectif de sécuriser la piqûre de rappel qui doit s’effectuer sous 28 jours. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a refusé d’étendre ce délai à six semaines comme cela était envisagé début janvier.            

Vendredi 28 janvier, quelques 20 285 vaccinations avaient été réalisées à Lyon, dans l’ensemble des cinq centres des HCL. Ces chiffres comprennent les 6 281 vaccinations de professionnels des hospices (5 910 premières doses et 371 secondes doses) ainsi que les 627 vaccinations de patients des hôpitaux lyonnais (453 premières doses et 174 secondes doses). Quid des stocks ? Pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, il ne resterait que 53 975 doses du vaccin Pfizer d’après le site gouvernemental data.gouv.fr. Une avance assez mince alors qu’aucune communication n’a été effectuée sur les livraisons à venir. Pour février, les HCL prévoit d’honorer 41 000 rendez-vous de vaccination.

« On nous met devant le fait accompli : il n’y a pas de vaccins ! »

Lors d’un Comité technique central d’établissement (CTCE) extraordinaire qui s’est tenu aux Hospices civils de Lyon, mardi 26 janvier dernier, la direction s’est voulue rassurante. « On nous a assuré que tous les personnels recevraient la seconde dose dans le temps imparti », confie un représentant du personnel sous le sceau de l’anonymat.

Mais pour le reste de la population, l’incertitude commence à irriter les élus. Le maire de Villeurbanne Cédric Van Styvendael (PS) s’est indigné après que l’ARS et la préfecture ont demandé à la ville de retarder l’ouverture d’un deuxième centre de vaccination. Ce lieu devait venir en appui au centre de vaccinations internationales de la rue Léon Blum, qui affiche 1 217 vaccinations depuis le 19 janvier. Comme pour Gerland, une réduction de 70% des doses y est annoncée pour les deux prochaines semaines, avec une importante déprogrammation de rendez-vous à partir du mercredi 3 février au matin.

« En quelques jours, nous avons déployé tous les moyens logistiques et humains pour accompagner la stratégie du ministère de la Santé et aujourd’hui, on nous met devant le fait accompli : il n’y a pas de vaccins ! », s’est ému l’élu dans un communiqué diffusé la semaine dernière. Cédric Van Styvendael réclame au gouvernement de connaître le nombre de doses précises qui seront livrées dans sa commune dans les prochaines semaines afin d’organiser l’intendance en conséquence.

Même supplique de la part de son homologue lyonnais Grégory Doucet. Lors du conseil municipal du 28 janvier, l’écologiste a annoncé qu’il s’était fendu d’une lettre officielle au Premier ministre, cosignée avec d’autres élus locaux, afin que l’État lui garantisse un nombre de doses minimales pour les prochains mois.

Rebond épidémique

« Les membres du gouvernement ont promis la lune alors qu’ils savaient qu’ils ne l’auraient pas. Cela me rappelle beaucoup le fiasco autour des masques », se désole le docteur Pierre-Jean Ternamian, président de l’union régionale des professionnels de santé pour les médecins libéraux. Alors même que cette campagne vise à faire baisser la mortalité due au Covid-19 et à protéger le système de santé, les retards de vaccination des personnes les plus fragiles – les plus de 75 ans et celles atteintes de pathologies à risque – arrive au mauvais moment...

Le rebond de l’épidémie se fait déjà ressentir dans les hôpitaux lyonnais. Le 26 janvier dernier, 12% des passages aux urgences adultes étaient en lien avec le Covid-19 contre 9% la semaine précédente. Et la possible prolifération du variant anglais fait craindre une nouvelle tension au sein des services de réanimation qui affichent déjà un taux d’occupation de 95% (dont 42% de lits occupés par des patients victimes du coronavirus). « Seuls les gestes barrières et le confinement permettront d’éviter une submersion de l’hôpital », estime le Pierre-Jean Termanian. Ce n’est, pour l’instant, pas l’option choisie par le gouvernement.