Ce doit être ce que l’on appelle la rançon du succès. Après des années passées à célébrer le « miracle nantais », qui a vu la ville et son agglomération se hisser au rang des plus attractives de France, voilà que cette réussite est remise en cause. Par une partie des habitants, inquiets de la flambée des prix du logement et des nuisances en tout genre engendrées par l’augmentation de la population. Et par les politiques qui, de façon plus ou moins virulente, en ont fait un enjeu des prochaines élections municipales. C’est particulièrement vrai à Nantes et cela pourrait l’être tout autant dans d’autres communes parfois éloignées de la ville centre et de ses voisines. Car si la métropole a vu le nombre de ses habitants exploser ces dix dernières années, au point de figurer parmi les plus dynamiques de France (derrière Montpellier, Toulouse et Rennes), le phénomène dépasse largement ses frontières pour s’étendre à la quasi totalité du département. Pour en prendre la mesure, Mediacités s’est plongé dans les chiffres du recensement publié par l’Insee.

Commençons par une vue d’ensemble. Près de 150 000 habitants gagnés en 10 ans dans le département de Loire-Atlantique, qui en compte désormais 1,395 millions, c’est beaucoup. + 12% de croissance et la quatrième plus forte hausse brute du nombre d’habitants en France, derrière la Gironde (+ 174 000 habitants), le Rhône (+ 166 000) et la Haute-Garonne (160 000). Un taux de croissance supérieur à celui qu’a connu la Métropole nantaise, comme le montre le graphique ci-dessous.

Aucune des 17 structures intercommunales du département n’a vu sa population reculer entre 2010 et 2020 (. Sur Nantes Métropole, la croissance a atteint + 11,4% mais comme le montre tableau ci-dessous, la métropole ne se développe pas aussi vite que ses marges périurbaines. Les secteurs phares de la dernière décennie sont situés au nord, dans la vallée de l’Erdre, et au sud, dans le pays de Retz, vers Pornic. Les abords d’Ancenis, Blain, Vallet ou Clisson sont légèrement moins dynamiques mais l’ensemble n’en forme pas moins une deuxième couronne nantaise dont l’attractivité ne faiblit pas et demeure significativement supérieure à celle de la ville-centre et de sa première couronne.

Quoique plus éloignée de Nantes, la région de Pontchâteau, Savenay et Saint-Gildas-des-Bois connaît également une croissance très rapide. Un coup d’œil sur une carte régionale suffit pour comprendre que la zone est idéalement située, dans un quadrilatère Rennes-Vannes-Saint-Nazaire-Nantes, et qu’elle profite à fond des liens croissant entre la métropole nantaise et la Bretagne.

Comme le montre la carte ci-dessus, le même scénario se reproduit au sein des frontières de Nantes Métropole. Là encore, ce sont les communes les plus éloignées du centre qui se développent le plus vite. Bouaye, Thouaré, Saint-Jean-de-Boiseau et Le Pellerin peuvent être considérées comme faisant partie de la deuxième couronne nantaise et profitent toutes d’une offre foncière moins chère. Pour autant, la première couronne se révèle encore très dynamique, comme en témoignent les croissance de Sainte-Luce-sur-Loire (+ 31,7%) et de Sautron (+20,4%).

Si les grandes communes de la métropole nantaise semblent un peu marquer le pas, comme le montre le graphique ci-dessous, les chiffres sont à relativiser. En valeur absolue, c’est bien Nantes qui a gagné le plus d’habitants en dix ans : plus de 26 000. Elle a ainsi rejoint le club très fermé des villes de plus de 300 000 habitants, avec Marseille, Lyon, Toulouse et Nice. Et ses dix plus grandes voisines (Rezé, Saint-Herblain, Orvault, Saint-Sébastien, Vertou, Couëron, La Chapelle, Sainte-Luce, Bouguenais et Carquefou) ont toutes, sans exception, gagné entre 1 500 et 4 000 habitants chacune.

Le dynamisme de la métropole nantaise ne se dément pas mais il n’en va pas de même pour Saint-Nazaire, la Côte sauvage et la presqu’île de Guérande. La Baule, Le Pouliguen, Batz-sur-Mer perdent des habitants tandis que Saint-Nazaire, Pornichet et Guérande affichent une croissance très limitée. Elle est tout aussi poussive dans la région de Châteaubriant, où le dynamisme des secteurs de Derval ou de La Meilleraye ne compensent pas l’atonie démographique de la ville-centre, qui a perdu près de 500 habitants durant la dernière décennie.