Avant le 22 mai prochain, 18 heures, les candidats victorieux comme malheureux des élections municipales devront déposer le détail de leurs dépenses électorales auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). A Nantes, suite à notre enquête publiée il y a deux semaines, nous avons déjà une idée précise des sommes engagées par les principales candidates.

Mais qu'en est-il dans le reste de la Loire-Atlantique. Difficile à dire pour 2020. Mais grâce aux documents de la CNCCCFP, Mediacités a pu se pencher sur les comptes de campagne des maires élus en 2014 dans le département, à la tête de communes de plus de 9000 habitants. Où l’on découvre qui sont les plus dépensiers et quels partis mettent le plus la main à la poche.

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2020/02/20/municipales-dou-vient-largent-des-candidates-et-comment-elles-le-depensent/

A Carquefou, Véronique Dubettier-Grenier la plus dépensière

Pour remporter la mairie de Carquefou en 2014, Véronique Dubettier-Grenier (divers droite) n’avait pas lésiné sur les moyens : 23 379 euros dépensés au total, soit près de 7 euros par voix obtenue au second tour. Celle qui était la première adjointe de Claude Guillet de 2008 à 2014 avait en effet décidé de se présenter contre le maire sortant, qui se représentait. Distancée de 200 voix après le premier tour, Véronique Dubettier-Grenier avait refait son retard et tué le père au second tour, l’emportant avec 111 voix d’avance à peine. Son (gros) investissement dans la campagne avait payé.

Scénario inverse pour Jean-Michel Brard, premier adjoint (divers droite) du maire de Pornic, Philippe Boënnec, qui ne se représentait pas après avoir été élu de 1995 à 2014. Quand Jean-Michel Brard était parti en campagne, il n’avait pas cassé sa tirelire. Il s’était même montré plus qu’économe, en dépensant seulement 1,70 euro par voix obtenue au second tour (tableau ci-dessous). Le même avait également dépensé moins de 23% du plafond légal des dépenses auquel il avait droit (tableau plus bas), un des plus faibles ratios observés dans le département. Il avait pourtant face à lui un redoutable candidat, le centriste Charles Sibiril, qui avait raflé 34% des voix au premier tour et plus de 38% au second. Depuis, le maire de Pornic a pris du galon, puisqu’il est devenu président de la communauté d’agglomération Pornic Agglo Pays de Retz. La campagne actuelle pour sa réélection pourrait bien être nettement moins sage d’un point de vue pécuniaire…

Notre tableau montre aussi que les élus socialistes de Loire-Atlantique n’ont pas été avares de leurs deniers – et de ceux de la rue de Solférino – pour conserver leurs fiefs locaux. Derrière la maire de Carquefou, les maires les plus dépensiers en 2014 ont en effet été Michèle Gressus (Bouguenais), Gérard Allard (Rezé), Johanna Rolland (Nantes) et David Samzun (Saint-Nazaire). Tous ont dépensé plus de 5 euros par voix obtenue en 2014 pour être élus ou réélus, ce qui n’est pas rien.

Parmi les élus les plus économes, outre Jean-Michel Brard à Pornic, figure Danielle Cornet, dont la liste divers gauche avait fait tomber Bernard Clouet, le sortant (divers droite). Les deux maires n’ont dépensé qu’1,70 euro par voix pour l’emporter au second tour. Rodolphe Amailland, le nouveau maire (UMP à l’époque) de Vertou, qui succédait à Laurent Dejoie, avait également très peu dépensé (2,20 euros) pour s’assurer la victoire.

Des maires qui crèvent (presque) le plafond

Pour chaque campagne électorale française, un plafond de dépenses est fixé aux candidats. A l’occasion des élections municipales, ce plafond varie selon le poids démographique des communes et le nombre de tours nécessaire. Il est donc possible de mesurer les dépenses de chaque candidat par rapport à ce plafond légal et de vérifier ainsi si les élus ont été raisonnables. Ou pas. Médiacités a donc mesuré ce ratio de dépenses par rapport au plafond légal de tous les maires de villes de plus de 9 000 habitants élus en 2014 en Loire-Atlantique.

L’exercice donne des résultats intéressants car il donne la mesure des efforts consentis par les maires élus pour arriver à leurs fins. En 2014, Joël Guerriau (UDI), qui tenait la mairie de Saint-Sébastien-sur-Loire depuis 1995, n’était sans doute pas le plus menacé dans son fief. Il l’avait d’ailleurs emporté dès le premier tour, avec plus de 62% des voix… Mais cela ne l’avait pas empêché de dépenser plus de 32 000 euros pour sa campagne, dont près de 25 000 euros étaient directement issus des caisses de son parti, l’UDI. Avec cette manne, Joël Guerriau atteignait 90% du plafond légal de dépenses autorisées, record départemental.

Le tableau montre aussi l’ampleur financière de la campagne de Johanna Rolland en 2014. Avec 269 017 euros dépensés, cette dernière avait dépassé les trois-quarts du plafond autorisé. Une grosse dépense, en partie financée par les caisses nationales du PS (pour un montant de 70 000 euros), qui traduit bien l’importance stratégique que revêtait le scrutin nantais pour le PS.

Un ratio élevé de dépenses par rapport au plafond est souvent le signe de campagnes électorales particulièrement disputées. Ce fut le cas en 2014 à Sainte-Luce-sur-Loire, où le divers droite Jean-Guy Alix avait fait tomber dès le premier tour la ville dans l’escarcelle de la droite, sur fond de désunion entre le maire PS sortant, Bernard Aunette, et ses anciens adjoints réunis derrière Anthony Descloziers (PS). Grosse bagarre également à Pornichet, où le divers droite Jean-Claude Pelleteur avait fini par l’emporter sur la liste de Robert Belliot, le maire sortant UMP. En revanche, à Châteaubriant et à Saint-Brevin-les-Pins, les deux maires sortants n’étaient pas spécialement menacés, Alain Hunault (UMP) et Yannick Haury (Modem à l’époque) avaient même été largement réélus dès le premier tour. Mais ils avaient quand même dépensé 73% du plafond pour Alain Hunault et près de 65% pour Yannick Haury…

Les édiles les moins dépensiers en 2014 avaient été Danielle Cornet (divers gauche), à Pontchâteau, où elle se présentait en outsider du maire sortant Bernard Clouet (divers droite). Campagne très raisonnable aussi pour Jean-Michel Brard à Pornic (voir plus haut) et pour Bertrand Affilé (PS) à Saint-Herblain. Celui qui briguait la succession de Charles Gautier aura dépensé à peine 32% du plafond légal pour atteindre son but. A Blain, Vertou, Bouguenais et La Chapelle-sur-Erdre, les maires élus en 2014 ont tous dépensé moins de la moitié du plafond légal autorisé.

Ceux qui disent merci à leur parti. Et les autres...

Dernier point intéressant de ces données sur les campagnes des municipales de 2014, le poids des partis politiques dans le financement des candidats locaux. En Loire-Atlantique, ils sont une minorité de candidats à avoir bénéficié d’un financement « national ». Comme le montre le tableau ci-dessous, c’est surtout le PS qui a sorti le carnet de chèques pour apporter son soutien à Johanna Rolland et Gérard Allard, élus à Nantes et Rezé, mais aussi à Erwan Huchet, Gilles Cavé et Anthony Descloziers, candidats malheureux à Orvault, Carquefou et Sainte-Luce. Mais le maire UDI de Saint-Sébastien-sur-Loire a vu les trois-quarts de sa campagne financée par son parti, l’UDI, tandis qu’Europe écologie les Verts apportait son soutien à sa candidate nantaise, Pascale Chiron, pour environ un dixième de ses recettes. Enfin, on notera que plus de 92% des recettes d’Hélène Defrance, la candidate nantaise de Lutte ouvrière, proviennent d’un apport de son parti. On ne peut vraiment pas reprocher à LO de ne pas soutenir financièrement ses candidats !