Chasser la voiture du centre-ville de Toulouse, c'est l'une des mesures qu'Archipel Citoyen compte mettre en œuvre dans les six premiers mois de son mandat, si la liste devait remporter les élections. « Cette piétonnisation sera réalisée par phases en impliquant les habitants et les habitantes dans leurs définitions », assure la « fiche d'action » dont Mediacités a pu prendre connaissance sur le site internet du mouvement, avant sa mise en ligne officielle dans la semaine. Pour l'équipe menée par l'écologiste Antoine Maurice, l'objectif est de « favoriser les modes doux et les transports en commun à l’intérieur de l’octogone de boulevards tout en facilitant l’accès aux riverains. » D'ici à 2023, seule la circulation des transports publics, des services d’urgences, des riverains et des titulaires d’autorisations expresses serait autorisée dans cette « zone à trafic limité ».

Comme la tête de liste archipélienne l'a déjà annoncé lors du débat organisé par France Bleu Occitanie, le 13 décembre dernier, le Pont Neuf serait rapidement réservé lui aussi à ces modes de transport. À terme, un axe allant de la rue de la République au canal, en passant par la rue de Metz et la Halle aux Grains, serait également concerné par cette modification radicale des usages.

À en croire une autre page de son site internet, Archipel Citoyen compte limiter la vitesse à 30 km/h dans l'ensemble de la ville, à l’exception des grandes artères, « afin de renforcer la sécurité des piétons et des cyclistes et de réduire la pollution et les nuisances sonores ». Même ralentissement à prévoir sur la rocade où la limite autorisée baisserait à 70 km/h. « Cette mesure permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées au transport routier et de fluidifier le trafic aux heures de pointe, assure le mouvement. Le périphérique toulousain fait 35 km de long. Un automobiliste qui en parcourt la moitié mettra 12 minutes à 90 km/h et 15 minutes à 70 km/h soit 3 minutes de différence. »

Des bus électriques et à hydrogène pour Tisséo

Concernant les transports en commun, Archipel Citoyen souhaite travailler avec le Conseil régional pour proposer un prix unique des transports publics à l’intérieur de l’aire urbaine dans les réseaux Lio, TER et Tisséo. Plus globalement, la liste entend réunir la Métropole, le Département, la Région, ainsi que des représentants des usagers et des entreprises dans une « nouvelle gouvernance » pour améliorer l'organisation des transports et des infrastructures dans l'agglomération toulousaine.

Sur le plan environnemental, Archipel Citoyen compte investir dans les bus électriques, à hydrogène et les trolleybus pour remplacer la flotte de bus diesel en fin de vie. Cela conduirait Tisséo à délaisser les systèmes de propulsion au gaz naturel, actuellement privilégiés. Des bus qui seraient rendus gratuits en cas de pics de pollution pour inciter les Toulousains à délaisser leurs véhicules quand l'atmosphère devient irrespirable.

Pour mesurer la pollution, le mouvement, regroupant citoyens non-encartés et adhérents EELV, LFI et ex-PS, envisage d'ailleurs de prêter gratuitement des capteurs aux habitants pour prendre conscience de leur exposition aux différents types de polluants. La fourniture de ce niveau d'exposition pourrait devenir obligatoire lors de la vente d'un bien immobilier.

Encadrer les loyers dès le printemps

Outre les transports, le logement apparaît comme l'un des chevaux de bataille d'Archipel Citoyen. Une fois élu, celui-ci entend créer dans les deux ans une Maison du logement pour regrouper les services proposés par la collectivité « depuis l’accès au logement jusqu’à l’accompagnement sur les aides à la rénovation énergétique », selon la fiche d'action élaborée par la liste. Cette structure serait aussi chargée d’analyser les problématiques du logement en complément de l’agence d’urbanisme existante. Un financement de dix millions d'euros est prévu pour créer cette entité.

Favorable à l'encadrement des loyers pour lutter contre la gentrification, Archipel Citoyen veut mettre en place un registre des loyers dès le printemps prochain. Ce dernier devrait permettre « de déterminer le prix le plus juste pour les locataires comme pour les propriétaires, quartier par quartier », et d’observer l'évolution des prix.

Archipel Citoyen envisage aussi de créer des Organismes fonciers solidaires pour « faciliter l’accès à la propriété pour les ménages modestes au travers d’un mécanisme de dissociation du foncier et du bâti qu’il accueille ». Il serait prioritairement chargé d’intervenir dans les secteurs les plus chers de Toulouse.

Le mouvement promet également de soumettre les projets de création de ZAC aux habitants et associations pour « sortir de cette méthode ancienne qui consiste à faire travailler un urbaniste de renom, qui vient restituer ses concepts lors d’une réunion dite de concertation où l'on explique aux habitants que les “fondamentaux” du projet constituent des invariants du projet, mais qu’ils peuvent discuter du reste, sous-entendu de l’accessoire »

Les Toulousains seront appelés à établir une charte sur les logements neufs. Objectifs de surface minimale, d’exposition et d’accès à l’extérieur, d’accessibilité ou encore de prix, les promoteurs souhaitant agir sur le territoire municipal devront s'y conformer.

Partant du constat qu'il manque « au minimum 2 500 logements pour les élèves boursiers à Toulouse », la liste conduite par Antoine Maurice compte mettre du foncier municipal ou métropolitain à disposition du Crous. C'est l'une des rares mesures budgétisées à ce stade : environ 25 millions d’euros d'ici à 2026.

Enfin, la location et la sous-location de logements via des plateformes comme Airbnb seront limitées « à 90 nuitées par an pour les résidences principales ».

Préparer des régies publiques pour l'eau et les parkings

Au-delà de la commune, Archipel Citoyen souhaite bâtir « un nouveau projet économique métropolitain » pour « enclencher la bifurcation écologique sur des critères sociaux et environnementaux ». L'idée est de structurer des « filières emploi climat » dans la rénovation des bâtiments, les énergies renouvelables, l'action sociale, l'agriculture durable, la mobilité et le recyclage. Et de sortir des politiques de métropolisation « uniquement centrées sur la compétitivité, l’attractivité, et l’excellence ». Dans cette optique, Archipel Citoyen prévoit d'engager « un rééquilibrage territorial » au sein de la métropole et avec les collectivités voisines, notamment du Sicoval et du Muretain.

Outre un audit des finances et des projets mis en œuvre dernièrement, Archipel Citoyen prévoit de « modifier les objectifs de la commande publique, des appels d’offres ou à projet, des aides et subventions à l’aune de critères sociaux et environnementaux et contrôler les engagements et les résultats de l’aide publique ». De nouveaux indicateurs seront mis en place pour mesurer le bien-être, l'égalité femmes – hommes, l'impact carbone, etc.

Si elle arrive au pouvoir, l'équipe d'Archipel Citoyen préparera le passage progressif en régie publique des aires de stationnements municipales et métropolitaines. Des horizons lointains puisque la société Indigo va, par exemple, gérer le nouveau parking des allées Jean-Jaurès pendant 35 ans.

Même direction en ce qui concerne la distribution d'eau. « Au début des années 2000, 28 % de la population française était desservie par un opérateur public. Aujourd’hui, c’est 40 %, note Archipel Citoyen. Il serait regrettable que Toulouse aille à l’encontre du sens de l’histoire. »