On l’appelle le troisième tour : l'élection du conseil métropolitain aura lieu le 16 juillet. La répartition des 133 conseillers communautaires de Toulouse Métropole est déjà connue. Et même s'il reste quelques inconnues sur l'organisation des groupes, voici trois tendances qu'il est possible de dégager.

1. Jean-Luc Moudenc a de très grandes probabilités d’être réélu

La réélection de Jean-Luc Moudenc au Capitole, le 28 juin, entraîne automatiquement l’obtention, pour sa majorité, de 51 des 67 sièges dévolus à la Ville rose dans le conseil métropolitain. L’opposition menée par Antoine Maurice décroche 16 sièges.

Les 66 sièges restants se répartissent entre les 36 autres communes de la métropole, en fonction de leur poids démographique. Colomiers en obtient huit, Tournefeuille et Blagnac cinq, Cugnaux quatre, et Balma trois. Dix communes se voient attribuer deux sièges et les 21 dernières, un seul.                 

Selon notre décompte, la droite ne cumule que 64 sièges sur 133 (elle en avait 68 lors du dernier mandat). Le maire LR de Toulouse n’a donc pas la majorité sur le papier. Pourtant, il devrait être le seul candidat à la présidence. Il peut toujours compter, dans son groupe « Métropole d’avenir », sur les trois élus de Balma, les deux de Saint-Orens, les deux de Castelginest, et ceux de Saint-Jory, Bruguières et Quint-Fonsegrives. Sans oublier les élus de l’opposition de Colomiers, Tournefeuille et Cugnaux (un pour chaque commune). Cependant, la droite a perdu six sièges à Pibrac, Fenouillet et Cugnaux avec les élections respectives de Camille Pouponneau (PS), Thierry Duhamel (divers-gauche) et Albert Sanchez (divers-gauche). Elle doit également se résoudre à voir Colomiers, Tournefeuille, L’Union et Saint-Jean rester dans l’escarcelle de la gauche, et Blagnac demeurer un réduit radical.

« Beaucoup ne veulent pas aller à la baston. Il y a une culture du consensus »

Avec 61 sièges, toutes tendances confondues (PS, PC, PRG, Archipel Citoyen, EELV), la gauche pourrait prétendre à la présidence, à condition de gagner à sa cause les sept maires sans étiquette . Mais cette option demeure peu probable. « Beaucoup d'élus ne vont pas aller à la baston. Il y a une culture du consensus », constate le maire divers-gauche de L’Union Marc Péré, qui fut un temps candidat à la présidence. En effet, à la métropole, les votes sont plus pragmatiques qu’à la ville, et il n’est pas rare que les socialistes et les radicaux préfèrent pencher vers la majorité afin de s’assurer des vice-présidences. En 2014, Jean-Luc Moudenc avait offert à Karine Traval-Michelet, la maire PS de Colomiers, le poste de 2e vice-présidente Habitat, au maire PRG de Blagnac Bernard Keller la 4e vice-présidence Aéronautique, et au maire PS de Tournefeuille Claude Raynal, la 6e vice-présidence Culture.                     

Joseph Carles, maire ex-radical de Blagnac, confirme à Mediacités qu'il ne souhaite pas d’opposition frontale avec son homologue toulousain. « Je ne vois pas qui d’autre pourrait obtenir la majorité. Le fait qu’il n’ait pas la majorité absolue génère pour [Jean-Luc Moudenc] une volonté d’aller chercher le consensus. C'est la meilleure façon de fonctionner pour une métropole », assure l’édile. Plutôt que de continuer à participer au groupe Rassemblement démocratique et Social Européen (RDSE), Joseph Carles optera pour le groupe des indépendants.

2. Le poids accru des indépendants

Le maire de Blagnac assure que le groupe des indépendants sera « plus indépendant que le précédent ». Ses membres « auront pour vocation de faire entendre la voix des autres territoires » sur des dossiers, comme les Ramblas, où la position toulousaine a été jugée « trop prépondérante ». « On aurait pu davantage négocier pour que la rénovation de ces allées toulousaines ne soit pas seulement financée par le budget de la métropole », remarque-t-il a posteriori.

Les maires sans étiquette des petites communes constituent le noyau de ce groupe d'indépendants. À commencer par le maire de Mondouzil, Robert Médina, en réalité rattaché à LREM. L’élu siège depuis 2011 dans ce groupe et ne voit pas de raison de s’opposer à l’élection de Jean-Luc Moudenc. « Nous avons voté 90 % des délibérations de la majorité », rappelle l'élu, partisan d'une attitude « constructive ». Elle consiste à établir des consensus avec la majorité lors des travaux en commissions, c'est-à-dire avant le vote, quitte à proposer des amendements.

Les indépendants comptaient onze élus lors de la mandature précédente. Ils prévoient d'être plus nombreux. « Nous sommes déjà près de dix, avec les élus de Mons, Flourens, Drémil-Lafage, Beaupuy, Mondouzil, Pin-Balma, Cornebarrieu et Saint Alban, sans compter des élus de gauche et de droite qui vont nous rejoindre. Il faut travailler dans l’intérêt général si l’on veut que la métropole avance », ajoute Robert Médina, très actif dans la constitution du groupe. C’est tout naturellement que Marc Fernandez, le nouveau maire de Beaupuy sans étiquette, les a rejoints, « l’objectif principal étant que notre voix soit entendue », explique ce dernier.

3. Un groupe Ecologiste et citoyen pour jouer les trublions

Les Archipéliens et les élus compatibles avec le groupe d’Antoine Maurice joueront, au contraire, le rôle d'une opposition franche dans ce conseil. Outre 14 membres issus du groupe toulousain (14 sur 16 dans la mesure où un élu communiste et un socialiste siégeront à part), ils compteront probablement dans leurs rangs les trois élus de Cugnaux, les deux de L’Union et les écologistes et citoyens d’Aussonne, de Colomiers et de Tournefeuille. Il paraît peu probable que ce groupe Ecologiste et citoyen, encore en construction en début de semaine, décide de présenter un candidat à la présidence. Mais rien n’est exclu, à en croire le maire de L'Union Marc Péré : « Si nous n’obtenons pas de répartition équilibrée des postes dans les commissions du conseil métropolitain et les syndicats extérieurs (le Syndicat Départemental d'Électricité de la Haute-Garonne SDEHG, Decoset pour les déchets, la SMTC Tisséo pour les transports et le SMEAT pour l’urbanisme), l’autre option sera de croiser le fer. »

Comme à la ville, la gauche est désunie. Les socialistes, les communistes et les PRG, qui pèsent 31 voix selon notre décompte, pourront décider de s’allier ou de constituer des groupes séparés. Selon nos informations, le seul communiste de l’opposition toulousaine, Pierre Lacaze, cherche à convaincre trois autres élus pour monter un groupe autonome au conseil métropolitain, afin de disposer d'un temps de parole lors des interventions liminaires de chaque séance.

Difficile de prévoir, donc, combien de groupes politiques composeront le futur conseil métropolitain, alors qu’ ils étaient sept dans le mandat précédent . Une chose est sûre, il aura du pain sur la planche. « Le premier dossier sera la prospective financière et l’impact de la crise sanitaire sur le budget (1,8 milliard d'euros pour l'exercice 2020). ll faudra sans doute établir un nouveau calendrier pour la troisième ligne de métro », estime Joseph Carles. Parmi les autres priorités : le Programme d’aménagement routier métropolitain (Parm). « Il faudra revoir le fonctionnement des enveloppes locales pour que les petites communes soient moins lésées », plaide le maire de Beaupuy Marc Fernandez.          

Pour cet article, nous avons contacté une petite quinzaine de maires et élus, de toutes les tendances politiques. Seuls quatre ont accepté de nous répondre : Marc Fernandez, le maire de Beaupuy, Robert Médina (Mondouzil), Joseph Carles (Blagnac) et Marc Péré (L'Union). Les maires de Brax, Saint-Alban, Cornebarrieu, Pin-Balma, Mons, Mondonville, Drémil-Lafage et Cugnaux n'ont pas donné suite à nos sollicitations, pas plus que Pierre Lacaze, l'élu communiste de l'opposition toulousaine. La maire socialiste réélue de Colomiers, Karine Traval-Michelet, nous a fait dire par son cabinet, en milieu de semaine dernière, qu'elle ne nous recevrait pas en entretien. Motif : il est « prématuré » d'évoquer les enjeux métropolitains avant les élections...