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Les villes de 10 000 et 100 000 habitants de la région Occitanie ne vont pas bien. À l’écart des grandes métropoles, elles ont subi plus fortement la crise économique que les autres. Quand, entre 2010 et 2015, l’emploi augmentait de 4,8 % à Toulouse, Montpellier, Perpignan et Nîmes, il y reculait de 0,6 % dans les 26 villes moyennes. Ces dernières, comme l’écrit la Cour des comptes dans son rapport du 5 octobre 2020, « ne disposent pas de suffisamment de leviers d’attractivité pour attirer les cadres ».

L’État est lui aussi responsable. Comme de nombreux services privés (banques, assurances), les grandes administrations se sont concentrées dans les métropoles régionales et il y a moins de fonctionnaires d’État dans les petites villes.

Les villes centres, vache à lait de leurs voisines

Ces villes sont aussi victimes de leurs voisines immédiates. Les classes moyennes et supérieures fuient les vieux centres historiques, pour vivre dans des maisons avec jardin dans les communes avoisinantes. Pour preuve, quand ces cinquante dernières années, ces 26 villes-centres gagnaient 67 600 habitants, leurs intercommunalités en accueillaient 400 400 supplémentaires. Un étalement urbain qui a un coût écologique.

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Le centre-ville est dans un état particulièrement préoccupant dans plusieurs communes, notamment dans le Languedoc. Le taux de pauvreté atteint 57 % de la population à Béziers (Hérault), 45 % à Lunel (Hérault), 39 % à Beaucaire (Gard), 37 % à Carcassonne (Aude) et 36 % à Lézignan-Corbières (Aude). Comme l’écrit la Cour, « ces quartiers peinent à retenir leurs habitants, ils sont en effet souvent dotés d’un bâti ancien », avec des réhabilitations d’autant plus onéreuses que les contraintes architecturales sont fortes.

Plus pauvres, les villes-centres doivent souvent financer des équipements coûteux (théâtre, conservatoire, cinéma, etc.) qui profitent à leurs voisines. Résultat, on paye beaucoup d’impôts dans ces villes moyennes. À l’exception de Lézignan-Corbières et Narbonne (Aude), toutes les villes-centres exercent une pression fiscale supérieure à leur voisines. Le surcroît moyen de fiscalité est estimé à 357 euros par habitant. Ce surplus d’impôts, qui peut monter à 448 euros par habitant à Cahors, 495 euros à Sète et 915 euros à Mende (Lozère), fait fuir les ménages les plus riches. La Cour dénonce ces « stratégies fiscales non coopératives consistant à laisser aux contribuables de la ville-centre des charges de centralité dont les habitants des communes périphériques bénéficient également ».

Graphique 16

Et ces communes ont un endettement supérieur d’un tiers à l’ensemble des communes françaises. L’endettement dépasse 1 500 euros par habitant à Castres (Tarn), Lannemezan (Hautes-Pyrénées), Agde (Hérault) tandis que la capacité d’autofinancement de la ville d’Albi (Tarn) s’est dégradée.

Pour mieux répartir les charges, l’intercommunalité a longtemps été présentée comme une solution. Mais ces dernières années, elles se sont élargies, au bénéfice des communes rurales, affaiblissant le poids des villes-centres. Celles-ci sont presque toujours pénalisées dans la répartition des sièges des conseils communautaires. Ce qui n’encourage pas l’équité. Ainsi, les théâtres d’Albi, Sète (Hérault) ou Tarbes (Hautes-Pyrénées), les cinémas d’Albi, Cahors (Lot) et Tarbes, et les musées de Figeac (Lot) et Lunel ne sont pas pris en charge par les intercommunalités. Il y a même des concurrences absurdes : dans le centre historique de Carcassonne, deux offices du tourisme communal et intercommunal cohabitent à 350 mètres l’un de l’autre.

Revitaliser les cœurs de ville

Les vacances commerciales dans les centres-villes sont préoccupantes. « L’augmentation soutenue des surfaces commerciales autorisées en périphérie est peu contrôlée », note la Cour des comptes. Ces zones périphériques, parfois créées « dans un contexte de concurrence avec des communes voisines », fragilisent « le commerce de centre-ville qui offre moins de commodités (accès, stationnement) alors que les loyers commerciaux y restent élevés ».

Pour aider à la réhabilitation de leurs centres, les communes doivent composer avec la diversité des institutions proposant des subventions. Les dispositifs d’aide du conseil régional d’Occitanie sont encore récents. Les conseils départementaux préfèrent souvent aider les territoires ruraux. Et si l’État vient de lancer des conventions « Action cœur de ville », elles souvent limitées à des engagements de principe et pas assez concentrées vers les villes qui en ont besoin. Faute de stratégies de territoire, on peut douter de l’efficacité de ces actions. À la fois trop petites pour s’en sortir et trop grandes pour êtres aidées, les villes moyennes risquent de continuer à souffrir.

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Point final.

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