Lorsqu’il avait annoncé à la Dépêche du Midi, en décembre dernier, qu’il ne serait pas candidat pour les élections législatives de 2022, Mickaël Nogal avait précisé qu’il n’avait pas de « piste concrète » pour la suite. Le futur ex-parlementaire de 31 ans a rapidement rebondi. Le 6 janvier, l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) a annoncé qu'elle allait le recruter comme directeur général. Cette organisation professionnelle regroupe 30 syndicats de l’agroalimentaire et 17 associations régionales de défense des intérêts du secteur. Des représentants de Coca-Cola, Lactalis ou encore Danone siègent à son conseil d’administration. Avec cette annonce, l'élu renoue avec son parcours professionnel antérieur. Avant de devenir député, il travaillait en effet pour Orangina Suntory France en tant que responsable des relations institutionnelles.

Dans son communiqué, l'Ania assure que « en raison de ses fonctions passées » son futur directeur « s’est, tout au long de son mandat, déporté des sujets liés à l’agroalimentaire ». Mediacités a pu vérifier que ce n’était pas tout à fait le cas. Le député LREM a notamment voté en faveur de la loi Egalim (pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous) le 2 octobre 2018, à l’Assemblée nationale.

Il avait préalablement, en juillet 2018, travaillé sur le sujet en commission des affaires économiques dont il est le vice-président. Le projet adopté portait notamment sur la juste rémunération des producteurs et visait à changer le système de fixation des prix entre agriculteurs, industriels et distribution. Par ailleurs, Mickaël Nogal n’était pas inscrit sur la liste des déports de l’Assemblée nationale comme ont pu le faire d'autres parlementaires lors de processus législatifs.

Sur le sujet, le député de la 4e circonscription de Haute-Garonne se défend de tout mélange des genres. « J’ai pu voter en tant que membre de la République en marche, et encadrer les débats en commission en tant que vice-président, mais je n’ai pas pris part sur le fond. Je n’ai pas fait d’intervention sur le sujet ni déposé d’amendements », assure-t-il mettant en avant un mandat « axé sur le logement et l’aéronautique ». Des affirmations que nous avons pu vérifier en consultant la base de données du site NosDéputés.fr.

Un recrutement légal

Si l’élu dit n’avoir pas pesé sur les débats, l'expérience politique acquise pendant son mandat sera sans doute utile à l’Ania. L'annonce a suscité quelques réactions outrées. « En #Macronie, les députés obéissent d’abord aux lobbys. Puis ils deviennent lobbyistes aussi. », a taclé sur Twitter l'eurodéputé LFI Manuel Bompart, comme l'a repéré le Huffington Post.

S'il pose question sur les liens entre le monde politique et les lobbys industriels, ce recrutement est tout à fait légal. Le délit de « pantouflage » ne s’applique pas aux parlementaires, comme le fait remarquer Kevin Gernier, dans le fil Twitter publié par ce chargé de plaidoyer à Transparency France. 

Le recrutement dans le privé d’un député (encore en activité) n’est pas soumis à un contrôle déontologique par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Celle-ci ne doit donner son feu vert que lorsque sont concernés des membres du gouvernement ou des présidents d’exécutifs locaux.

Interrogé sur la possible perte de confiance des citoyens qui voient leur représentant devenir lobbyiste, le jeune parlementaire répond qu’il ne souhaite pas que sa vie professionnelle se résume à un mandat électoral. « On reproche aux politiques de faire carrière, de n’avoir que la politique. Soit on interdit d’aller dans le privé, soit on accepte que dans les parcours, il puisse y avoir un passage de l’un à l’autre », objecte-t-il.

Mickaël Nogal prendra ses fonctions de directeur général de l’Ania le 1er mars prochain, à la fin d’une session parlementaire écourtée pour les besoins de la campagne des législatives. « Je démissionnerai à ma prise de fonction à l’Ania pour éviter le cumul des fonctions qui est de toute façon interdit », garantit-il.