Coup de pression, gel des subventions, censure… Moudenc, un maire autoritaire

Les entraves à la liberté associative se sont multipliées à Toulouse pendant le deuxième mandat de Jean-Luc Moudenc. Dans un rapport, publié vendredi 20 février, la Ligue des droits de l’homme (LDH) de Toulouse dénonce une hausse des ingérences depuis 2015.

Photo Françoise Chastrusse - Cercle du Silence / Illustration Ludmilla Cremoux

Raidissement. Les bons connaisseurs de Jean‐Luc Moudenc l’ont remarqué tout au long de son mandat, le maire de Toulouse, sous ses abords bonhommes, laisse de plus en plus transparaître sa nature autoritaire. En dehors de son attitude au conseil municipal, où il doit faire face, il est vrai, aux critiques virulentes de son opposition, la main de fer de Jean‐Luc Moudenc s’est abattue à intervalles de plus en plus réguliers sur le tissu associatif. 

Juste après sa réélection, en 2020, il convoque l’association Deux Pieds de Roues (2P2R) dans son bureau. « Il avait une chemise avec un certain nombre d’articles et de publications critiques de 2P2R sur les réseaux sociaux, raconte un membre de l’association. Il nous a dit :  »Si vous voulez qu’on travaille ensemble sur ce mandat, il faudra arrêter ce genre de publications’”. » L’année suivante, l’association de cyclistes et piétons obtient l’annulation du Plan de déplacement urbain. Devant la déconvenue, le maire dénonce « la dérive politicienne » de 2P2R en conseil municipal, le 29 janvier 2021.

Les représailles tombent deux ans plus tard. De sources concordantes, le cabinet du maire fait pression sur la Maison du vélo pour qu’elle cesse de proposer à ses usagers une adhésion commune avec 2P2R. La subvention municipale attendue par la structure située face à la gare est suspendue. Pour préserver son activité et ses emplois, la Maison du vélo ploie l’échine. Consigne est passée de ne pas ébruiter l’affaire. Le chantage a fonctionné.

Plus récemment, le maire de Toulouse est allée encore plus loin, en saisissant le parquet de Toulouse pour dénoncer un soi‐disant mésusage de subvention concernant le théâtre du Grand Rond. En cause, une avance de trésorerie réalisée par cette institution en 2021 pour aider un lieu de résidence de théâtre, tout juste rénové, à Cintegabelle. Lieu permettant aux compagnies, notamment toulousaines, de créer des spectacles ensuite diffusés auprès du public toulousain.

Le théâtre s’était pourtant expliqué à l’oral sur cette avance face à Francis Grass, adjoint à la culture, à l’automne 2025, puis par écrit, début février. Mais la structure avait aussi dénoncé par voie de presse, il y a quelques jours, les « demi‐promesses » et les « manœuvres dilatoires » d’une municipalité louvoyant depuis deux ans pour ne pas assumer son refus de soutenir davantage le théâtre menacé de fermeture.

« Nous avons peur d’une municipalité qui utilise sa force, non pour œuvrer au bien commun, mais pour intimider ceux qui la gênent. Nous avons peur, car nous vous croyons effectivement capable d’utiliser l’accusation absurde que vous portez contre nous pour justifier la mise à mort du Théâtre du Grand Rond », écrivait le théâtre d’un communiqué daté du 12 février.

Là encore, la réplique n’a pas tardé. Dénonçant la « dérive politique et électoraliste » du Grand Rond, la mairie a sorti l’artillerie lourde le 16 février, en saisissant la justice. On s’en pincerait presque, tant le procédé ressemble au complot ourdi par l’ex‐adjointe Laurence Arribagé en 2017 et pour lequel elle vient d’être condamnée en appel, ou à fermeture administrative de Mix’Art Myrys en 2021.
Un rapport accablant
Ces exemples sont loin d’être isolés. Selon un rapport accablant de la Ligue des Droits de l’Homme, réalisé avec une équipe de cinq chercheurs membres de deux laboratoires de recherche, une trentaine d’associations toulousaines aurait subi des pressions de la part de la mairie de Toulouse.

La LDH a adressé le rapport à la mairie et à la préfecture avant sa publication, sans retour. Contactée, la mairie n’a pas non plus répondu à Mediacités au moment de la publication de cet article. La préfecture de Haute‐Garonne et d’autres institutions locales seraient également à l’origine de certaines entraves, selon la LDH. 

« La mairie et la préfecture sont très actives pour faire taire les associations », alerte Philippe Lebailly, le coprésident de la LDH Toulouse. Seules 34 associations, sur la  cinquantaine sollicitées par la LDH entre juin et décembre 2025, ont accepté de témoigner. Et 30 % des responsables associatifs ont demandé à rester anonymes par crainte de représailles. « Toutes les associations se sont autocensurées. Certaines n’ont pas voulu participer à l’enquête par peur des mesures de rétorsion », explique le coprésident. 

C’est le cas d’une personne impliquée au sein d’une association LGBT présente à l’Espace des diversités et de la laïcité, un établissement municipal. « Je veux rester anonyme à cause des pressions et intimidations de Jean‐Luc Moudenc », explique‐t‐elle à Mediacités. Et pour cause : le récit qu’elle déroule est tout bonnement stupéfiant.

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Par Ludmilla Cremoux

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