Filiale du groupe allemand Continental  AG, l'équipementier souhaite diminuer ses coûts de production, afin d’améliorer la compétitivité de l’usine de 5 à 6 %. Objectif affiché : « assurer la pérennité du site de production de Toulouse ». Pour donner des ailes à son projet de restructuration, la direction de Continental automotive l'a baptisé « Saint-Exupéry ». Pas de quoi emporter pourtant l’adhésion des salariés. FO et Solidaires Continental (Sud), les syndicats majoritaires de l'entreprise - qui fabrique des calculateurs électroniques - ont rejeté fin novembre l’accord de performance collective (APC) proposé.

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Cet APC préconisait un gel des salaires à partir de 2021 pour les 362 salariés de la production du site de Basso-Cambo, parmi lesquels près de 200 cols bleus. Mais aussi la suppression de deux jours de RTT pour une partie du personnel des fonctions support de la production (assurant la logistique et la qualité notamment) ainsi que la perte de deux jours de congés supplémentaires d’ancienneté. Il était question également d’ajouter des heures de travail pour le personnel des lignes de production. Selon une note de la direction envoyée, le 25 novembre, aux collaborateurs, une compensation, sous forme de « prime exceptionnelle pouvoir d’achat » de 300 ou 500 euros, était étudiée par la direction.

Menace sur les 362 emplois

Présenté aux salariés dans la foulée, le projet leur a paru « inenvisageable d’un point de vue social », selon le délégué syndical central FO du CSE, Philippe Penin, car il prévoyait le licenciement des salariés refusant de se voir appliquer l’accord. « Une écrasante majorité des salariés nous ont dit qu’ils n’étaient pas prêts à faire ce sacrifice, sans que la direction ne regarde où elle pouvait faire des économies autrement », explique le syndicaliste.

Face à la direction, les syndicats s'appuient sur les conclusions d'un rapport réalisé pour le CSE par le cabinet Syndex. « La direction maintient sa volonté d’une baisse d’environ 0,45 % des coûts de production sur un chiffre d'affaires d'environ 200 millions d’euros, soit 900 000 euros par an. Or, nous lui avons rappelé que la baisse des impôts de production dès 2021 (de 28 à 26,5 %) et de la taxe foncière allait permettre à l’entreprise d’économiser deux millions d’euros par an, soit bien plus que ce qui est attendu ! À cela, s’ajoutent les économies que l’entreprise fera avec les départs d’anciens renouvelés par des jeunes au salaire inférieur, et la transformation du CICE en baisse pérenne de cotisations sociales », peut-on lire sur le blog de FO Continental.

 « Il s’agit de chantage à l’emploi, la direction nous dit que si nous n’acceptons pas ces sacrifices, l’usine risque de fermer en 2022 ou 2023 »

 « Continental automotive France est un groupe qui s’en sort bien, renchérit Pierre Penin. La crise semble être un alibi pour obtenir des sacrifices sur les acquis sociaux. Il s’agit de chantage à l’emploi, la direction nous dit que si nous n’acceptons pas ces sacrifices, l’usine risque de fermer en 2022 ou 2023 ». En 2017, l’entreprise affichait un chiffre d’affaires de plus d’un milliard d’euros. Selon le délégué syndical central Sud du site toulousain Yannick Reguera, l’entreprise « doit surtout régler un problème organisationnel, lié à un manque d’anticipation face au changement du secteur automobile. Il faudrait améliorer les dysfonctionnements de la production, liés au manque de maintenance et de personnel ».

Maintien des cadences de production

Car, excepté une courte interruption de la production en mars 2020, l’activité de l’usine toulousaine n’a pas été interrompue depuis le début de l'épidémie. « Depuis septembre, les cadences de production ne baissent pas, les machines tournent 24h sur 24, les clients veulent davantage de pièces. Renault, notre client principal, s’est restructuré et a des besoins pour l’avenir », explique encore Yannick Reguera.

Du point de vue de la direction, la situation est bien différente. Mise sous pression, la maison-mère allemande de Continental a entamé en 2019 une restructuration au niveau mondial, avec des fermetures de sites déjà actées. « La situation économique du secteur automobile est dégradée. Nous n’avons jamais caché cette situation à nos salariés, explique le service de communication de la filiale française. La direction de Continental Automotive France, après deux mois de négociations, a réorienté son projet après les remarques des organisations syndicales afin de maintenir un dialogue social de qualité. »

La réduction des effectifs est déjà dans les cartons dans les deux autres sites de production occitans de Foix et Boussens, pour lesquels la direction mise sur 80 départs volontaires. Concernant le site de Continental Automotive Toulouse, un nouveau calendrier doit être fixé avant Noël.

 

Armelle Parion
Armelle Parion collabore avec Mediacités Toulouse depuis octobre 2018, enthousiaste d’avoir trouvé un média qui fait la part belle aux enquêtes. Correspondante pendant neuf ans pour le Parisien-Aujourd’hui en France, elle a aussi travaillé pour la radio (Radio France, Radio Solidaire) ainsi que des supports économiques (Touléco) et culturels (Lettre du spectacle).