Depuis le 17 novembre, le mouvement des « gilets jaunes », enclenché sur les réseaux sociaux, bouleverse les codes des mouvements sociaux. Comme une traînée de poudre, il s’est disséminé un peu partout, sur les routes et les ronds-points de l’Hexagone. Jusqu'à déboucher sur ces explosions de violences inédites, le 1er décembre, à Paris, mais aussi en région. L'action de ces « gilets jaunes » échappe aux politiques et plus largement aux élites, qu’elles soient médiatiques, économiques ou culturelles. C’est une forme de défiance et de ressentiment à l’égard « du système », qui s’exprime ces trois dernières semaines. Le « gilet jaune » est devenu un symbole, mais un symbole forcément réducteur qui ne s’arrête pas à la question essentielle de l’essence et du pouvoir d’achat.

Il se trouve que depuis 18 mois, je réalise un documentaire photographique à Denain, une ville pauvre située à proximité de Valenciennes. En lien avec un Institut de recherche, le Forum Vies Mobiles, j’ai choisi d’étudier les problématiques de mobilité et de pouvoir d’achat en documentant le quotidien de familles pour la plupart pauvres ou issues des classes populaires ou moyennes.

La colère sourde, exprimée bruyamment ces dernières semaines, je l’entends depuis des mois et des mois dans les mots et les vies que je documente à Denain. Depuis le début du quinquennat, le sentiment d’insécurité économique et d’injustice fiscale vont crescendo. Mais plus encore, je ressens depuis longtemps l’expression d’un sentiment d’humiliation prégnant chez ces personnes.

Au-delà d’une foule de gilets jaunes « anonymisante » qui inonde nos écrans et les pages de nos journaux, voici les histoires de ces hommes et ces femmes, qui, pour certains, ont revêtu le gilet jaune et connaissent leur première expérience de lutte sociale. Pour d’autres, souvent les plus pauvres, il n’est pas question de se joindre au mouvement. Tout au plus, on est solidaire.

Christian et Christiane sont un couple de quinquagénaires sans enfant. Ils ont pour seul revenu l’Allocation d’Adulte Handicapé de Christian, 850 €/mois. Ce couple se contente de peu. Ils vivent dans une petite maison au fond d’une courette dans le quartier du Nouveau Monde. Christian aime se déplacer. Avec Christiane, ils se rendent régulièrement en Belgique, en scooter, pour acheter du tabac bon marché. Le scooter est l’un de leur seul bien, celui qui leur confère un peu de liberté, ils y tiennent plus que tout. Il ne font jamais le plein et se contentent de . . .

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