Mediacités est en mesure de le révéler : la maison régionale de l'environnement et des solidarités (MRES), logée gratuitement par la ville de Lille depuis 40 ans, va quitter son QG de la rue Gosselet. Un tournant pour cette institution locale, qui emploie 16 salariés et domicilie une centaine d'associations, sur 1 800 mètres carrés. « L'hypothèse d'un déménagement, même pas à l'ordre du jour fin 2016, est devenue une actualité pressante, raconte son directeur, Xavier Galand. Le 19 janvier, les services du patrimoine nous ont dit vouloir récupérer l'usage du bâtiment en mars 2018. Nous allons travailler sur un projet de relocalisation avec les élus. »

A la mairie, on confirme : « Une réflexion est engagée dans le cadre de l'extension du musée d'histoire naturelle sur son site. » La MRES et le musée partagent le même bâtiment, une ancienne faculté. Déplacer les associations permettrait d'agrandir le musée. Et d'accueillir ses réserves, stockées dans la cantine de l'ancien collège Jean-Macé, mis en vente par la mairie. Mais, dans ce jeu de chaises musicales, la MRES n'a pas encore trouvé sa place. « Nous cherchons un lieu, s'engage Lise Daleux, adjointe (EELV) déléguée à la nature en ville et à la biodiversité. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y aura pas de déménagement sans solution acceptée par la MRES car c'est un partenaire essentiel de la politique de la ville. »

Le retour du 84, rue de Trévise

Ce lien privilégié est un héritage des élections municipales de… mars 1977. Pour l'emporter au second tour, Pierre Mauroy, maire sortant, négocie le soutien de la liste "Lille Écologie" (6,5 % des voix) : il accepte la création d'une "maison de la nature et de l'environnement" – rebaptisée MRES en 2006 – installée gracieusement rue Gosselet.

Mais où va aller la MRES ? Tous les regards se tournent vers le 84, rue de Trévise, dans le quartier de Moulins. Cette ancienne filature de coton, copropriété de la ville et de l'État, est vide depuis le départ de Sciences Po Lille pour la rue Angellier, fin décembre 2016. La MRES et la ville ont déjà travaillé sur cette hypothèse. L'association avait demandé en juin 2010 une "étude de faisabilité" sur la réhabilitation énergétique des locaux et sur le traitement de la pollution causée par des remontées d'huiles, héritage du passé textile. Les problèmes d'huile ont été partiellement traités : des nuisances olfactives demeurent mais ne présenteraient pas de risque pour la santé. Pourtant, la MRES a décliné l'offre en 2012. La ville a rangé le dossier, le déménagement de Sciences Po prenant plus de temps que prévu.

« Eviter le déclassement »

« Nous ne refusons pas l'idée d'une relocalisation, explique Xavier Galand. Mais nous voulons que ce soit convenablement conduit pour éviter un déclassement pur et simple. Pour préserver son écosystème, la MRES doit rester dans un quartier fréquenté, accessible, visible. » Chaque année, près de 2 500 réunions sont organisées dans ses locaux, qui comprennent aussi un centre de documentation, un lieu de distribution de légumes bio et un "Repair café" (NDLR: des ateliers de réparation d'objets). Malgré son dynamisme, la MRES n'est pas en position de force dans la négociation. Son budget s'est limité à 900 000 euros en 2016, après la perte d'une subvention du conseil régional de 80 000 euros. Impossible d'y ajouter les charges d'un loyer en centre-ville…

 

 

Avatar de Sylvain Marcelli
Titulaire de la carte de presse depuis 1999, après un passage à l’école de journalisme de Lille, j’ai écrit pour le magazine Pays du Nord, les suppléments de La Voix du Nord et le groupe L’Etudiant. Journaliste pour l’agence de presse AEF depuis 2003, je couvre l’actualité de l’éducation, de la formation et de l’emploi dans les Hauts-de-France. Je réalise régulièrement des enquêtes pour Mediacités Lille.