A moins de trois mois des élections législatives, plus de 13 000 personnes ont déposé leurs candidatures sur le site d’En Marche pour tenter de décrocher une investiture à l’un des 577 postes de député(e)s. Et combien, parmi elles, pour les 21 places dans le Nord ? « Il n’y a pas de comptabilité par département ou par circonscription, explique Jean-Paul Delevoye, président de la commission d’investiture du mouvement à Mediacités. Parfois il y a une quinzaine de candidats pour une circonscription, parfois deux ou trois. »

Les équipes d’Emmanuel Macron ont été claires : pour renouveler le paysage politique français, les 577 candidats d’En Marche seront composés pour moitié de femmes et, dans la même proportion, de personnes issues de la société civile. Libre à chacun de proposer sa candidature sur le site en déposant un CV, une lettre de motivation, une photo. Il faut aussi avoir un casier judiciaire vierge et remplir un formulaire. Ensuite, une commission d’investiture composée de neuf personnes (six femmes et trois hommes) analyse, circonscription par circonscription, la sociologie du secteur, les rapports de forces politiques et le parcours des sortants pour dessiner un « profil idéal ». Une enquête sur la probité des candidats et leurs propos sur les réseaux sociaux complète l’examen.

Dans le Nord, où En Marche revendique plus de 3 000 adhérents, c’est le référent départemental du mouvement, Christophe Itier, qui est chargé de repérer les talents avec « un groupe d’adhérents de 25 personnes, dont 15 se penchent sur les stratégies électorales ». On retrouve dans ce petit cercle de simples citoyens mais aussi quelques élus (Frédéric Marchand, Christian Carnois…). Voilà quelques mois, en effet, qu’En Marche engrange des prises de guerre dans ses filets nordistes. Des socialistes, comme le maire d’Hellemmes Frédéric Marchand ou l’ancien maire de Tourcoing Michel-François Delannoy ; ou des centristes, comme le conseiller régional Denis Vinckier ou l’adjoint villeneuvois Christian Carnois.

Des novices désireux de croiser le fer

Lundi 20 mars, les soutiens de la première heure étaient réunis au Hall’Princess, bar cosy du Vieux-Lille. Une centaine d’adhérents s’y sont retrouvés pour regarder le premier débat télévisé de la présidentielle. C’est là qu’il fallait être pour découvrir les visages des futurs candidats macronistes. Autour de Christophe Itier, bientôt officiellement investi sur la 1ère circonscription face au candidat PS François Lamy, Mediacités a repéré Guillaume Dekoninck. Le co-fondateur de Pleurette, une start-up de kits de champignons cultivés sur marc de café, est impatient d’aller croiser le fer avec le député Sébastien Huyghe (LR) sur la 5e circonscription. Encarté au PS depuis 2011, ce Wavrinois de 28 ans affiche avec fierté 417 adhérents - « dont une soixantaine très actifs », précise-t-il - dans les comités de sa circonscription. Il rêve de débattre de transition énergétique et de relations entre écoles et entreprises au Palais Bourbon.

L‘investiture de Guillaume Dekoninck est quasiment acquise, tout comme celle de Juliette Keraudy à Wattrelos (lire encadré ci-dessous), d’Alexandre Garcin sur la 7e ou de Dimitri Houbron, sur la 17e, à Douai. Cet ex-adhérent UMP, assistant de justice de 26 ans, se revendique « centriste de droite ». Comme chaque candidat, il a prévu de mettre sa vie professionnelle entre parenthèses le temps des législatives et d’investir au moins 10 000 euros pour sa campagne. La motivation de ce novice en politique ? Il ne veut pas que son territoire sombre dans les extrêmes.

Candidatures opportunistes ou de conviction ?

Avec ces nouveaux visages prêts à apporter du sang neuf dans les rangs de l’Assemblée Nationale, le pari du renouveau semble honoré. D’autres postulants n’ont pas réussi à passer le tamis de la commission d’investiture. À commencer par ces « margoulins de la politique », tentés de revenir sur le devant de la scène grâce au phénomène Macron. À Calais, par exemple, François Dubout - dit Nénesse -, ex-conseiller régional du FN de Carl Lang en 2004, a été recalé. Quant aux candidatures proposées par calcul ou opportunisme, Jean-Paul Delevoye prévient : « Méfiez-vous des rumeurs, de ceux qui se revendiquent d’En Marche. Nous ne nous basons que sur les faits et nous savons distinguer les candidatures qui ne sont pas proposées par conviction ».

Les élus PS d’envergure nationale qui préfèrent attendre avant de se prononcer, à l’image du ministre Patrick Kanner, sont prévenus. Il en va de même des Républicains. Si ceux-ci ne « marchent » pas encore, voire dénoncent « #Macron : l’incarnation du vide » selon ce tweet du maire de Tourcoing Gérald Darmanin, beaucoup pourraient se laisser tenter en cas de victoire à la présidentielle de l’ancien ministre de l’Economie. « Il y aura peu de place pour les ralliements tardifs. La qualité des soutiens entre le premier et second tour n’aura pas la même valeur », insiste Jean-Paul Delevoye. En visite à la fac de droit lilloise, le 14 mars dernier, Emmanuel Macron avait été clair lui aussi : « Je n’ai pas fondé une maison d’hôtes ».

 

Dominique Baert doublé par son adjointe ?

Depuis janvier, le député-maire de Wattrelos entretient le doute autour de sa candidature aux législatives sous l’étiquette En Marche. Juste après la victoire de Benoît Hamon aux primaires de la gauche, Dominique Baert avait déclaré à nos confrères de La Voix du Nord : « Il est peu vraisemblable que je mette un bulletin pour Hamon lors de la Présidentielle (…) Valls est un frère et Macron un cousin. Je préfère rester dans la famille plutôt que de voter pour un faux-frère ».

D’après nos informations, sa candidature En Marche sur la 8e circonscription est de moins en moins probable. L’adjointe à la culture wattrelosienne Juliette Keraudy, 43 ans, a déposé officiellement sa candidature il y a un mois. Et lorsqu’on interroge Christophe Itier, référent En Marche pour le Nord, son petit sourire laisse penser que cette directrice d’école dans le quartier de la Martinoire a toutes les chances d’être sélectionnée. « C’est possible », confirme à demi-mot Jean-Paul Delevoye, président de la commission d’investiture.

Encartée depuis 2006 au PS, Juliette Keraudy estime ne pas « manquer de loyauté à Dominique Baert » qui lui a « tout appris ». « Je n’ai pas envie d’être en conflit avec lui, confie-t-elle à Mediacités. Si la commission estime que c’est à Dominique Baert d’être candidat, je le soutiendrai. Et j’espère la réciproque si j’obtiens l’investiture. » Une femme investie dans son quartier et issue de la société civile ? Une candidature de rêve pour l’équipe Macron qui n’a pas envie de se voir reprocher de recycler d’anciens élus.

« Il y a des politiques comme Dominique Baert qui ont soutenu Emmanuel Macron plus tôt que d’autres et dont la parole a du poids, estime Jean-Paul Delevoye. Mais leur investiture est-elle garantie à 100% ? Non. »  Rappelons que le député-maire de Wattrelos en est à son troisième mandat de député depuis 1997…