C’est le dernier incubateur en pointe de la métropole lilloise. Une pépite en devenir portée par Euratechnologies et dédiée au e-commerce. Le site de Blanchemaille, qui jouxte le siège social de La Redoute, focalise toutes les attentions. Il faut dire que le symbole est grand. Songez plutôt ! Il se situe dans le quartier de l’Alma, l’un des plus sinistrés de Roubaix, et augure d’une belle reconversion économique grâce à l’émergence d’un « écosystème » prometteur labellisé « Parc d’Innovation Régional » le 6 février dernier.

Blanchemaille, c’est d’ores et déjà 180 emplois et 27 entreprises (Showroom privé, Vestiaire Collective, Dagoma…) et la perspective de 1 000 emplois dans les cinq ans. Blanchemaille, c’est un lieu très innovant, un « cluster » qui mêle start-up, activités de recherche et entreprises matures (La Redoute, OVH…). Blanchemaille, c’est 45 000 mètres carrés de plancher répartis en trois bâtiments : Fontenoy, le cœur du réacteur, Moreau occupé par Triselec et Pollet. Mais depuis la mi-février, l’inquiétude monte sur le devenir du site. Et les courriers d’alerte se multiplient, comme Mediacités est en mesure de vous le révéler.

Le 23 février dernier, l’Etablissement public foncier envoie une lettre incendiaire au président Damien Castelain (voir ci-dessous). Sa directrice générale, Loranne Bailly, demande tout d’abord au président de la MEL de « respecter le calendrier fixé d’un commun accord prévoyant une mise en œuvre effective [du processus de transfert de gestion] au 1er mars 2018 ». Plus loin, elle demande à la MEL de « confirmer officiellement son intention de ne pas prendre en charge la gestion du site » puisque la collectivité, par la voix de son vice-président au Patrimoine Alain Bézirard, considère que les bâtiments ne sont pas adaptés à l’accueil d’entreprises et qu’il doit donc « être mis fin aux occupations dans les meilleurs délais ». Sans réponse du président Castelain, ajoute la directrice générale, l’EPF « mettra fin aux baux en cours dans les meilleurs délais », étant bien entendu que les indemnités compensatoires seront à la seule charge de la MEL. Fermez le ban !

Pour comprendre l’origine de ce pataquès, il faut remonter quelques années en arrière. En 2014, l’ex-fleuron de la VPC La Redoute est en très mauvaise posture. L’entreprise a été reprise par d’anciens cadres dirigeants qui, finalement, parviendront à le redresser de façon spectaculaire. Pour l’heure, le besoin en cash est énorme. Il faut sauver le soldat La Redoute ! L’Etablissement Public Foncier, dont c’est la mission, se porte alors acquéreur d'une partie du site inoccupé de La Redoute pour le compte de la MEL en déboursant une vingtaine de millions d’euros. L'EPF n’a toutefois pas vocation à rester propriétaire, dès lors que le bâtiment a trouvé ses nouveaux usages et ses occupants. C'est pourquoi la convention prévoit le transfert de gestion à la MEL au 1er mars 2018. Mais quelques jours avant ce terme, c’est donc le clash.

Au centre du désaccord, l’état des bâtiments. Et notamment celui du Fontenoy, le navire amiral de Blanchemaille où s’activent déjà sur 13 000 mètres carrés des entreprises prometteuses. Après une visite des lieux, le vice-président de la MEL, Alain Bézirard, exprime sa profonde réserve. Le bâtiment n’est pas aux normes, les problèmes logistiques sont multiples et inquiétants car susceptibles de mettre en cause la sécurité des salariés. En février dernier, certains d’entre eux se sont retrouvés coincés dans l’un des ascenseurs. Verdict : ils ne sont pas réparables car les pièces de rechange n’existent plus ! Bref, en cas de pépins, les enjeux juridiques sont tels – avec toutes les implications pénales afférentes – que la MEL prend peur.

Depuis, EPF et MEL se renvoient la patate chaude. « J'ai pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas engager la Métropole inconsidérément et ne pas exposer mon président à un risque pénal », explique Alain Bézirard. L’élu estime, à vue de nez, que les travaux de rénovation et mise aux normes s’élèveront à près de… 50 millions d’euros ! Un gouffre. A ce niveau de dépenses, tout est envisageable. Y compris raser tout ou partie des bâtiments pour reconstruire du neuf et relocaliser les occupants. Pourquoi pas sur la zone de l’Union, à la lisère de Roubaix et de Tourcoing, où des locaux sont disponibles au CETI (Centre européen des textiles innovants) ?

Vider les locaux de ses occupants dans les meilleurs délais

La perspective fait bondir Pierre de Saintignon. Le président d’Euratechnologies, également 1er adjoint au maire de Lille, s’est fendu lui-aussi d’un courrier d'alerte à Damien Castelain, co-signé par le maire de Roubaix Guillaume Delbar, le 20 mars dernier. « Le récent positionnement de la MEL vis-à-vis de Blanchemaille aboutirait à vider le site de ses entreprises et mettrait de facto un terme à l’écosystème créé », y déplorent les deux hommes qui estiment « désormais impératif d’agir rapidement » et sollicitent une rencontre sans tarder. Au passage, il est utile de préciser qu’Euratechnologies a déjà déboursé plusieurs centaines de milliers d’euros de travaux d’aménagement sur un site qu’il faudrait donc vider dans les meilleurs délais.

Interrogé par Mediacités, Pierre de Saintignon insiste : « Ce que je sais par expérience, c’est qu’un cluster qui démarre est fragile. Moins on le touche, mieux c’est ! » Autre conviction forte avancée par le président d’Euratechnologies : l’importance, pour l’émergence d’un éco-système, d’être juste à côté du siège de La Redoute. Mais aussi de l’Institut du marketing et du management de la distribution (IMMD), qui a ouvert à deux pas à la rentrée 2016, ou du futur IUT Techniques de commercialisation. Les deux élus plaident donc en faveur du maintien et du renforcement de Blanchemaille à l’Alma. D’autant que 8 millions d’euros de travaux suffiraient pour assurer la mise aux normes, écrivent-ils.

8 millions ? 50 millions ? La marge est grande. « Attention aux chiffres qui se baladent, avertit Giuseppe Lo Monaco, directeur des opérations de la Société d’Economie Mixte Ville Renouvelée. Aujourd’hui, personne n’est capable de chiffrer les travaux. Tout dépend de ce qu’on veut faire du site. » C’est justement à la-dite SEM qu’il revient de mener une étude-diagnostic sur le devenir de Blanchemaille et de ses 45 000 mètres carrés - avec chiffrages précis à la clef. Elle a été missionnée fin 2017 pour mener à bien cette étude stratégique dont le résultat n’est pas attendu avant… septembre 2018.

Machine arrière toute pour le groupe Sergic

Drôle de timing ! A tout le moins, il reflète un gros défaut d’anticipation des protagonistes du dossier Blanchemaille. Car la mayonnaise est en train de prendre sur le site et les candidatures affluent. Parmi elles, celle de Sergic n’est pas la moindre. Le groupe, spécialiste de la gestion immobilier, voulait y implanter dès mars sa filiale Syndic One mais aussi une école interne et un espace d’incubation de start-up. Il avait posé une option pour la location d’un plateau de 2 000 mètres carrés au Fontenoy. Patatras ! Tout est remis en cause aujourd’hui.

« Depuis un petit mois, on sait que notre implantation à Blanchemaille n’est pas assurée, explique Marie-Cécile Rollet, la directrice de la communication de Sergic. Nous avons à cœur d’héberger nos salariés dans de bonnes solutions. On va trouver une solution temporaire. » Echaudée, l’entreprise mène aussi parallèlement la recherche d’autres lieux d’installation afin de soulager en effectifs son siège social de Wasquehal, désormais très à l’étroit. Un exemple qui montre, par excellence, l’urgence d’éclaircir l’avenir incertain de Blanchemaille.

Pour cette enquête, il ne nous a malheureusement pas été possible d'obtenir la position officielle de la Métropole de Lille (MEL) et de son président Damien Castelain, ce que nous déplorons profondément. Depuis la publication du portrait que nous avons consacré au

Directeur général des Services Bruno Cassette, Mediacités ne reçoit plus les communiqués de presse ou les invitations de cette collectivité publique. La principale raison invoquée pour expliquer cette censure injustifiable est que nous aurions rédigé un article « digne de Closer », du nom de l'hebdomadaire consacré à l'actualité des stars et des people, dont le seul but aurait été de « salir la réputation de personnes qui se dévouent sans compter pour la MEL ». Nous invitons tous nos lecteurs à se forger leur opinion personnelle en lisant (ou relisant) l'article incriminé.