Du vert, du vert et encore du vert. « Îlots de verdure », « forêts urbaines », « places vertes », « murs végétalisés », « rues jardins »… Martine Aubry, Stéphane Baly et Violette Spillebout ont rivalisé d’imagination pour répondre aux aspirations des Lillois à vivre dans une ville moins minérale. Leurs programmes exsudent la couleur de l’espoir. Il est amusant de constater que grâce à l’ aménagement de parcs et de jardins , les trois cartes préfigurant le Lille rêvé par les candidats colorient en vert le périphérique. Ou comment faire le joli cœur pour mieux séduire les électeurs.                   

Bidule_Construction_vegetalisee_200Les environnementalistes peuvent se prévaloir d’une autre victoire : les programmes des trois candidats déroulent le tapis de bitume aux cyclistes. Avant même la mode de l’ « urbanisme tactique » post–Covid prônant l’utilisation accrue des deux-roues pour respecter la distanciation physique. Plus d’arceaux, plus de box, plus de parkings à vélo… et des pistes cyclables sécurisées en veux-tu, en voilà. Aucun doute, le lobby du vélo a fonctionné à plein auprès des candidats.

Dans le même esprit, les trois candidats reprennent la chasse aux voitures dans le centre-ville initiée ces dernières années par la majorité sortante. Et si tous rejettent la mise en place à court terme de la gratuité totale des transports en commun, les trois défendent une gratuité pour les plus jeunes et pour les plus âgés.

Au diapason de Violette Spillebout, il est alors tentant de demander aux ex-partenaires de la majorité sortante : « Mais puisque vous étiez d’accord sur ces avancées environnementales, pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? » La réponse de Martine Aubry est claire : « Nous sommes la ville avec le revenu fiscal le plus faible de France. On ne peut pas tout faire d’un coup ». Celle de Stéphane Baly, plus politique : « On s’est battus pour faire bouger les lignes, mais je n’étais pas délégué à l’espace public ». Non sans une petite pique au passage : « Le conseiller de Martine Aubry en matière de transports, c’est son chauffeur ». 

En matière de propreté, de commerce, d’économie et de solidarité, les déclarations d’intention des trois candidats apparaissent frappées du coin du bon sens. Sur le papier, rien ne les oppose fondamentalement. Quant à leur mise en œuvre… comptez sur Mediacités pour vérifier que les promesses seront tenues par l’équipe élue durant le mandat à venir. Reste ces sujets qui divisent fortement les trois candidats. Des points de clivage qui, à n’en pas douter, joueront sur la mobilisation des électeurs en faveur de tel ou tel.

Le symbole Saint-Sauveur

Comme l’a raconté Mediacités, le divorce entre les Verts et Martine Aubry s’explique en partie par les conditions incompatibles posées par les deux camps. Les écologistes prétendaient n’intégrer une liste commune qu’en proportion exacte de leur résultat du premier tour tandis que les socialistes voulaient conserver à tout prix la majorité absolue au conseil municipal. Une majorité indispensable aux yeux de Martine Aubry pour mener à bien les grands travaux qui lui tiennent à cœur depuis des années.

C’est bien sûr d’abord le cas de Saint-Sauveur, le projet autour duquel s’est cristallisé une partie des débats. Les premières ébauches supervisées par la maire de Lille concernant l’aménagement de cette friche de 22 hectares (dont 19 restent à construire) datent de… 2013 ! Pour son dernier mandat, l’édile de bientôt 70 ans veut pouvoir enfin poser la première pierre de son écoquartier mêlant logements (2 000 à 2 400), commerces, une école, un gymnase et un parc de 4 hectares. Martine Aubry défend-t-elle toujours la piscine olympique qui serait partie s’installer ailleurs en cas d’accord avec les verts ? Pas moyen de le savoir à deux semaines du premier tour. En tout cas, la MEL réfléchit déjà à d’autres emplacements, notamment à Villeneuve d'Ascq.

saintssauveur

Libérés d’un accord de fusion qui les aurait contraints à se rapprocher des positions de Martine Aubry, les Verts, qui se contentaient dans leur programme de mentionner « un grand poumon vert à Saint-Sauveur », sont aujourd’hui plus explicites sur ce qu’ils souhaitent : un espace vert de 15 hectares et 4 hectares soumis à la concertation pour des équipements collectifs et un nombre de logements sociaux variant entre 500 et… zéro. Une vision pas si éloignée de celle de Violette Spillebout qui défend un parc de 15 hectares et la construction de 1 500 logements en hauteur.

Dans leur programme, à l’intérieur d’encadrés surmontés d’un petit pouce à l’envers, les Verts fustigent plusieurs autres grands projets urbains défendus par Martine Aubry : le Forum-Agora (la démolition-reconstruction de l’Hôtel du département à deux pas de la gare), la construction d’un complexe Pathé à Lille-Sud ou encore l’emplacement choisi pour le nouveau Palais de Justice . Les écologistes s’opposent tout autant aux futurs chantiers de la candidate LREM : une Cité des arts et du design dans le Palais de Justice amené à déménager et la remise en eau de l’avenue du peuple belge. Sur ce dernier point, Martine Aubry, qui avait défendu la résurgence de l’ancien canal dans son programme de 2008, renvoie désormais à une concertation citoyenne sur la meilleure manière de requalifier le grand boulevard du Vieux-Lille.

Piétonnisation et tramway

A propos des déplacements urbains intra-muros, on note que la fracture oppose là encore les programmes écolo et LREM d’un côté, à celui de Martine Aubry de l’autre. Violette Spillebout et Stéphane Baly s’accordent pour une large zone piétonne autour de la Grand Place. Pour les deux candidats, le futur tramway lillois voté en juin 2019 dans la cadre du Schéma Directeur des Infrastructures de Transports doit passer par le centre-ville et relier le sud de Lille aux gares et à la citadelle.

Bidule_transports_en_communDe son côté, Martine Aubry, réfractaire à un « centre-ville musée » propose « des piétonnisations temporaires en concertation avec les riverains et les habitants ». Un programme mis en application avant même son éventuelle réélection : depuis la fin du confinement, 22 rues du centre-ville sont rendues aux piétons chaque samedi, afin de favoriser la distanciation physique. Quant au tram, la maire sortante plaide pour un tracé qui contourne le centre, afin de mieux desservir les quartiers populaires de Lille-Sud et faubourg de Béthune. Sans se priver de railler ces défenseurs de la marche à pied qui rechignent à marcher 10 minutes pour rejoindre une station de métro.

Cantine : gratuite ou pas ?

Quel que soit le candidat ou la candidate élue le 28 juin prochain, l’éducation restera la première dépense du budget de la commune (20 % des 415 millions du budget en 2020). Les rythmes scolaires ne font plus débat. De même, les trois candidats s’accordent pour des écoles plus vertes, des parvis plus sécurisés, un apprentissage renforcé de l’anglais et davantage de places en crèche.              

C’est au réfectoire que ça se bagarre ! Plus de bio, plus de local dans les assiettes, moins de gaspillage… tout le monde est d’accord. Ce qui divise, c’est le prix du repas. Violette Spillebout promet la gratuité pour tous si elle est élue. Un cadeau aux plus aisés rétorquent en chœur les Verts et le PS. Actuellement, les familles les plus pauvres dépensent entre 0 et 50 centimes par repas. Le tarif le plus élevé est de 4,75 euros. Une redistribution implicite que mettrait à mal la gratuité pour tous. 

Sécurité : des balles pour la police municipale ?

Dans une ville devenue depuis dix ans l’une des plaques tournantes du trafic de drogue en Europe, les trois candidats s’engagent à augmenter les effectifs de la police municipale. Violette Spillebout souhaite même une brigade montée à cheval. En revanche, les candidats s’opposent sur l’armement des policiers de la mairie. Un permis de port d’arme indispensable selon Violette Spillebout pour attirer les candidats d’un métier qui souffre d’une pénurie d’effectifs. Une mesure totalement inefficace pour Martine Aubry et les Verts qui prônent plutôt une meilleure coordination des policiers municipaux avec leurs collègues de la police nationale.

Bidule camera 2Sur l’installation de caméras pour faire baisser la délinquance, le clivage se déplace. Le vert Stéphane Baly reste opposé à la vidéosurveillance qu’il juge « inefficace et coûteuse ». Longtemps réfractaire à la vidéosurveillance, Martine Aubry promet désormais « un recours accru à la vidéoprotection avec des caméras fixes (…) et des caméras temporaires sur les zones à risque potentiel ». Son ex-directrice de cabinet Violette Spillebout ne dit pas autre chose. Les deux femmes prévoient l’installation d’un centre de supervision fonctionnant 24h/24. A l’image de nombreuses communes de l'agglomération qui ont initié une politique (très) incitative en la matière, à l'initiative de la MEL comme l’a raconté Mediacités.

Logements

Rendons grâce à la précision dont fait preuve le chapitre « logement » du programme de Martine Aubry. En annonçant 13 000 logements à rénover et 8 000 à construire dans les six prochaines années, la maire reste dans la lignée de ses deux derniers mandats (23 400 logements construits, dont 30 % sociaux, entre 2008 et 2020). Ce chiffre de 8 000 logements à bâtir répond à un besoin de 1 500 nouveaux logements par an, sachant que s'y ajoutent un millier de logements vacants susceptibles d’être remis sur le marché après rénovation d'ici 2026.

Bidule Le Bart 1Tout à leur procès en bétonisation à l’encontre de la maire sortante, Violette Spillebout et Stéphane Baly se gardent bien d’avancer le nombre de logements qu’ils construiront pendant leur mandat s’ils sont élus. Adeptes du slogan « rénover plutôt que construire », les deux challengers de la maire de Lille assurent pouvoir répondre à une partie de la demande en remettant des logements vacants sur le marché : 8 000 pour Violette Spillebout, 3 000 pour Stéphane Baly.            

Les Verts et Violette Spillebout diffèrent sur l’appréciation portée à deux mesures phares portées par la majorité sortante : l’Office Foncier Solidaire (un dispositif permettant de dissocier le prix du foncier du prix du bâti d’un logement et permettant ainsi de lutter contre la spéculation) et l’encadrement des loyers fortement défendue par Martine Aubry ces dernières années. La candidate LREM ne fait mention ni de l’une, ni de l’autre dans son programme pour « un habitat varié et de qualité ». Là où les Verts donnent quitus à Martine Aubry d’avoir su porter ces deux mesures fortes. Il fallait bien que les ex-partenaires se retrouvent sur des thèmes emblématiques au cas où ils auraient réussi à se mettre d’accord pour fusionner...