« Souriez, vous êtes filmés », tels pourraient être les mots de bienvenue lorsqu'on entre dans la petite ville de Wervicq-Sud. Avec une caméra pour 85 habitants, celle-ci supplante jusqu’à Nice, connue pour être la ville de France la plus équipée en la matière (1 caméra pour 130 habitants) - toute proportion gardée, Nice ayant une population de plus de 340 000 habitants. Mais à ce type de classement (nombre de caméras par habitant), d'autres lui volent la vedette (Warneton, 240 habitants, 13 caméras soit 1 pour 18 habitants ou encore Escobecques, 299 âmes, 12 caméras soit 1 pour 24 habitants).

Mais contrairement à ces communes, Wervicq étend son maillage et continue de s'équiper. Pourtant, la ville ne défraie pas la chronique des faits divers et n'enregistre pas des taux élevés d'agressions ou de délits. Alors pourquoi un tel engouement pour cet équipement ? À l'entrée de la mairie, le ton est donné : des brochures « voisins vigilants et solidaires » trônent à côté du dernier numéro du magazine municipal, dans lequel une pleine page est consacrée au renforcement « du maillage de caméras de vidéoprotection ».

Sentiment d'insécurité vs réalité tranquille

Lors du conseil municipal d'avril dernier, les élus ont voté à l'unanimité l'installation de 15 nouvelles caméras pour couvrir la ville. Elles s'ajoutent aux 48 déjà en place. Au premier trimestre 2022, elles seront donc 63 à scruter les rues principales, les bâtiments municipaux et les entrées et sorties de la ville. « Lors de la dernière campagne pour l'élection municipale, on a constaté un climat d'insécurité grandissant qui plane de manière générale sur nos villes, avec notamment une délinquance routière et une petite délinquance qui ne rassurent pas », contextualise David Heiremans, maire sans étiquette de Wervicq-Sud. Pourtant les chiffres de la délinquance vont à l'encontre de ce constat. Pour 2020, une quinzaine de vols de voiture ont été enregistrées, 16 cambriolages, 11 vols sans violence, 0 vol à main armée, 1 vol avec violence, 7 dégradations et 14 coups et blessures volontaires.

« Wervicq-Sud est la commune de la Vallée de la Lys avec le taux de délinquance le plus bas. »

Le maire le reconnaît d'ailleurs volontiers : « Wervicq-Sud est la commune de la Vallée de la Lys avec le taux de délinquance le plus bas. Mais nous devons protéger au maximum la population. » L'idée est donc de rassurer les habitants. D'ailleurs, en début de mandat, un nouveau service municipal a vu le jour : celui de la « tranquillité du public ». « On se propose de faire le relais avec les services de police pour toute personne ayant été victime d'un cambriolage par exemple », précise l'édile. Dès qu'une plainte est déposée, les images des caméras peuvent être sollicitées. À condition que le lieu où l'infraction s'est produite soit couvert par des caméras et qu'elles soient réclamées suffisamment tôt. Car les images filmées sont conservées quinze jours sur le serveur avant d'être effacées automatiquement.

Une tranquillité filmée au quotidien

Le visionnage ne se fait pas en temps réel, faute de personnel. Toutes les images convergent vers un ordinateur, au premier étage de la mairie, et sont mobilisées sur demande de la police s'il y a dépôt de plainte au préalable. Élu maire en 2020, David Heiremans n'est pas à l'origine des premières caméras installées. « Les toutes premières ont dû arriver à Wervicq-Sud en 2014, se souvient le maire, adjoint aux sports à l'époque. Wervicq-Sud est une ville calme, il n'y a pas de nécessité absolue à recourir à un tel dispositif. Mais cela reste rassurant pour la population. Un vol, c'est un viol de l'intimité. Si la collectivité ne fait rien, cela est mal perçu. On se doit, en tant qu'élu, d'essayer d'apporter un réconfort. »

La ville est tellement calme que lorsque l'éclairage public a été coupé pendant six mois en 2020, il n'y a pas eu de recrudescence des cambriolages. « Ce n'est pas moi qui ai initialement opté pour la vidéoprotection, poursuit David Heiremans. Peut-être que mon prédécesseur était sensible à la question. » Mais depuis son arrivée à la mairie, 15 nouvelles caméras vont être installées. « Je me dois de poursuivre ce qui a été réalisé, explique-t-il. J'ai été interpellé par les Wervicquois qui voulaient être sûrs que les caméras fonctionnaient bien. Il fallait également repenser leur installation et optimiser le réseau car les premières caméras étaient orientées de manière à protéger les bâtiments publics. Or ces derniers disposaient déjà d'un système d'alarme. »

Des voisins vigilants qui (sur)veillent

Depuis les premières installations il y a sept ans, aucune caméra n'a été dégradée. Pas de plainte non plus des communes voisines (Bousbecque, Comines, Halluin, Linselles, Roncq) quant à un éventuel « effet plumeau » - c'est-à-dire un déplacement de la délinquance des zones couvertes vers des zones non couvertes par la vidéoprotection. Car Wervicq-Sud est plus équipée que ses voisines. « On a été précurseurs, c'est vrai. Et, on va continuer de l'être. » C'est dans cette optique que la ville adhère en début de mandat au dispositif « voisins vigilants ». Le principe : le voisin dit « vigilant » veille, il alerte via une plateforme dédiée voisins, police, mairie, dès qu'il observe une personne ou une voiture suspecte. Le but ? Transmettre rapidement des alertes pour lutter contre des cambriolages ou des actes de délinquance. Une centaine de Wervicquois se sont inscrits sur la plateforme. 

« Nous avons également un logiciel de reconnaissance faciale. »

« Depuis sa mise en place, on enregistre en moyenne une alerte par mois, précise le maire. Il n'y a pas d'abus. Cela permet plus d'anticipation par exemple par rapport à une voiture suspecte qui ferait des repérages et de transmettre plus rapidement les informations à la police municipale. » En somme, plus de réactivité et plus de tranquillité... pour une ville déjà bien tranquille. Pour lutter contre le sentiment d'insécurité, la ville a également une autre solution. Elle bénéficie d'une police intercommunale de quatre agents qu'elle partage avec Linselles, jusqu'en 2023. Le maire a fait savoir lors du dernier conseil municipal de juin sa volonté de rompre cette convention. Il souhaite désormais avoir sa propre police municipale : « Chaque année, nous versons 70 000 euros de subventions à Linselles pour cette police municipale. Cette somme pourrait parfaitement couvrir le salaire de deux agents à temps plein sur Wervicq. »

Ils pourront s'appuyer sur ce dispositif de vidéoprotection dernier cri. Les caméras disposées en entrée et sortie de ville seront équipées de lecteurs de plaques d'immatriculation. Les autres seront orientées sur la protection des personnes. « Nous avons également un logiciel de reconnaissance faciale. Jusqu'à présent, on ne l'utilisait pas car personne n'était formé pour. C'est désormais le cas. »

Un dispositif encouragé par la MEL et la Région

Représentant un coût de 105 000 euros, ces 15 nouvelles caméras sont cofinancées par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance, et par la MEL à hauteur de 40%. Cette dernière a adopté une politique très incitative dès 2016.
https://www.mediacites.fr/enquete/lille/2020/02/10/toussurveilles-la-metropole-de-lille-vrp-de-la-videosurveillance/
Mais elle n'est pas la seule. Xavier Bertrand, lors de sa campagne pour les régionales, a également fait de la vidéoprotection l’une de ses priorités, en proposant la création d'un fonds de concours pour la vidéoprotection.
https://twitter.com/xavierbertrand/status/1389254085371650050

« Avec ce nouveau dispositif, l'extension de notre réseau de vidéoprotection sera financée à 80%. Il ne restera que 20% à la charge de la commune », espère David Heiremans, qui se dit prêt à décaler l'installation de ces nouvelles caméras le temps que ce fonds régional soit mis en place.

L'enjeu est donc de répondre à un sentiment plus qu'à une réalité. Avec une population composée essentiellement d'actifs (60% ont entre 30 et 60 ans), les habitants voient d'un bon œil ces caméras. À l'instar de cette habitante qui vit à Wervicq depuis plus de 19 ans : « C'est vraiment tranquille ici, il n'y a pas de problèmes ; je me sens bien. Les caméras me rassurent. Même s'il ne se passe rien, le jour où ce sera le cas, ce sera filmé. » Même avis chez cette commerçante : « C'est vraiment un village tranquille. On se sent en sécurité. Ceux qui seraient gênés par ces caméras ont peut-être des choses à se reprocher… »

Des études récentes ont pourtant montré le peu d'efficacité d'un tel dispositif en matière de lutte contre la délinquance. À leur évocation, l'édile de Wervicq-Sud préfère botter en touche : « En tout cas, on n'observe pas une augmentation de la délinquance, depuis leur installation. »