Karim Nemraoui pensait que travailler chez Amazon ressemblerait « aux publicités que l’on voit à la télé. » À savoir des employés au sourire généreux, des colis qui glissent trop facilement et une entreprise soucieuse du bien-être dans ses allées. L’ancien commercial, habitué au porte-à-porte pour des compagnies télécom, a cru toucher du doigt le mirage. « On est tellement bien formés qu’on a l’impression que ça va être idyllique », se rappelle t-il, voix lézardée par la cigarette. Cinq ans après ses premiers pas sur le site de Lauwin-Planque, l’homme de 45 ans, licencié en septembre, décrit une ambiance « malsaine », une « bienveillance déguisée » ou « du blabla » autour de la santé au travail.

Les critiques de Karim Nemraoui tranchent avec le mantra du géant de l'e-commerce, inscrit en anglais au-dessus des portiques que les employés franchissent chaque jour pour débuter leur service : « Work hard, have fun, make history » [Travaillez dur, amusez-vous, écrivez l’histoire, ndlr]. Le centre de distribution douaisien, inauguré en septembre 2013, offre même un condensé de ce que représente la firme américaine : à la fois attractif et incontournable mais offrant des conditions de travail dégradées pour les salariés et les intérimaires, comme a pu le constater Mediacités en consultant des rapports internes.

Incontournable car l’entrepôt logistique du Nord, installé sur 90 000 mètres carrés, crache un nombre de colis démentiel. Pour les trois derniers mois de 2020, plus de 30 millions d’unités ont été expédiées. « À Lauwin-Planque, on concentre beaucoup plus de petits articles et de livres, alors qu’au début, les centres logistiques n’étaient pas vraiment spécialisés », détaille Christophe Bocquet, délégué Force ouvrière (FO), embauché à l’ouverture du site.

L’envoi de ces objets très variés - des boucles d’oreille, jouets, revues, sextoys, produits pour bébés, etc. - obéit au rythme des commandes des clients, alléchés par la promesse d’une livraison express, parfois en quelques heures. « On nous demande d’abord de la qualité, de bien emballer les colis, de ne pas se tromper quand on va chercher les articles. Puis, au bout de deux semaines, on nous fait comprendre qu’il faut être rapide », résume Mohammed, 55 ans, neuf mois d’intérim entre 2017 et 2019.
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Guillaume Vénétitay
J'écris sur le monde du travail, la politique, les questions de société (environnement, inégalités), le cinéma et le sport. Dans le monde d'avant (et d'après), je traite aussi ces sujets en Inde. Outre Mediacités, je collabore avec les magazines du groupe indépendant So Press (Society, So Foot, So Film, So Good, etc.).