La bataille électorale du canton de Douai fut l’une des plus serrées des dernières élections départementales dans le Nord, en juin dernier. Celui qui allait devenir le nouveau président du département, Christian Poiret, et son binôme Caroline Sanchez, adjointe à Lambres-lez-Douai, ne l’ont emporté que de 345 voix contre le maire socialiste de Douai Frédéric Chéreau associé à l’écologiste Katia Bittner.

Quand une élection est serrée, cela se voit dans les comptes de campagne que Mediacités a pu consulter en avant-première. Premier constat : Christian Poiret et Caroline Sanchez ont utilisé 93 % du plafond des dépenses électorales prévu pour cette élection. Soit 42 698 euros alors que le maximum était fixé à 45 963 euros. Par comparaison, Gérald Darmanin et Doriane Bécue n’ont dépensé que 14 572 euros sur le canton de Tourcoing-2.

Une élection tendue se remarque aussi au nombre de contestations soulevées par les adversaires politiques. Au lendemain du scrutin, Frédéric Chéreau et Katia Bittner , indiquaient à nos confrères de La Voix du Nord : « Des indices nous laissent croire que les moyens de Douaisis agglo (dont Christian Poiret est le président, NDLR) ont été mobilisés dans la campagne, ce qui est interdit. » Ils ont donc adressé un recours devant le tribunal administratif de Lille, qui sera étudié en début d’année 2022. Mais la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP), qui étudie les comptes des différents candidats, a également été saisie de cinq griefs.   

Deux griefs sur cinq admis

Sur trois points, la CNCCFP n’a pas suivi les opposants. Concernant la distribution par Douaisis Agglo de chèques cadeaux aux 300 bénévoles du vaccinodrome, l’exploitation « manifestement électorale » n’est pas établie. Il en va de même pour la distribution de 200 colis alimentaires par une association financée par le conseil départemental - dont Christian Poiret était alors vice-président aux Finances - qui s’inscrit, d’après la commission, dans le cadre d’une opération classique de soutien aux producteurs locaux. Enfin, le binôme Chéreau-Bittner contestait un tract de soutien envoyé par un maire du Douaisis. Toutefois, la facture ayant été intégrée dans le compte de campagne, la commission n’a rien vu de répréhensible.

Sur les deux derniers griefs en revanche, la CNCCFP a considéré que des moyens de Douaisis agglo avaient été utilisés indûment au profit de la campagne de Christian Poiret et Caroline Sanchez. D’abord, un message éphémère au caractère « manifestement électoral » diffusé sur le compte Instagram de Douaisis agglo. Ensuite, le recours par les candidats à des photos dont les droits appartenaient à l’agglomération. S'il est possible pour un candidat d’utiliser les photos d’une collectivité, il faut qu’elles soient refacturées. C’est d’ailleurs ce qu’a fait la liste Aubry à Lille lors des dernières élections municipales. Dans le cas de la cantonale de Douai, aucune facture ne figurait dans le compte de campagne.

Ce mélange des genres fait tache. Plus encore lorsqu’on sait que la directrice de la communication de la Communauté d’agglomération du Douaisis n’est autre que la belle-fille de Christian Poiret. Le tribunal administratif devrait reprendre ces points dans sa décision prochaine, qui portera sur la validité de l’élection. La CNCCFP, elle, n'a pas considéré ces deux entorses aux règles électorales suffisantes pour invalider le compte de campagne de Christian Poiret et Caroline Sanchez. Elle a néanmoins décidé en rétorsion de diminuer de 700 euros le remboursement public des dépenses des candidats.

Christian Poiret et Caroline Sanchez ne seront donc remboursés que de 2 748 euros au lieu des 3 448 euros prévus initialement. Un montant très faible au regard des 42 698 euros de dépenses, qui s'explique par le fait que le binôme a surtout eu recours à des dons pour financer sa campagne. Si la sanction est limitée, elle devrait marquer les esprits et renforcer les critiques sur les relations particulières nouées entre Christian Poiret et son fief électoral du Douaisis.

Par souci de transparence, nous tenons à préciser que notre collaborateur et auteur de ce papier, le journaliste indépendant Pierre Januel, qui travaille depuis longtemps pour Mediacités, se trouve être le conjoint d'une conseillère départementale d'opposition. Nous veillons à ce que ce statut privé n'interfère en rien avec son activité professionnelle.