Pour un peu, la région Auvergne Rhône-Alpes ressemblerait à une salle de rédaction. Directeur adjoint du cabinet du président Laurent Wauquiez, Geoffrey Mercier traitait auparavant de politique au Progrès. Directeur de communication du même Wauquiez, Frédéric Poignard, ex-le Figaro, occupait, juste avant, le poste de délégué général du club de la presse. Alors qu’au secrétariat général du groupe d’opposition socialiste, on retrouve Slim Mazni, jusqu’alors journaliste d’investigation reconnu.

C’est un constat étonnant. En moins de deux ans, plusieurs journalistes lyonnais, souvent en vue, ont été embauchés aux cabinets d’hommes politiques, dans les collectivités locales ou même à la préfecture du Rhône à l’image de la reporter multicartes de Lyon Capitale Christelle Monteagudo devenue directrice de la communication. Un phénomène courant, pas vraiment récent, mais qui a pris des proportions importantes ces dernières années.

Un voyage sans retour

Selon l’enquête de données de Mediacités, au moins trente journalistes sont passés de l’autre côté du miroir dans la région lyonnaise. Dans 80% des cas recensés par nos soins, le transfert du journalisme à la politique a eu lieu a partir des années 2000.  Et pour la quasi-totalité de ces journalistes, le passage de la presse vers le monde politique est un voyage sans retour. Un seul (Gérard Angel, le patron des Potins d’Angèle) a fait le chemin inverse, de la politique vers le journalisme. Et seuls cinq reporters ont effectué au cours de leur carrière des allers-retours – toujours délicats – entre presse et pouvoir.

Quelles sont les causes de ce grand détournement ? Quelles raisons poussent des journalistes à franchir le seuil des cabinets politiques ? Quels dangers cette porosité entre médias et baronnies locales entraîne-t-elle ? Mediacités a enquêté pendant plusieurs semaines à Lyon, à la rencontre des journalistes qui ont fréquenté ces deux univers. Le résultat illustre l’ambiance de village qui peut régner dans la métropole lyonnaise où s’entremêlent réseaux professionnels et personnels.

Infographie : Nicolas Certes

« Ce qui m’a poussé à dire oui, c’est la précarité du métier »

Pour Jacques Boucaud, le déclic a été d’abord économique. Journaliste politique au Progrès, le reporter a fait jouer sa clause de cession en 2010. À 54 ans, il devient alors correspondant du Monde à Lyon et collabore à L’Express ou encore à Tribune de Lyon. Mais les piges se font de plus en plus rares. « Pour des raisons économiques, Le Monde faisait de moins en moins appel à des correspondants et envoyait ses journalistes à Lyon. Et Tribune m’avait enlevé ma page », se souvient Jacques Boucaud.

En 2012, des élus mâconnais viennent le voir. Ils lui proposent d’être tête de liste socialiste pour les prochaines municipales. Jacques Boucaud saisit l’occasion. « J’ai fait campagne en 2014, j’ai trouvé ça passionnant », raconte l’ancien journaliste. « La politique, c’était à la fois un choix économique et une opportunité. J’ai perdu l’élection mais je ne regrette absolument pas », affirme-t-il. Depuis 2014, il travaille à la mairie socialiste de Vaulx-en-Velin, en tant que directeur du journal municipal et conseiller presse. « Je ne suis pas dupe. La maire Hélène Geoffroy m’a recruté pour mes relations dans la presse. Des villes comme Vaulx ont besoin d’exister en dehors de problèmes de sécurité », explique Jacques Boucaud.

dessin presse pêcheLa baisse du nombre de correspondants en région et la précarité des médias locaux sont des facteurs récurrents de départs vers la communication et les cabinets politiques. Pour les élus, c’est une aubaine : les journalistes connaissent les mécanismes, les réseaux et possèdent un important carnet d’adresses. Sans compter, pour certains hommes politiques, la tentation de pouvoir instrumentaliser une presse locale fragilisée par une crise économique profonde… « J’ai le sentiment que ceux qui recrutent cherchent à instrumentaliser », confie sous anonymat une journaliste passée en politique.

Avec le développement de l’agglomération sous Michel Noir et Raymond Barre, la presse lyonnaise a pourtant connu un âge d’or. À la fin des années 1980, Lyon accueille plusieurs antennes locales de quotidiens nationaux. Ils se livrent une concurrence saine et féroce. La rédaction de Lyon-Libération, qui officie entre 1986 et 1992, comptera jusqu’à 49 journalistes. Aujourd’hui, Libération n’a plus qu’une correspondante à Lyon, pigiste . « Ces transferts, je pense que c’est d’abord dû à l’énorme crise de la presse des années 2000. Beaucoup de postes, dont certains bien payés dans des quotidiens nationaux, ont été détruits », relève Alice Géraud, ancienne correspondante à Lyon de Libération (2001-2011) et cofondatrice du média Les Jours.

La fragilité économique des médias n’est pas la seule cause de ce grand détournement. La précarité psychologique, la lassitude d’une presse locale faible et l’isolement reviennent également dans les témoignages. À l’image de Slim Mazni, l’un des rares journalistes d’investigation à Lyon. Après avoir exercé près de dix ans à Lyon Capitale, il est devenu un temps pigiste, puis a fini par rejoindre le groupe socialiste à la Région Auvergne Rhône-Alpes en février dernier. « J’ai toujours travaillé très seul à Lyon Cap. J’ai aussi quitté le journal pour lutter contre cette solitude. Mais je suis devenu l’homme à abattre. Je n’avais plus d’espace par la suite pour faire du journalisme d’enquête », estime Slim Mazni, qui a fini par se lasser des difficultés de l’investigation locale. « Elle est compliquée à cause de la proximité des sources. Surtout dans une ville intelligente comme Lyon où les réseaux s’entrecroisent beaucoup. Les gens qui travaillent avec Wauquiez ou Ginon [Olivier Ginon, président de GL Events], peuvent aussi travailler avec Collomb. Tout le monde travaille ensemble », avance l’ancien journaliste de Lyon Capitale.

« Accepter, c’était renoncer à mes rêves d’enfant »

Agnès Thouvenot, elle, a longuement douté avant de rejoindre la mairie de Villeurbanne. En 2014, elle a finalement accepté la main tendue du maire socialiste Jean-Paul Bret, devenant son adjointe à l’Emploi et l’Insertion. Journaliste indépendante pour La Gazette des Communes ou encore l’agence AEF, spécialisée dans le social et le logement, elle n’avait jamais fait de politique. « J’ai hésité pendant trois mois. Accepter, c’était renoncer à mes rêves d’enfant. Je voulais être journaliste depuis toute petite », raconte Agnès Thouvenot. « Ce qui m’a poussé à dire oui, c’était la précarité du métier. Pas économique, mais psychologique. La solitude du pigiste, les coups de bourre pour écrire la nuit car je devais m’occuper de mes enfants. Cette incertitude permanente de comment sera fait le lendemain. Mais ce n’était pas économique, je gagne moins bien ma vie en tant qu’élue qu’en tant que journaliste indépendante », affirme-t-elle.

Le sens de l’intérêt général a également motivé les choix d’Agnès Thouvenot et de Slim Mazni. « Mes amis n’ont pas été surpris, c’était dans la continuité de mon travail de journaliste de l’action publique, du suivi des collectivités et de tout ce qui touche le quotidien des citoyens », avance l’adjointe à la ville de Villeurbanne. « La politique, c’est s’occuper des affaires publiques, du bien commun. Comme le journalisme. Il y a un fond commun. C’est la politique au sens grec du terme, la vie de la cité », estime Slim Mazni.

dessin presse bulleD’autres choisissent d’abandonner le journalisme pour poursuivre, dans le public, des thématiques concrètes. À l’image de Julius Suzat, correspondant de l’agence AEF à Lyon, parti un an comme chargé de mission en développement durable à la ville de Bron en 2015 ; ou encore de Lucie Blanchard, qui, après six années à Lyon Capitale, a travaillé plusieurs mois à la ville de Lyon sur les questions d’égalité hommes-femmes en 2016. « Je m’étais dit que je ferai dix ans d’actu et qu’après, j’arrêterai. J’ai un eu déclic avec Charlie Hebdo. J’en avais marre d’être dans le commentaire, je voulais être dans l’action. À Lyon Cap, il y avait une restructuration. On faisait moins de terrain, on nous demandait de faire plus de téléphone. La politique, c’était un moyen d’agir. J’avais besoin de me réaliser », confie Lucie Blanchard.

Les convictions politiques peuvent être un autre moteur de l’engagement des journalistes. Que ce soit à gauche, comme Jacques Boucaud à Mâcon ou Robert Marmoz au cabinet de Gérard Collomb ; ou à droite avec Geoffrey Mercier chez Laurent Wauquiez ou encore Claude Régent au service communication de Michel Noir. « J’ai toujours voulu transformer les choses et là, on me proposait de le faire. Je n’avais jamais caché ma subjectivité, je revendiquais mon honnêteté », affirme Robert Marmoz, ancien rédacteur en chef de Lyon-Libération. « J’avais été séduit par le discours anti-FN de Michel Noir », relève de son côté Claude Régent, passé par France 2 et Euronews.

« J’ai écrit un certain nombre d’articles pour des journalistes »

Mais des convictions à la sympathie et à l’amitié, les frontières sont minces. Et poreuses. De nombreux journalistes nous ont avoué une amitié de longue date avec des hommes politiques lyonnais. Que pour avoir des informations, mieux vaut être proche du pouvoir et pouvoir dîner à sa table. Une connivence très française, voire… lyonnaise. « Il y a une façon de faire de la presse où on vante la couleur de la robe », confirme Jacques Boucaud. « Tout se passe autour d’une table. J’ai toujours bouffé avec tout le monde », avoue Gérard Angel.

Gérard Angel a été longtemps journaliste politique au Progrès, après un bref début de carrière politique au cabinet du Premier ministre Raymond Barre. Figure du journalisme lyonnais, il est aujourd’hui à la tête de l’hebdomadaire satirique Les Potins d’Angèle, sorte de Canard enchaîné lyonnais. « Je suis très proche de Gérard Collomb depuis trente ans », nous confie-t-il, sans détours. « Je n’ai pas l’impression de m’être autocensuré avec Gérard. Mais ça ne peut pas ne pas avoir d’influence dans la mesure où je connais l’homme. C’est sûr que c’était plus facile pour moi de traiter l’affaire Noir, car je ne le connaissais pas », admet-il.

Le trublion de la presse lyonnaise banalise pour autant la porosité entre médias et hommes politiques. « Je ne sens pas le danger. Le danger, c’est quand les journalistes sont obéissants et pas courageux », balaye-t-il. Un point de vue que partage Slim Mazni, aujourd’hui de l’autre côté du miroir. « Oui, le milieu lyonnais de la presse est connivent. Mais je ne porte pas un jugement. Car une fois qu’on a dit ça, il faut se confronter au réel, sur des faits. Cette connivence ne pose pas de problèmes au débat démocratique. »

« Tu te rends compte du problème lorsque tu dois écrire sur une personne à qui tu dis "tu". »

Robert Marmoz, ancien correspondant à Lyon de Libération, du Monde et du Nouvel Observateur, est plus pragmatique. Il met en garde contre un manque de distance journalistique. « Quand j’étais jeune journaliste, je tutoyais tout le monde. Collomb était presque un camarade à l’époque. Je me laissais aller, c’était comme une espèce de délice de la reconnaissance. Je faisais partie de ce monde-là. Mais tu te rends compte du problème lorsque tu dois écrire sur une personne à qui tu dis "tu". J’ai eu la chance de toujours vouvoyer Noir », explique celui qui fut l’un des journalistes ayant contribué à faire tomber l’ancien maire de Lyon.

Cette endogamie entre médias et politiques peut déboucher sur des dérives concrètes. C’est ce que révèle l’histoire de Jeanine Paloulian. À 68 ans, elle est une figure bien connue du monde médiatico-politique lyonnais. Journaliste spécialisée en religion et politique, elle est passée par de nombreux médias locaux, comme Le Progrès ou Le Dauphiné Libéré, avant de s’essayer aux relations presse. De 1989 à 1995, elle a rejoint Charles Millon en tant que directrice de la communication à la Région Rhône-Alpes. « Le Millon première formule, pas celui qui s’alliera avec l’extrême droite », précise Jeanine Paloulian. « La question, c’était d’aller voir de l’autre côté du miroir, d’avoir une autre expérience. On m’aurait proposé un poste au Vatican, j’y serais aussi allée », ajoute-t-elle.

« On ne s’embrassait pas sur la bouche, mais on était copains »

Volubile, avec une gouaille sans pareil, Jeanine Paloulian ne cache pas les raisons de son enrôlement. « On m’a recruté pour mes affinités. On était proche avec Millon, on ne s’embrassait pas sur la bouche, mais on était copains », sourit-elle. Franche, elle nous affirme même sans ambages avoir guidé la plume de plusieurs journalistes. « Quand on passe en politique, ce qui est compliqué, c’est qu’on connaît la profession. Mince, je me disais qu’ils ne savaient pas où regarder ! J’ai écrit un certain nombre d’articles pour des journalistes, qui étaient incompétents. Ce n’était pas régulier mais c’est arrivé au moins trois fois. Je le faisais en tant que directrice de la communication. Je ne disais jamais de choses fausses, mais aussi pas toute la vérité », révèle-t-elle aujourd’hui.

En 1995, Jeanine Paloulian quitte la Région et réintègre Le Progrès. Le retour est brutal. La journaliste confie avoir reçu un contrôle fiscal. « J’ai été dénoncée par quelqu’un de la Région », affirme-t-elle, sans en dire plus. La reporter continue pourtant les allers-retours. Après plusieurs années comme journaliste indépendante, elle est depuis 2014 adjointe à la communication et au patrimoine à la mairie de Montbrison dans le Forez. Et reste, encore en 2017, trésorière du club de la presse de Lyon. Dans un mélange des genres pas toujours tenable, notamment lorsqu’elle anime un débat au club en 2015 avec pour invité Michel Barnier, comme l’a relevé Tribune de Lyon. Agit-elle alors en tant que journaliste ou en tant que femme politique ?

S’ils ne sont pas courants, les allers-retours entre presse et politique existent. Au cours de notre enquête, nous avons recensé cinq cas lyonnais. Pascal Jalabert est l’un d’entre eux. Journaliste au Progrès, il est parti faire une courte « pige » comme conseiller du président PS de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, en 2010. Avant de redevenir, tranquillement, rédacteur en chef adjoint du Progrès à Lyon, puis rédacteur en chef du groupe EBRA (Est Bourgogne et Rhône-Alpes) à Paris, en charge des informations générales de l’ensemble des journaux régionaux de l’est de la France. « C’était une erreur », reconnaîtra-il dans une interview aux Inrocks.

« J’avais perdu ma liberté d’écrire et j’étais devenu le porte-plume de quelqu’un »

Claude Régent a lui aussi été « victime » de ces allers-retours entre journalisme et politique. En 1989, alors que Robert Marmoz refuse un poste au cabinet de Michel Noir, lui accepte. « Je savais qu’au bout de quatre mois, j’allais partir. Je me suis vite aperçu que la presse et la communication étaient deux mondes différents. J’avais perdu ma liberté d’écrire et j’étais devenu le porte-plume de quelqu’un », affirme-t-il aujourd’hui. Huit mois plus tard, il revient à ses premiers amours à France 2. « Mais mon retour dans le journalisme a été délicat. Et je peux le comprendre. Il était difficile de travailler à Lyon. J’ai été obligé de refaire mon parcours professionnel », nous avoue Claude Régent.

Le passage en politique peut en effet s’avérer brutal. Robert Marmoz en a fait l’amère expérience en 2008. Recruté comme directeur adjoint du cabinet de Gérard Collomb à la mairie, l’ancien journaliste du Nouvel observateur et de Libération pensait naïvement « pouvoir changer les choses ». Il est vite déçu par le côté « autoritaire, colérique et bien peu démocrate » du maire de Lyon. Au bout de deux ans, il est mis à l’écart. « J’ai été mis dans un placard, à quelques mètres de Dieu. J’étais sous les combles, à côté des chiottes. De chef de cabinet, je me suis retrouvé dame pipi », s’amuse-t-il avec le recul.

« C’est une grande ville, mais c’est un village »

Cette connivence entre presse et pouvoirs politiques n’est pas propre à Lyon. Elle existe dans d’autres villes et bien entendu à l’échelon national. À l’image de Laurence Haïm, correspondante historique de Canal+ aux Etats-Unis devenue la porte-parole d’Emmanuel Macron. Mais pour l’historien de la presse Alexis Lévrier, professeur à Science Po et à l’Université de Reims, il subsiste cette « impression que ce qui existe au plan national est encore plus vrai au plan régional ». « Quand j’ai présenté mes recherches aux médias locaux, ajoute-t-il, tous m’ont dit qu’ils se sentaient d’autant plus faibles que tout leur travail quotidien dépendait du bon vouloir des institutions politiques en place. »

Deuxième pôle économique de France, Lyon s’est développé depuis les années 1970 autour de sa communauté urbaine devenue Métropole en 2015. Elle y agrège des hommes politiques forts (Louis Pradel, Michel Noir, Raymond Barre, Gérard Collomb…), barons locaux s’entourant d’un tissu économique familial et puissant (les laboratoires Boiron, Olivier Ginon, la famille Mérieux…). « À Lyon, tout tourne autour de la Métropole et de la vie politique locale. C’est un acteur extrêmement présent. Quand on est correspondant dans cette ville, on ne fait quasiment que de la politique », confirme Alice Géraud. « C’est historique, c’est dans les gènes. Quand Louis Pradel a été élu, la première chose qu’il a fait, c’est d’aller voir le rédacteur en chef du Progrès. C’est une grande ville, mais c’est un village. Il y a 2 000 personnes qui doivent se connaître », avance Jeanine Paloulian.

« Une absence de culture démocratique, de l’autocensure »

En 2006, le journal Lyon Capitale a payé les frais du bon vouloir du monarque local. Après une série d’articles critiques sur des dérives liés aux marchés publics du Grand Lyon, Gérard Collomb a décidé d’attaquer le journal. Pas en diffamation, mais directement au portefeuille, en supprimant de la publicité dans les pages du journal. Résultat : Lyon Capitale dépose le bilan et sera sauvé in extremis par Xavier Ellie, ancien PDG du Progrès, avant d’être finalement racheté par le groupe Fiducial en 2008.

Face à des pouvoirs politiques forts et des grandes entreprises actionnaires de plusieurs médias (le Crédit Mutuel et Fiducial respectivement propriétaires du Progrès et de Lyon Capitale, Boiron actionnaire de TLM, Mérieux ou Seb actionnaires d’Acteurs de l’économie…), la presse régionale a-t-elle les moyens de son indépendance ? « Je n’ai jamais eu de pression au Progrès. C’est plus une absence de culture démocratique, de l’autocensure », affirme Jacques Boucaud, après quinze années passées dans l’unique quotidien lyonnais. « Je ne m’explique pas qu’il n’y ait pas plus d’affaires économiques qui sortent dans le deuxième pôle financier de France », souffle Slim Mazni, après dix ans d’investigations à Lyon Capitale.

Près de trente ans plus tard, les médias lyonnais pourraient-ils sortir aujourd’hui une grosse affaire politico-financière, à l’image du scandale Noir-Botton ? « Je ne sais pas, mais à l’époque, il y avait un climat pluraliste qui donnait un champ pour l’investigation dans l’affaire Noir. Tous les journalistes cherchaient des informations, dont Le Progrès avec Gérard Angel », se souvient Robert Marmoz. « Il y avait notamment cette guerre entre Lyon Libé et Le Figaro Lyon qui avait créé un journalisme exceptionnel. Et donc une certaine prise de distance avec le politique. »

 

bidule carte de presse> A LIRE EGALEMENT : L'interview du chercheur et spécialiste des médias Alexis Lévrier : "La connivence est beaucoup plus tolérée en France".

> A SUIVRE : Nous publierons la semaine prochaine, le 28 juin, un dernier article sur les rapports entre journalistes lyonnais et politiques : "Quand Michel Noir tenta de recruter un des responsables de sa chute".