Nathan tourne les pages de l’album photo que vient de sortir Laurence, sa compagne, du large buffet de la salle à manger. Devant les souvenirs de leur voyage en Tunisie, le couple constate les changements et le parcours réalisé. « C’est surtout le regard qui est différent, il s’est durci avec les hormones, compare Laurence. Mais on le reconnaît bien. Au fond, il n’a pas tellement changé. » Depuis leur première rencontre il y a dix ans, Nathan se présente au masculin. Il est ce qu’on appelle « FtM » pour « female to male ». Mais depuis trois ans, suite à trois lourdes opérations de réassignation sexuelle, il se sent enfin dans le bon corps. Seul rappel de sa vie d’avant, les cicatrices de la greffe sur son bras, dont la peau a servi à la création de son pénis, et qu’il fait passer pour les séquelles d’un accident de moto. « Si j’avais été opéré à 30 ans, j'aurais été un tombeur », rit le quinquagénaire, une cigarette à la main.

Comme Nathan, ils sont chaque année une centaine à s’en remettre au Grettis, Groupe de recherche et de traitement des troubles de l’identité sexuelle, basé à Lyon. Âgés de 14 à 80 ans, ils ont fait le choix de mettre leur corps entre les mains d’une équipe médicale reconnue en France, et considérée – à tort – comme la seule officielle. Membre de la « Sofect », la Société française d’études et de prise en charge du transsexualisme, le Grettis rassemblent trois psychiatres, une psychologue, trois endocrinologues et trois chirurgiens. Avec 200 vaginoplasties (créations de vagin) en attente et presque autant de phalloplasties (création de pénis), l’équipe lyonnaise réalise 60% des réassignations sexuelles de l’Hexagone. Conséquence : les délais s’étalent parfois jusqu’à trois ans. Un succès lié à la réputation du médecin vedette de la Sofect, Nicolas Morel-Journel.

Difficile de trouver, en France, des données chiffrées officielles sur le nombre de personnes transidentitaires. Et a fortiori sur l’évolution du nombre d’opérations réalisées chaque année. Seule indication : en 2010, l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (Atih) recensait 523 séjours hospitaliers, dont 366 en chirurgie. Les médecins s’accordent toutefois pour constater une recrudescence des demandes de changement de sexe ces dix dernières années.

Depuis la création du Grettis en 1982, le protocole a été largement assoupli. Mais il impose une marche stricte à suivre avant d’aboutir à l’opération de réassignation sexuelle : quatre rendez-vous a minima chez le psychiatre, autant chez le psychologue, une étude de dossier devant l’équipe médicale constituée en « réunion de concertation pluridisciplinaire » et, seulement après, une rencontre avec l’endocrinologue. Celui-ci peut prescrire les hormones, et, au terme d’un parcours de deux ans en moyenne, fixer une date d’opération. Pour les profils jugés « les plus compliqués », jusqu’à 30 rendez-vous peuvent précéder l’opération finale… quand les candidats n’abandonnent pas avant. Nicolas Morel-Journel justifie ce parcours du combattant par la gravité de l’acte : « Nous devons nous assurer que la demande de changement est constante avant d'accepter d'enlever les organes reproducteurs de quelqu’un et de le rendre stérile. »

Claire Brammt, 51 ans : « Mes amis m'ont dit que j’avais été très courageuse d’assumer qui j’étais. Mais ce n’était pas du courage, c’était un instinct de survie. Je m’étais fuie toute ma vie avant d'avoir le déclic, il y a trois ans. A partir de ce moment, continuer à me présenter en tant qu’homme, c’était comme une injure.»

En 2010, un décret a déclassifié la transsexualité des affections psychiatriques. Depuis cette date, les « troubles précoces de l'identité de genre » ne sont plus assimilés à une maladie mentale. Le rôle des psychiatres dans les parcours de transition reste . . .

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