Chose promise, chose due. Ce 29 janvier 2016, alors qu'il cède son siège de maire à son adjoint Michel Chapuis, Laurent Wauquiez, nouveau président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, réaffirme qu'il « reste plus que jamais Ponot ». Et, il l'assure : « La région sera à nos côtés et pas qu'un peu ! » Promesse tenue… Et pas qu’un peu, en effet !

Mediacités s'est plongé dans la liste des subventions accordées par la région au Puy-en-Velay en 2016 (l’exercice comptable 2017 n’est pas encore clos). Cette année-là, Auvergne-Rhône-Alpes a aidé – tous projets confondus – le fief de son président à hauteur de 15 millions d’euros , soit 826,30 euros par habitant.

Seul, ce chiffre ne signifie pas grand-chose. Il devient soudain beaucoup plus parlant si on le compare aux subventions reçues par d’autres villes de la région. Impossible d’effectuer le calcul pour les plus de 4000 communes d'Auvergne-Rhône-Alpes. Nous en avons sélectionné deux : Aurillac et Albertville. En plus d'être dans la même strate que le Puy-en-Velay en nombre d'habitants , ces communes présentent le même profil de villes-centres dans leur territoire respectif : préfecture (du Cantal) pour Aurillac, sous-préfecture (de Savoie) pour Albertville. Nous avons aussi veillé à sélectionner une ville dirigée par la droite – Albertville, avec Frédéric Burnier Framboret, qui vient de remplacer la sénatrice LR Martine Berthet – et une dirigée par la gauche – Aurillac, avec le socialiste Pierre Mathonier. Nous avons enfin retenu une ville de l’ancienne région Auvergne et une de l’ancienne région Rhône-Alpes. Résultat ? Le fief de Laurent Wauquiez a reçu ni plus ni moins que quatre fois plus de subsides régionales qu'Aurillac et presque dix fois plus qu'Albertville !

Récupérer à son profit l'opération attribuée à son prédécesseur

Rentrer dans le détail des subventions régionales, c'est un peu effectuer une visite touristique du Puy-en-Velay… Commençons par le sud de la ville avec le lycée Charles-et-Adrien-Dupuy aussi appelé "lycée Roche Arnaud". Depuis juillet 2016, l'établissement est en complète rénovation. L'ancienne administration régionale avait déjà débloqué dix millions d'euros pour financer les travaux en 2014. Mais la nouvelle région a accordé huit millions supplémentaires. La rallonge a ainsi permis à Laurent Wauquiez de signer le projet de sa main et de ne pas laisser l’opération attribuée à son prédécesseur auvergnat, René Souchon. Il faut dire que cet établissement semblait avoir vraiment besoin d'un coup de jeune : les lycéens se plaignaient de « trous dans les murs avec de l'amiante à l'intérieur » ou d'infiltrations des eaux de pluie dans les salles de classes.

C’est la plus importante enveloppe régionale consacrée au Puy-en-Velay en 2016 (mais même sans elle, le Puy conserve une longueur d’avance sur Albertville et Aurillac). Le lycée Charles-et-Adrien-Dupuy continue toutefois de bénéficier de la générosité de la collectivité Wauquiez cette année. En février, la commission permanente a versé à nouveau 1,17 million d’euros pour l'optimisation de l’éclairage des salles de cours et « la sécurisation » du site. Tout comme les autres lycées ponots, Simone-Weil et Jean-Monnet, qui ont ainsi été respectivement dotés de 200 000 et 120 000 euros, toujours au titre de « la sécurisation ».

60 000 euros pour la Maîtrise de la cathédrale

Non loin du lycée, à proximité de la splendide piscine du Puy-en-Velay "La Vague", qui fait la fierté des Ponots, rendons-nous à "Accro-Velay". Ce parcours d'aventure, ouvert l'été dernier, occupe un petit bois de cinq hectares laissé à l'abandon jusqu'alors. La région y a participé à hauteur de 96 000 euros. Suite de la visite par les incontournables sites historiques du Puy. Ses églises sont célèbres dans le monde catholique et la commune compte parmi les points de départ des chemins de Compostelle. La chapelle Saint-Michel-d'Aiguilhe et la cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation figuraient parmi les monuments préférés des Français en 2014 et 2015. Et de la région ?

En 2016, 10 029 euros ont été versés par Auvergne-Rhône-Alpes pour la restauration du clocher de l'église Saint-Laurent. Et parce qu'un beau monument se doit d'être bien éclairé, Laurent Wauquiez a encore accordé 582 320 euros pour la mise en lumière audiovisuelle des monuments emblématiques de l’agglomération ponote en février dernier. Ceci après avoir offert 600 000 euros pour le « Puy de lumière », la fête des Lumières locale, l'an dernier. Enfin l'école de musique, la Maîtrise de la cathédrale, s'est vue accorder 35 000 euros en 2016 auxquels se sont ajoutés 25 000 euros en février pour engager un nouveau professeur de chant.

La cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation. CC/N.Certes.
La cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation. CC/N.Certes.

Alors que nombre d’associations auvergnates et rhône-alpines ont vu leurs dotations fondre comme neige au soleil après l'arrivée du nouveau président de région, celles du Puy-en-Velay et de sa région ont été globalement épargnées. Les festivals culturels, comme celui de la Chaise-Dieu, Interfolk ou Jazz en Velay ont conservé leur subvention contrairement aux festivals de cinéma LGBT de la région... L'association qui organise la célèbre fête du Puy du "Roi de l'oiseau" a, elle, obtenu 45 000 euros. Ces festivités historiques durent une semaine et on peut y croiser Laurent Wauquiez en legging moyenâgeux.

https://twitter.com/nbongarcon/status/909732907438280704

Un million pour la lentille

Pour l’année 2017, Mediacités a déjà pointé 7,3 millions d’euros (7 328 639 euros exactement) d'aides sonnantes et trébuchantes en provenance de la région. De quoi poursuivre notre balade dans les rues de la préfecture de Haute-Loire. Direction le centre Pierre-Cardinal, proche de la cathédrale, rue Jules-Vallès. Cet ancien couvent a été reconverti en centre socio-culturel, abritant une auberge de jeunesse, une salle de spectacle, un foyer-bar, etc. Sa réhabilitation dure depuis 2013. Les nouveaux travaux, lancés en avril 2016, affichaient un coût prévisionnel de près d’1,2 million d'euros. L'État, le département et l'agglomération ont participé à hauteur de 500 000 euros, restait environ 700 000 euros à la charge de la ville. Surprise en février, un document de la région offrait un soutien de près de 300 000 euros.

En déambulant dans les rues pavées du centre-ville, les devantures des commerces défilent. Commerces qui bénéficieront d'un important plan mis en place par la ville : six millions d'euros, dont trois de la région. Le but ? Renforcer l’attractivité du cœur de ville en sécurisant les rues et en mettant à disposition des boutiques à loyer modéré par la ville. Pourquoi ne pas en profiter pour goûter à la lentille verte qui a fait la réputation du Puy ? Alors qu'en Angleterre, le prince George a rendu cette légumineuse célèbre, les rendements 2016 ont été les plus faibles depuis vingt ans. La Haute-Loire étant le premier département producteur de lentilles vertes de France, la région a débloqué un million d'euros pour sauver la filière. Ce véritable « plan lentille » prévoit un autre million d'euros sur trois ans pour investir dans des équipements, réduire l'utilisation de pesticides et aider les PME qui conditionnent la lentille.

Dans les rues pavées du Puy. CC/N.Certes.
Dans les rues pavées du Puy. CC/N.Certes.

Bien mangé ? Repartons en direction du stade Massot, au nord-ouest, sur les rives de la Borne. Sur le chemin, il n'est pas impossible d’emprunter une rue où la ville a sollicité une aide régionale pour les travaux de voirie ou l'installation de vidéosurveillance. L’addition de toutes les demandes de subventions régionales évoquées lors du conseil municipal du 11 octobre dernier grimpe à quasiment six millions d'euros. « Sous les robinets de la région », selon les propres mots du maire Michel Chapuis (lors de ses vœux prononcés en janvier 2017), le Puy n'hésite pas à réclamer à tort et à travers des aides à la région, y compris pour des projets très éloignés des compétences de l'institution . Elle use (abuse ?) d’un certain flou qui permet à la région de soutenir des collectivités au nom de l’aménagement du territoire. Ces dernières peuvent ensuite utiliser ces enveloppes « comme elles le souhaitent », souligne le conseiller régional EELV d’opposition Jean-Charles Kohlhaas.

Un wallaby pour le Puy

Dans les plans de financement municipaux, n'apparaît d'ordinaire qu'une ligne « région » sans plus de précision sur le budget concerné. « Quand on demande des détails en conseil municipal, on s’entend répondre : "Tout est dans le pacte" », raconte désabusé le socialiste Laurent Johanny, élu d’opposition au Puy-en-Velay. Le pacte ? C'est 111 millions d'euros que la région apporte à la Haute-Loire jusqu'en 2021. L'Ardèche et le Cantal profitent également de ce type de fonds pour « assurer le développement de ce[s] territoire[s] ».

Les compétences de ces pactes sont assez vagues pour subventionner aussi bien la rénovation du stade Massot, le grand équipement sportif du Puy (le conseil municipal a autorisé le maire a sollicité une subvention régionale de 2,1 millions d’euros, soit 80% du coût total, le maximum possible), que le terrain de golf (subvention demandée par l’agglomération) ou le réaménagement du jardin Henri Vinay auquel la région participe là aussi à hauteur de 80% (224 772 euros) et qui pourrait voir, selon le journal L'Eveil de la Haute-Loire, l’arrivée d’un… wallaby !

Une fonctionnaire de la ville au service de la région

Dans ces mêmes projets de délibérations, Mediacités a fait une autre découverte qui illustre la relation plus que privilégiée que la région entretient avec la municipalité ponote. Le 8 mars dernier, la ville et la région passent une convention de mise à disposition d'un agent administratif [voir pages 1, 6 et 7 du document ci-dessous]. Cette personne, une certaine Florence Bersot, employée du Puy-en-Velay est ainsi « prêtée » à la collectivité présidée par Laurent Wauquiez. Chargée de « l'efficience des services [de la région] sur le plan local », elle doit réaliser des travaux de correspondance administrative, de bureautique mais aussi organiser et gérer des agendas pour le compte de la région et de ses représentants – le candidat à la présidence des Républicains profite en général de ses fins de semaines pour labourer son fief, où vit sa famille.

 

La convention précise que cette mission doit se limiter à 8 heures 45 de travail hebdomadaire et qu'elle donne lieu à un complément de rémunération de 180 euros net par mois (la région participant au salaire de l'agente au prorata du temps passé au service de la collectivité présidée par Laurent Wauquiez). Là aussi, l’opposant municipal Laurent Johanny a réclamé des explications en conseil municipal. Michel Chapuis, « hésitant », a assuré que cette personne serait chargée de s'occuper des seuls dossiers du territoire du Puy-en-Velay. Reste que la région ne dispose pas d'une fonctionnaire, même à temps partiel, dans toutes les villes de son territoire... La mise à disposition de Florence Bersot concernait initialement une période de six mois, jusqu’à fin août 2017. A-t-elle été reconduite ? Malgré nos nombreuses relances [lire "En coulisses" dans l’encadré ci-dessous], la ville du Puy est restée mutique sur le sujet.

De l’hôtel de ville à la place du Breuil, il n’y a qu’un pas. Là se terminera notre balade. Sur la grande esplanade du centre-ville se tiendra, à partir de ce samedi 25 novembre, le marché de Noël. Cette année, une patinoire de 500 mètres carrés sera installée, entourée d’une quarantaine de chalets abritant artisans et commerçants. Un dernier cadeau de 76 400 euros de la région… avant l'année prochaine.

Notre méthodologie

Le recensement des subventions régionales versées au Puy-en-Velay (et aux deux autres villes) a été effectué sur la base du compte administratif 2016 de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Nous nous sommes attachés à pointer les associations, établissements scolaires et autres organisations implantés au Puy. Si, cher lecteur, vous repérez un oubli, n’hésitez pas à nous le mentionner en nous écrivant à l’adresse : contact@mediacites.fr.

Les subventions mentionnées dans l’article pour l'année en cours ont été relevées parmi des articles de nos confrères de la presse locale ou nationale et recoupées avec des documents de la région ou d'autres sources. « Difficile de juger sur une seule année, souligne le conseiller régional écologiste Jean-Charles Kohlhaas... Certaines années, des collectivités demandent plus et d'autres moins et puis l'année suivante, ce sera l'inverse. » Pour le Puy, néanmoins, la tendance est la même pour les deux premières années du mandat Wauquiez… Retrouvez tous les détails de notre recensement pour les années 2016 et 2017 sur cette base de données.

En coulisses

Nous avons contacté le cabinet du maire du Puy-en-Velay dès le 10 novembre. Malgré nos relances par mail et par téléphone, nous n’avons obtenu aucune réponse. Du côté de la région, le collaborateur chargé des relations presse du cabinet du président, nous a indiqué que l’agenda de Laurent Wauquiez, « contraint en ce moment », ne permettait pas d’envisager une interview. Nous avons demandé un échange avec un autre élu de la majorité. Sans succès.

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