L'industrie pharmaceutique n'hésite pas à s'immiscer dans les facs de médecine, avec pour objectif d’influencer les étudiants, futurs prescripteurs de médicaments. La faculté Lyon Sud offre un exemple édifiant de cette emprise des labos. Ainsi, quand l’enseignant du seul et unique cours sur l’homéopathie s’appelle Christian Boiron, patron des laboratoires Boiron, il y a de fortes chances pour que le nom de ses tubes de granulés s’inscrive pour longtemps dans la tête des futurs médecins. « En tant que fondateur de l’homéopathie, il nous donne une bonne vision d’ensemble du sujet », tente de convaincre Kaan Kilinc, président de l’Association médicale des étudiants de l’unité sud-ouest (Ameuso), élève à la faculté Lyon Sud « Charles Mérieux ». La faculté porte le nom de la grande figure lyonnaise de la médecine du XXe siècle qui fut à la tête du laboratoire fondé par son père Marcel, baptisé aujourd'hui bioMérieux. Son fils Alain, qui lui a succédé à la tête de l'Institut Mérieux, est d'ailleurs membre du conseil de la faculté, aux côtés de Christian Boiron.

Un amphi nommé « Boiron »

Un amphithéâtre est même baptisé « Boiron ». C’est simple, le directeur général de la société l’a directement financé ! « Il est venu au secours des étudiants qui avaient cours dans des algécos auparavant, palliant un réel manque de financement dans l’enseignement supérieur », le défend encore l’étudiant. Ni la direction de la faculté, ni Christian Boiron, ni Alain Mérieux n’ont souhaité répondre aux questions de Mediacités.

Les élèves de Lyon Sud semblent bien frileux à commenter la problématique des conflits d’intérêts dans la fac, sans doute échaudés par le premier classement en France des facultés les plus indépendantes face à l’industrie pharmaceutique. Ce palmarès a été réalisé en janvier 2017 par le Formindep, association pour une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients. La faculté y fait figure de mauvaise élève  en n'ayant même pas pris la peine de répondre au questionnaire... tout comme 34 autres universités sur 37 ! 

Un prof couvert de cadeaux

A l’inverse, la faculté voisine Lyon Est est en tête de ce palmarès : aucun financement des activités éducatives de la part de l’industrie pharmaceutique n’est accepté. Autre bon point, en 2017, les 2 300 étudiants de première année ont participé à une journée d’information et de réflexion sur le sujet animée par Irène Frachon, la pneumologue lanceuse d’alerte dont le combat a fait éclater le scandale du Mediator.

Pendant ce temps, à Lyon Sud, un cours intitulé « le médecin et l’industrie pharmaceutique » était donné. Sur l’estrade, Gilles Freyer, un oncologue qui apparaît à 172 reprises sur transparence.sante.gouv.fr. Le site recense tous les liens d’intérêts entre les médecins et le secteur pharmaceutique depuis 2012. En six ans, les laboratoires ont offert pour 23 208 euros de « cadeaux » à Gilles Freyer : repas, transports, hébergements ou inscriptions à des colloques. « Plus les enseignants praticiens hospitaliers ont de liens d’intérêts, moins ils voient où est le problème, ils sont de la vieille école », se désole un élu lyonnais de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf). Gilles Freyer n'a pas répondu à notre demande d'interview.

Une charte pour améliorer la transparence

« Tous ces liens d’intérêts sont transparents, ça n’est pas caché aux étudiants », nuance Kaan Kilinc. D'après lui, le fameux cours ne sera pas reconduit en 2018. Mais les professeurs déclarent-ils leurs liens d’intérêts en début d’enseignement, comme la loi les y oblige ? La charte éthique des doyens de faculté de médecine, élaborée fin 2017 suite au coup de pied dans la fourmilière provoqué par le palmarès du Formindep, le leur rappelle. « Deux ou trois l’ont fait depuis la rentrée », note cet étudiant en troisième année. Dans quelques mois, il fera ses premiers pas en externat à l’hôpital. Et comme les autres, il sera directement approché par les représentants commerciaux des labos, qui lui offriront des croissants après une longue nuit de garde ou du matériel pédagogique et des « formations ».

Cette enquête s’inscrit dans une série d’articles de Mediacités consacrée à l’influence des laboratoires pharmaceutiques sur les acteurs du secteur de la santé. A lire aussi :

> Notre enquête sur

le lobbying agressif exercé dans les CHU. En France, plus des trois-quarts des médecins d’hôpitaux entretiennent des liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.

> Nos révélations sur liens que les députés du Rhône Cyrille Isaac-Sibille et Jean-Louis Touraine entretiennent avec l'industrie pharmaceutique : "

Isaac-Sibille et Touraine : les liaisons dangereuses de deux députés médecins"