C’était un long serpent de mer de la justice lyonnaise. Selon les informations de Mediacités, après plus de cinq ans d’enquête, le parquet de Lyon vient de boucler en toute discrétion « l’affaire Larose ». Le promoteur immobilier lyonnais Jean-Christophe Larose a finalement décidé de s’engager dans une procédure de comparution de reconnaissance préalable de culpabilité ( CRPC ), soit une négociation avec la justice. Dans un jugement rendu le 3 décembre, il a plaidé coupable pour abus de biens sociaux et s’est engagé à verser 300 000 euros d’amende, en plus du préjudice de 600 000 euros déjà remboursé par Jean-Christophe Larose à la société Cardinal, selon une source proche de l’enquête. Contacté depuis plusieurs mois par Mediacités, Jean-Christophe Larose a refusé nos demandes d’interviews et n’a pas répondu à nos questions sur ce dossier.            

Jean-Christophe Larose reconnaît ainsi sa culpabilité dans une affaire d’abus de biens sociaux complexe, mettant en cause une entreprise suisse opaque, la Sepim, et Cardinal, l’un des plus grands groupes immobiliers lyonnais, très présent dans le quartier de La Confluence, que Jean-Christophe Larose a fondé en 2001 et préside toujours aujourd’hui.            

Commissions en marge des opérations immobilières

La Sepim, dont Jean-Christophe Larose a été l’actionnaire plusieurs années (de 2001 à 2009, selon ses déclarations), était soupçonnée par la justice d’avoir perçu des commissions versées par le groupe Cardinal à la société suisse en marge de plusieurs transactions immobilières. Autrement dit : le patron lyonnais utilisait son entreprise pour rémunérer une société dont il était également l’un des actionnaires. Quelles opérations immobilières de Cardinal, à Lyon et en France, ont été effectuées via la société suisse Sepim ? Comme l’a révélé Mediacités dans le premier volet de notre série sur « L’empire Larose », l’une d’elles concerne la vente par le groupe immobilier de la plateforme logistique de Saint-Rambert-d’Albon, dans la Drôme.

https://www.mediacites.fr/lyon/dossier/immobilier-empire-larose/

C’est la première fois que Jean-Christophe Larose est reconnu coupable dans ce dossier, qui a usé plusieurs procureurs lyonnais. En 2016, dans une autre affaire, il avait été rattrapé par l’enquête sur les Panama Papers. Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) avait mis en lumière des liens indirects entre le promoteur lyonnais, des entreprises domiciliées au Panama et au Luxembourg, et le cabinet Mossack Fonseca, à l’origine du scandale planétaire d’évasion fiscale. Quelques semaines plus tard, le Parquet national financier (PNF) avait ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale, avant de finalement classer sans suite. Mais nous avions révélé, en septembre dernier, que Jean-Christophe Larose avait conservé une société domiciliée au Grand-Duché, « Urban Real Luxembourg ».

Longtemps proche de Gérard Collomb

C’est grâce à Gérard Collomb, alors maire de Lyon et président du Grand Lyon, qui a donné son blanc-seing à Cardinal sur le quartier des Docks à la Confluence, que les affaires de Jean-Christophe Larose ont décollé au début des années 2000. Mais depuis l’éclosion des affaires judiciaires, Gérard Collomb semble avoir pris ses distances publiques avec le promoteur. Le groupe Cardinal, qui continue à afficher une belle santé, n’en a pas pour autant déserté la Confluence, où il a été choisi pour bâtir en 2020 Lumen, la cité de la lumière, un ambitieux projet porté par le cluster des entreprises du secteur.

Jean-Christophe Larose a également inauguré à titre personnel une boîte de nuit dans le quartier en septembre dernier, le club Azar. Lors de la soirée d’inauguration, comme Mediacités l’a écrit, on y croisait des proches de Gérard Collomb, tel Michel Le Faou, adjoint au maire à l’urbanisme et vice-président de la Métropole chargé du même dossier. Signe que le lien n’est pas complètement rompu entre le baron lyonnais et le bâtisseur de son quartier emblématique : pour assurer sa défense, Jean-Christophe Larose a choisi l’avocat Richard Zelmati, un ténor du barreau lyonnais. Le même que Gérard Collomb.

Mathieu Martiniere
Basé à Lyon, cofondateur de We Report, un collectif européen de journalistes indépendants, Mathieu enquête pour des médias français et européens (Mediacités, Mediapart, Les Jours, La Cité...). Il a notamment travaillé sur l'affaire Barbarin et la pédophilie dans l'Eglise catholique française, travail qui a donné lieu à la publication d'un livre (Eglise, la mécanique du silence), ou encore sur l'agence policière Interpol avec un documentaire diffusé sur Arte (Interpol, une police sous influence ?), fruit de cinq ans d'enquête.