Les 70 millions de documents des Football Leaks, obtenus par le Spiegel et transmis à Mediacités par le consortium European Investigative Collaborations (EIC) et Mediapart, documentent de manière inédite le football business. Ils comportent notamment plusieurs contrats de joueurs de l'Olympique lyonnais, dans lesquels figurent des clauses parfois étonnantes.

Une panoplie de primes pour Bertrand Traoré

Avec un salaire mensuel moyen estimé à 150 000 euros brut, l'Olympique lyonnais est, selon le journal L'Equipe, le quatrième club de France où les salaires des joueurs sont les plus élevés, derrière le Paris-Saint-Germain (820 000 euros), Marseille (258 000 euros) et Monaco (160 000 euros). Le plus gros salaire de l'équipe revient à Memphis Depay (estimé à 360 000 euros brut par mois). Nabil Fekir, Moussa Dembélé, et Houssam Aouar (300 000 euros chacun) figurent dans le Top 30 des salaires les plus élevés de Ligue 1, comme l'attaquant burkinabé Bertrand Traoré, transféré du club de Chelsea vers l'Olympique lyonnais en juillet 2017.

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L'attaquant burkinabé a quitté Chelsea au cours de l'été 2017 pour rejoindre Lyon. Montant du transfert : 10 millions d'euros. A noter que le club anglais a glissé dans l'accord une clause de rachat du joueur, pour 17,5 millions d'euros, qu'il peut activer uniquement entre le 10 juin et le 10 juillet 2019, ou entre le 10 juin et le 10 juillet 2020. Bertrand Traoré a signé pour cinq saisons avec le club rhodanien, jusqu'au 30 juin 2022.

Son contrat prévoit un salaire de départ de 270 000 euros brut par mois, avec des augmentations prévues en fonction d'objectifs sportifs : ainsi, sa rémunération passe à 320 000 euros mensuel brut s'il inscrit 18 buts au cours d'une même saison. Le joueur ayant marqué à 18 reprises lors de la saison 2017-2018 (13 fois en Ligue 1, une fois en Coupe de France et quatre fois en Europa League), il s'agit donc du montant de sa paye actuelle. Ce qui fait de lui le deuxième joueur le plus payé de l'effectif lyonnais. Il peut devenir le joueur le plus riche du club : son salaire passera en effet à 370 000 euros mensuels s'il inscrit 20 buts lors d'une même saison. Et peut même obtenir une paye de 403 333 euros mensuels s'il parvient à inscrire d'ici à la fin de son contrat au moins 20 buts lors d'une saison, puis au moins 22 buts lors d'une saison suivante.

A ce copieux salaire s'ajoute une panoplie de primes. Bertrand Traoré touche, d'abord, une prime de fidélité, versée chaque année à la seule condition qu'il demeure un membre de l'effectif du club. Cette prime a atteint 1 million d'euros pour la première saison, puis s'élève à 500 000 euros par saison jusqu'à la fin de son contrat. S'y ajoutent d'éventuelles primes sportives, qu'il n'a pas encore obtenu : 200 000 euros en cas d'obtention du titre de meilleur joueur de l'année en Ligue 1, 150 000 euros s'il finit meilleur buteur de l'année en championnat et 250 000 euros s'il est élu meilleur joueur africain de l'année. Le contrat stipule aussi que le club doit mettre à la disposition du joueur un véhicule de la marque automobile partenaire de l'OL (Hyundai) et lui payer quatre aller-retour Lyon-Ouagadougou en classe business chaque saison.

En novembre 2018, la révélation de l'existence de primes d'éthique faramineuses au Paris-Saint-Germain, conditionnées au respect de critères comme le « comportement exemplaire sur le terrain » ou « la courtoisie, l’amabilité et la disponibilité avec les supporters, ce qui inclut notamment le devoir de saluer et de remercier les supporters avant et après chaque rencontre », a fait couler beaucoup d'encre. On apprenait ainsi dans Mediapart que Neymar touche 375 000 euros net de prime d'éthique par mois pour, entre autres, aller applaudir les fans à la fin de chaque match ! Cette prime, qui permet aux clubs de sanctionner financièrement les joueurs en cas de manquements à l'éthique, est monnaie courante dans le monde du foot. Ainsi, Bertrand Traoré touche 30 000 euros brut par mois « sous réserve d'avoir respecté les règles de l'éthique du football et de l'OL ».

De copieuses primes pour respecter les règles de l'éthique

A l'Olympique lyonnais, il existe neuf règles que le joueur doit respecter pour empocher la prime d'éthique, comme « l’absence de tout commentaire public négatif sur son club, ceux qui y travaillent et ceux qui le soutiennent », « l’absence publique de toute propagande politique ou religieuse qui pourrait nuire à l’image et l’unité du club » ou encore « la courtoisie, l’amabilité et la disponibilité avec les supporters ».

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Les règles que les joueurs de l'OL doivent respecter pour empocher la prime d'éthique / Mediacités

« Les contrats des joueurs à l’OL disposent d’une prime d’éthique depuis environ sept ans, nous a expliqué le club. Nous considérons que les joueurs ont un devoir d’exemplarité en terme de comportement notamment au regard de l’influence qu’ils ont sur les personnes qui les regardent ou les admirent. Le respect d’une éthique comportemental fait partie de leur engagement contractuel. » 

Mediacités avait déjà évoqué l'existence de ces primes d'éthique à l'OL en mai 2017. Ainsi, lors de son passage à Lyon, l'Espagnol Sergi Darder empochait un salaire allant de 147 000 euros à 189 000 euros mensuel brut selon les saisons, plus 20 000 euros supplémentaires par mois à condition de respecter ces mêmes critères d'éthique. Le défenseur Marcelo, arrivé en juillet 2017 en provenance du Besiktas Istanbul, touche également 20 000 euros par mois de primes d'éthique, qui complètent une rémunération mensuelle de 230 000 euros. Le buteur Mariano Diaz, parti au Real Madrid cet été, était encore mieux loti : il touchait 429 167 euros brut par mois lors de son passage à Lyon, auxquels s'ajoutaient 50 000 euros de prime d'éthique. « Tous les joueurs ont une prime d’éthique, précise le club. Son montant est lié à une négociation contractuelle entre le joueur et le club mais est en général de l’ordre de 10% du salaire fixe. Les contrats des joueuses sont concernés au même titre que les joueurs puisque le fondement est le même et sous réserve d’acceptation des parties puisque comme pour tout contrat de travail il résulte de la discussion et de l’accord entre un employeur et un salarié. »

Le défenseur brésilien Marçal est arrivé à Lyon en juillet 2017, en provenance du Benfica Lisbonne. Il a signé un contrat de quatre ans, pour un salaire de 135 000 euros mensuels brut pour la saison 2017/2018, de 140 000 euros cette saison, puis 145 000 en 2019/2020 et en 2020/2021 s'il reste au club. Sa prime d'éthique mensuelle s'élève à 15 000 euros par mois. En mars 2018, après avoir refusé de serrer la main de son entraîneur, il a justement été sanctionné « dans le cadre des primes d'éthique » avait annoncé Jean-Michel Aulas, patron de l'OL, sur RMC.

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Marçal peut aussi toucher une prime liée à des objectifs sportifs chaque année : 350 000 euros si le club se qualifie pour la prestigieuse Champions League ou 175 000 euros s'il ne dispute que l'Europa League. Cette prime est conditionnée au fait d'avoir été titulaire à 25 reprises dans la saison : souvent remplaçant, Marçal n'a figuré que 24 fois dans le onze de départ la saison dernière et n'a donc pas obtenu cette prime. Le Brésilien n'est quand même pas à plaindre : son employeur lui verse aussi 1500 euros brut d'aide au logement chaque mois, et lui met à disposition un véhicule du constructeur automobile partenaire du club.

Autre Brésilien du club, Rafael dispose lui aussi d'avantages en nature. Le défenseur touche une rémunération mensuelle brute de 200 000 euros et une prime annuelle de 250 000 euros versée à la seule condition qu'il figure toujours dans l'effectif de l'OL. Le club lui met à disposition un véhicule et lui paye quatre aller-retour entre Lyon et Rio de Janeiro en classe business par saison. Rafael a signé à Lyon le 1er août 2015 pour un contrat qui se terminera le 30 juin 2019. Il devrait quitter le club cet été:  « J’espérais prolonger mon contrat de deux ans, expliquait le joueur dans le magazine France Football. Mais le club ne m’en propose qu’un. Je pense que je vais partir à la fin de la saison. J’aurais aimé rester mais ça va être difficile. Je suis pessimiste ».

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Le contrat en or de Kenny Tete

Plus habitué au banc de touche qu'aux pelouses de Ligue 1 cette saison, Kenny Tete dispose d'un contrat en or. Arrivé le 10 juillet 2017 de l'Ajax Amsterdam, le défenseur Néerlandais est conseillé par le sulfureux Mino Raïola, agent connu pour avoir perçu 49 millions d’euros de commissions sur le transfert de Paul Pogba en violant les règles de la Fifa. A Lyon, où il s'est engagé pour quatre saisons, il perçoit 262 669 euros brut par mois et 20 000 euros de prime d'éthique mensuelle. Il a empoché deux primes exceptionnelles d'un million d'euros, les 31 juillet 2017 et 31 juillet 2018, qui étaient seulement conditionnées au fait de demeurer dans l'effectif de l'OL.

Le contrat prévoit aussi une coquette augmentation : si, à compter du 1er juillet 2019, l'Olympique lyonnais refuse une offre supérieure ou égale à 15 millions d'euros net pour le transfert de Kenny Tete, le salaire du joueur sera augmenté de 750 000 euros brut annuel. Soit un gain de 62 500 euros par mois ! Enfin, Kenny Tete a négocié un intéressement sur son futur transfert : il touchera 2 millions d'euros si le montant de son transfert est compris entre 10 et 15 millions d'euros ; 3 millions d'euros pour un transfert entre 15 et 20 millions ; 4 millions d'euros pour un transfert entre 20 et 25 millions ; 5 millions d'euros pour un transfert entre 25 et 30 millions ; 6 millions d'euros pour un transfert entre 30 et 40 millions . Il est même prévu qu'il gagne 8 millions d'euros si son transfert dépasse les 40 millions d'euros - chose peu probable. 

fl-logoAprès une première saison en 2016, quinze journaux européens regroupés au sein du réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart en France, ont révélé en novembre 2018 la deuxième saison des Football Leaks, la plus grande fuite de l’histoire du journalisme. Plus de 70 millions de documents obtenus par Der Spiegel, soit 3,4 téraoctets de données, ont été analysés pendant huit mois par près de 80 journalistes, infographistes et informaticiens. Corruption, fraude, dopage, transferts, agents, évasion fiscale, exploitation des mineurs, achats de matchs, influence politique : les Football Leaks documentent de manière inédite la face noire du football.

Comme pour la première saison des Football Leaks, Mediapart et l’EIC ont choisi de partager les documents avec Mediacités. Nous avons aussi recueilli des documents et des témoignages inédits qui ne figurent pas dans les Football Leaks.

Le lanceur d’alerte Rui Pinto, principale source des Football Leaks, a été arrêté mi-janvier en Hongrie. Un tribunal de Budapest a ordonné, le 5 mars, son extradition vers le Portugal, son pays, qui le soupçonne de vol de données et de « tentative d’extorsion ». Il a fait appel de cette décision.

Deux mois avant son arrestation, Rui Pinto avait commencé à collaborer avec le parquet national financier (PNF), à qui il a remis 12 millions de fichiers informatiques issus des Football Leaks.

Le PNF a lancé le 19 février une procédure de coopération judiciaire européenne pour partager ces documents, lors d’une réunion d’Eurojust qui a rassemblé neuf pays.