Son voyage n’est pas passé inaperçu. Andréa Kotarac, conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes de la France insoumise (groupe RCES - Rassemblement citoyens écologistes solidaires) s’est rendu au forum économique international de Yalta, organisé du 18 au 20 avril en Crimée. Cinq ans après l’annexion de ce territoire ukrainien par la Russie, la conférence est un rendez-vous géopolitique majeur pour Moscou, qui met ainsi en scène son influence internationale.

Avec des centaines de participants d’Europe, d’Amérique latine ou d’Afrique, le forum de Yalta prend des allures de sommet des « non-alignés » sur la politique américaine. Il rassemble surtout une partie de la droite nationaliste européenne, complaisante à l’égard de Vladimir Poutine. Côté français, l’ancienne députée FN Marion Maréchal, bien connue des Lyonnais pour y avoir installé son école (lire notre enquête à ce sujet), faisait partie des invités, tout comme Thierry Mariani (ex-Les Républicains, candidat sur la liste Rassemblement national aux élections européennes).

« Sur la nécessité de s’allier à la Russie, je suis d’accord »

Un marquage très à droite qui n’a pas empêché Andréa Kotarac de faire le déplacement. « Je ne suis pas d’accord avec Mariani et Maréchal sur de nombreux sujets. Mais sur la défense de la souveraineté nationale et sur la nécessité de s’allier à la Russie, je suis d’accord », a expliqué l’ancien candidat LFI aux législatives 2017 dans la 7e circonscription du Rhône (Bron, Rillieux, Vaulx-en-Velin…), interrogé par Le Monde. Et de préciser : « Je suis venu pour dire qu’une partie de la gauche française ne considère pas la Russie en ennemi, bien au contraire ». Une analyse défendue également auprès du média russe Sputnik News, dans lequel Andréa Kotarac se dit partisan d’une France « ni pro-russe, ni pro-américaine, simplement indépendante et qui gère ses intérêts sur le continent européen en partenariat avec la Russie ».

https://twitter.com/AndreaKotarac/status/1119276700603486214

Cette position a valu à l’élu lyonnais des réactions indignées de blogueurs et une interpellation de Raphaël Glucksmann, tête de la liste Place Publique-PS-Nouvelle Donne pour les européennes. Ce dernier a pointé dans L’Obs la présence d’Andréa Kotarac à un forum auquel étaient invités « les représentants de tous les partis nationalistes et fascisants européens », à l’instar du Vlaams Belang, parti d’extrême-droite néerlandais. « Pourquoi ? Comment le justifier ? », s’interrogeait l’essayiste.

Présenté parfois comme un « conseiller » de Jean-Luc Mélenchon sur les questions internationales, Andréa Kotarac était-il présent à Yalta à la demande de La France Insoumise ? Contacté par Mediacités, l'élu de la région Auvergne-Rhône-Alpes indique ne pas souhaiter s’exprimer sur le sujet. « Je n’ai aucun problème à parler du fond, mais nous sommes en pleine campagne électorale et on attaque frontalement La France Insoumise. J’ai fait le choix de rester silencieux », justifie-t-il. A quelques semaines d'un scrutin européen, l'occasion était pourtant belle de débattre sur l'attitude à adopter vis-à-vis de la Russie.

Le malaise est palpable également du côté d’Eliott Aubin, premier adjoint au maire du 1er arrondissement de Lyon et figure locale de La France Insoumise: « Je ne souhaite pas commenter, c’est son choix et je n’ai pas échangé avec lui sur ce sujet. »

« Jean-Luc Mélenchon n’a pas de conseiller international. Ni Andréa Kotarac, ni un autre »

La direction nationale de La France Insoumise se montre plus bavarde. « La présence d’Andréa Kotarac au sommet de Yalta organisée par la Russie à l’occasion des cinq ans de l’annexion de la Crimée est une initiative personnelle qui ne reflète pas la position de LFI sur ces questions », fait savoir le service presse à Mediacités. Et de préciser : « Jean-Luc Mélenchon n’a pas de conseiller international, ni Andréa Kotarac, ni un autre. » Une réponse en forme de recadrage.

Analyses divergentes sur la Crimée

Sur le fond, les positions de La France Insoumise et d'Andréa Kotarac divergent surtout sur la question de l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Le parti en appelle à une conférence internationale « sous l’égide de l’ONU » pour régler le « litige frontalier » entre la Russie et l’Ukraine. Tout en estimant que cette annexion a été décidée « en réaction » aux manœuvres des Etats-Unis, qui n’auraient soutenu la « soi-disante “révolution” ukrainienne » que dans le but de favoriser « une extension agressive de l’OTAN vers les frontières de la Russie ». 

Une analyse plus nuancée que celle d’André Kotarac. Interrogé en mars dernier par la chaîne Russia Today « à l’occasion de la célébration des cinq ans du rattachement de la péninsule à la Russie », ce dernier estimait que « les Européens [devaient] acter le fait que la Crimée appartient à la Russie ».

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).