Elections 2020C’est parti pour de bon. Après une semaine riche en rebondissements sur le terrain politique lyonnais, David Kimelfeld tenait officiellement son premier meeting de campagne ce mercredi 16 octobre. Les observateurs feront remarquer qu’il n’en est pas à son coup d’essai. En avril, le président sortant de la Métropole, candidat à sa succession, réunissait ses partisans à la Comédie Odéon. Et en juin, il battait le rappel à Vaulx-en-Velin, sous le chapiteau du cirque Imagine. Il ne s’agissait donc que de séances d’échauffement… Jusqu’au coup de sifflet final le 22 mars prochain, les réunions publiques s’enchaîneront. Des passages obligés pour les candidats des élections municipales ou du scrutin métropolitain, qui mettront en scène leurs propositions et leur personnalité. Mais aussi de véritables épreuves sportives, mentales autant que physiques. C’est donc ainsi que nous avons choisi de vous faire vivre ces moments cruciaux de la campagne électorale.

Bidule foot1LE TERRAIN

Pour ce coup d’envoi, « DK » – le staff a décidé de jouer à fond sur les initiales du candidat, du logo à l’adresse du site de campagne « www.dk2020.fr » – a choisi l’école Emile Cohl, dans le 3e. Un terrain en zone amie : la maire de cet arrondissement Catherine Panassier (MoDem) joue dans l’équipe Kimelfeld. Elle sera l’une des premières à prendre la parole pour un mot de bienvenue qui frisera le hors-jeu, ou plutôt le hors-sujet, en évoquant… son bilan. Dans le hall du célèbre établissement privé d’enseignement de dessin et d’art a été dressée une scène encadrée de deux écrans. Décor bleu et jaune. Et tireuses à bière au fond de l’espace comme dans tout bon stade qui se respecte.

Bidule foot 2L’AMBIANCE EN TRIBUNES

Ils étaient 300 à la Comédie Odéon, 600 au cirque Image. « Et on me dit que nous sommes plus de 1000 ce soir ! », s’enflamme la conseillère métropolitaine Sarah Peillon, chargée de chauffer la salle pendant l’avant-match. Une partie des troupes des « Jeunes avec Macron » du Rhône, en passe de devenir « Les Jeunes avec DK » vu que LREM a préféré Gérard Collomb à leur champion, sont massés devant l’estrade. Ils assurent le clapping au son de « David, David… ». Parmi eux, Augustin Michaely, leur référent fraîchement débarqué par les instances parisiennes du parti. Il fait figure de buteur de la semaine pour avoir, la veille, méchamment taclé Gérard Collomb dans un communiqué. Il figurera en bonne place sur la photo finale, derrière David Kimelfeld.  

A la tribune VIP, on aperçoit l’ancien directeur de Forum réfugiés et ex-vice-président du Grand Lyon Olivier Brachet, le premier adjoint de Villeurbanne investi par LREM Prosper Kabalo ou encore l’adjoint à la Culture du maire de Lyon Loïc Graber. Mais celui qui fait tourner toutes les têtes, c’est Georges Képénékian. Deux jours auparavant, le premier adjoint de Lyon est entré sur le terrain électoral : il briguera l’hôtel de ville de la place de la Comédie, contre l’avis du capitaine Collomb et en portant un maillot à ses propres couleurs. « Je demeure profondément un soutien d’Emmanuel Macron », a déclaré « Képé » dans Tribune de Lyon, mais il ne sollicitera pas l’investiture LREM. Sa présence ce soir-là entérine définitivement son soutien au dissident David Kimelfeld. Il ne prendra pas la parole mais montera sur scène à la fin de la rencontre.     

Bidule foot3LE DISPOSITIF TACTIQUE

Le schéma de jeu s’appuie sur une équipe de fidèles. Sur le banc de touche, Jean-Michel Daclin, ancien président de l’office de tourisme bombardé directeur de campagne. Côté ligne défensive, David Kimelfeld peut s’appuyer sur des collaborateurs venus prêter main forte. Son chef de cabinet adjoint Étienne Roche garde un œil sur tout, jamais loin de la scène. Simon Labouyrie, le nouveau responsable du service presse de la Métropole, sillonne l’assistance, dans laquelle on croise son adjoint Nicolas Pérez et sa collègue Magali Desongins, ou encore la cheffe de cabinet Anna Dedieu. Chargé de ratisser les ballons et de distribuer les dossiers de presse, l’ancien journaliste Jacques Boucaud s’active à l’entrée. Au centre du jeu, Sarah Peillon tient le micro et fait la passe aux soutiens qui se succèdent à la tribune.

Bidule foot 6

LA COMPOSITION DE L’EQUIPE

C’était bien évidemment l’enjeu de la rencontre. Où en est le mercato entre les clubs Collomb et Kimelfeld ? La réponse est arrivée à travers deux flopées de messages vidéo. Parmi eux, Michel Le Faou. Ce n’était plus qu’un secret de polichinelle, mais le Monsieur Urbanisme de la ville de Lyon et de la Métropole officialise son transfert. La séquence avec le député LREM Jean-Louis Touraine, derrière « Kim » depuis le début de l’année, fait grimper l’applaudimètre. La maire du 5e arrondissement Béatrice Gailliout y va aussi de son mot de soutien enregistré, ainsi que plusieurs responsables de comités d’En Marche. Une manière de montrer que, même sans l’investiture, David Kimelfeld garde dans son camp une partie du mouvement.

Sur scène, Jean-Luc Da Passano, maire d’Irigny dans le circuit depuis… 1995, enchaîne les dribbles : « A ceux qui nous donnent des consignes de Paris ou de Pau [référence au patron du MoDem François Bayrou], nous leur répondons que nous sommes capables de savoir par nous-mêmes ce qu’on veut faire ! » La balle passe ensuite à des profils d’ailiers gauche, la maire socialiste de Feyzin Murielle Laurent ou l’élu villeurbannais Didier Vullierme, qui vient de claquer la porte du PS. Un but à droite avec ce représentant d’une association de la Croix-Rousse : « On m’avait dit : "Méfie-toi de David Kimelfeld, il vient de la gauche, il n’aime pas les bourgeois". Ce n’est pas vrai ! »

Côté société civile, s’avance Marc Uhry, spécialiste du mal-logement, ancien responsable de la fondation Abbé-Pierre. D'abord il temporise : « C’est la première fois que je me prête au jeu d’une écurie politique ». Mais c’est pour mieux passer à l’attaque : selon lui, l’arrivée de David Kimelfeld à la tête du Grand Lyon a mis fin à « une gouvernance contractée » et à « une forme de surplomb » sur les territoires alentours. A l’offensive aussi, la maire du 7e arrondissement Myriam Picot : « Oui, il est possible de diriger une grande collectivité sans autoritarisme ». Le député LREM Thomas Rudigoz chausse ses crampons pour l’une des dernières interventions avant le discours du patron : « Marcheur de la première heure, je me sens très bien dans mes baskets avec David Kimelfeld ».

Bidule foot 5LE RÉSUMÉ DE LA RENCONTRE

Des piques à son ancien mentor, la confirmation d’une ligne politique et peu – voire pas – de surprises en termes de propositions… Voilà, en substance, comment on pourrait résumer la prestation d’une quarantaine de minutes de David Kimelfeld. Sur la forme, micro serre-tête, le président démarre par une longue foulée de remerciements, qui vire au name dropping. Sur le fond, il confirme le discours tenu depuis des mois : l’attractivité de la Métropole ne doit pas se faire au détriment des habitants. Sur le prix du logement : « Oui, il faudra réguler le marché immobilier », martèle-t-il, mais sans dire comment, et il ressort une punchline déjà éprouvée : « Je refuse d’être le président des 10 000 euros le mètre carré ».

Sur les déplacements, il confirme sa promesse de « doubler le budget du Sytral [le syndicat des transports en commun] ». Sur le plan social, il cite les Gilets jaunes – « Il faut les écouter et surtout les entendre » – puis invoque le souvenir de Jacques Chirac en reprenant « la fracture sociale » devenue, selon « Kim », une « fracture des territoires ». Référence également à François Mitterrand quand le candidat déclare que « si on veut changer la vie, il faut changer la ville ». Mais le jeu de l’ancien chef d’entreprise ne rentre pas dans les détails. « Je serai le président du quotidien mais aussi le président des grands projets métropolitains », botte-t-il en touche. Dont l’Anneau des sciences ? David Kimelfeld prend soin d’éviter l’épineux dossier du périphérique ouest, casus belli avec les écologistes, et préfère rappeler qu’il a limité à 70 kilomètres/heure l’actuel périphérique et enclenché la piétonisation de la Presqu’Île.       

Bidule foot 4

LES TACLES

Tous dirigés – évidemment – contre le maire de Lyon, celui dont le nom ne fut pas prononcé une seule fois au micro. « Je ne suis ni naïf, certains l’ont cru trop longtemps, ni un doux rêveur », glisse David Kimelfeld avant de dégommer, les deux pieds décollés du sol, « ceux qui ont une vision dépassée et refusent le débat ». Un dernier tacle dans la zone « environnement » déclenche les applaudissements : « Ce n’est pas suffisant de verdir son discours ou une rue aussi célèbre soit-elle ». Allusion aux pots de fleurs disposés par Gérard Collomb rue du Président Edouard Herriot. Sans craindre la contradiction, il conclut en affirmant « ne pas souhaiter entrer dans la controverse (…). Je ne ferai campagne contre personne ».   

Bidule foot1LES ABSENTS

Aucune trace de la députée LREM Anne Brugnera, pourtant ralliée au président du Grand Lyon depuis des mois. Il faut dire que quelques heures avant le meeting, l’élue avait annoncé qu’elle retirait sa candidature à l’investiture de son parti pour l’élection municipale lyonnaise. Face à l’annonce de Georges Képénékian, aussitôt soutenue par David Kimelfeld, la parlementaire a déclaré forfait.

A noter aussi l’absence, dans les discours, des adversaires politiques de David Kimelfeld, outre, bien entendu, Gérard Collomb. Pas un mot, ni même une allusion ou un sous-entendu, sur les autres candidats officiellement en lice pour l’élection métropolitaine que sont le LR François-Noël Buffet et l’écologiste Bruno Bernard. Comme si le match du Grand Lyon se résumait au duel entre le baron et son ex-dauphin.

Bidule commLES COMMENTAIRES DE LA PRESSE

Pour Le Progrès, « David Kimelfeld joue la différence ». Il « a déclamé un discours le présentant comme le candidat de la rupture. Évidemment, la rupture par rapport à son prédécesseur, considère le quotidien. Mais les deux se plaisent à entretenir une opposition un peu factice ». Pour Lyon Capitale, le président sortant du Grand Lyon s’est calqué « sur la grande marche d’Emmanuel Macron » et « s’est posé en alternative crédible [au modèle] de Gérard Collomb ».

Avec « ce meeting de l’axe anti-Collomb », dixit Libération, David Kimelfeld « refuse de se plier à l’arbitrage rendu par Emmanuel Macron lui-même », souligne Le Monde : « Il ne veut rien savoir ». « Le meeting s’est achevé par une photo de groupe avec les députés LREM Thomas Rudigoz et Jean-Louis Touraine à ses côtés, note le quotidien du soir. Une façon de se mettre en scène au cœur d’une famille macroniste lyonnaise déchirée… »   

« Une démonstration de force », commente pour sa part France 3. « Kimelfeld se différencie en misant sur sa personnalité et, surtout, sur sa méthode de travail, selon la chaîne publique. Désormais, la perspective d’un arrangement entre les deux candidats rivaux [Gérard Collomb et David Kimelfeld] semble totalement hors de portée. »