Connaîtra-t-il la même fortune à Vénissieux ? Après seize années à la tête de Feyzin, le député LREM Yves Blein s’attaque, pour ces municipales, à la citadelle communiste, troisième commune de la métropole (66 000 habitants). Il a réuni derrière lui une coalition hétéroclite mêlant des socialistes, les marcheurs, l’UDI et les partisans de Valérie Pécresse [(re)lire L’Œil de Mediacités du 3 décembre dernier]. Et jusqu’à présent, les urnes ont toujours souri à cette ancienne figure du PS.

Elu maire de Feyzin en 2001, Yves Blein a été réélu dès le premier tour, d'abord en 2008 avec 59,4% des voix, puis, en 2014, avec… 74% des suffrages exprimés. Des scores à écœurer ses opposants ! L'UMP Jean-Pierre Communal-Haour (20% en 2008), s'est d’ailleurs retiré des municipales de 2014 quelques semaines avant le scrutin. Quant au divers droite Christophe Charles (19% en 2008), il est bien devenu maire cette année-là, mais dans le village de Luzinay. Ce n’est que forcé par la nouvelle loi interdisant le cumul du mandat de premier édile avec celui de parlementaire qu’Yves Blein quittera, en 2017, l’hôtel de ville de Feyzin, après sa réélection comme député de la 14e circonscription du Rhône, face au frontiste Damien Moncheau, avec 65% des suffrages.

Plus de 20 millions d’euros de dettes

finances-picto2Les électeurs ne sont pas les seuls à plébisciter Yves Blein. Les banques l’apprécient aussi particulièrement, comme Mediacités l’a découvert en se plongeant dans les finances de Feyzin. Sous ses mandatures, la petite ville de 10 000 habitants s’est révélée exceptionnellement rémunératrice pour elles. Entre la fin de l’année 2000 et la fin de 2017, la dette de la commune a été multipliée par quatre, de 5,2 millions d'euros à 21,8 millions. Le ratio de désendettement (qui mesure le temps que mettrait une collectivité à rembourser intégralement ses dettes en y consacrant toutes ses ressources disponibles) s'est, en toute logique, beaucoup dégradé. Il dépassait dix ans et demi à la fin de 2018, alors que la sagesse budgétaire conseille de rester entre trois et six ans.      

Y a-t-il pour autant péril en la demeure ? Non, car Feyzin abrite une des plus grandes raffineries de France, ainsi que le groupe Spie Industrie. Même si la contribution économique territoriale (ex-taxe professionnelle) est désormais perçue par la Métropole de Lyon, la redistribution avantage encore, et de manière significative, les communes qui ont des entreprises sur leur sol. Bref, Feyzin a de l'argent et reste à l'abri de la banqueroute. 

« On a plutôt fait des bonnes affaires »

Reste que la ville avait les moyens de vivre sans dette, à l’instar d’Ecully par exemple (qui abrite SEB et BASF, entre autres). Son ancien maire Yves Blein a, au contraire, choisi de recourir massivement au crédit, emprunts toxiques compris. La commune en avait contracté trois. Ils ont été renégociés avec la banque Dexia en 2007. Mais à quel prix… Selon un rapport de 2017 de la Chambre régionale des comptes (CRC), Feyzin a dû concéder à Dexia une indemnité de 4,9 millions d'euros en 2016.

finances-pictoS'y ajoute, toujours selon la CRC, 5,4 millions d'intérêts payés par Feyzin à ses créanciers, pour la seule période 2010-2015. Soit, en six ans, plus de dix millions d'euros versés aux banques. Après une rapide division, la somme équivaut à 1000 euros par habitant… le coût d'un petit collège ou d'une grande piscine municipale. 

« On a plutôt fait des bonnes affaires, lançait Yves Blein lors d’un conseil municipal, en septembre 2011, alors que l'opposition l'interrogeait sur ces prêts structurés. Nos emprunts ne sont pas toxiques. (…) Nous avons une dette peu coûteuse. » Nous ne saurons pas si, neuf ans plus tard, il pense toujours la même chose : malgré nos sollicitations répétées et un rendez-vous téléphonique non honoré, le député de la majorité n’a pas trouvé le temps de répondre à Mediacités au moment de notre bouclage, ce mardi 3 mars à 20 heures.

Des impôts locaux 45% au-dessus de la moyenne 

Est-ce le signe d'un changement d'époque ? Entre 2017 et 2018, sous la houlette de Murielle Laurent (PS), maire sortante candidate à sa réélection, Feyzin a diminué ses dépenses de près de 500 000 euros, soit grâce à des transferts de compétence à la Métropole, soit grâce à des économies. Celles-ci ne suffiront peut-être pas à assainir la situation. Les impôts locaux (taxe foncière et taxe d'habitation) ont grimpé de 10% entre les élections municipales de 2014 et la fin de l’année 2018. À 668 euros par an et par habitant, ils sont supérieurs de 45% à ceux des communes de taille comparable.

Où est passé cet argent ? « On ne sait pas », répond Daniel Thévenet, à la tête de la liste « Feyzin citoyen 2020 », qui rassemble le PC et la France insoumise. « Les bâtiments de la crèche municipale et des écoles sont en triste état. Une de nos premières mesures, si nous gagnons, sera de renégocier les taux de nos emprunts. La deuxième sera de lancer un audit sur les finances communales », promet le candidat.

« Des hausses de frais de personnel et des diminutions d'effectifs simultanées »

Un audit mettrait sans doute en évidence la montée lente mais incessante des frais de personnel. Compte tenu de ses rentrées abondantes, Feyzin n'avait aucune raison de tourner avec des équipes réduites. Lorsque Yves Blein est élu maire en 2001, la commune dépensait environ 500 euros de plus par an et par habitant que la moyenne des villes de taille comparable en frais de fonctionnement (1292 euros contre 790 euros). L'écart est passé à 850 euros en 2017, année où il lâche les rênes (1886 euros contre 1037 euros).

finances-picto3Une hausse constante, année après année, sans création de service au public supplémentaire. « Au contraire !, souligne Mireille Sanchez, ex-colistière d'Yves Blein de 2001 à 2008, aujourd'hui sur la liste de Daniel Thévenet. Il y cinq ou six ans, Yves Blein a décidé de diviser par deux les effectifs de la police municipale. » Dans son rapport, la Chambre régionale des comptes l’aborde : en 2014, le service en question « a été redimensionné, passant de dix à six agents ». « Ce n'était pas forcément une mauvaise idée selon nous. Notre préférence va à la police nationale, reprend Mireille Sanchez. Mais des hausses de frais de personnel et des diminutions d'effectifs simultanées doivent être expliquées. »

Nouvel horizon, autre option. Candidat à la mairie de Vénissieux, Yves Blein a inscrit dans ses engagements de campagne le doublement des effectifs de la police municipale. La commune pourrait se le permettre : elle affiche un ratio de désendettement très raisonnable, de trois années et demi. Pour le moment…

>> A retrouver prochainement notre enquête : « Gestion communale : les bons et les mauvais élèves de la Métropole de Lyon »

Mise à jour, 4 mars, 18h15 - Suite à la publication de notre article, Yves Blein nous a livré la réaction suivante : « L'endettement a augmenté lorsque j'étais en fonction et je l'assume. Nous avions des projets à financer : deux écoles, la rénovation du Fort, la requalification des Razes [une école]. Fallait-il le faire sur fonds propres ? Feyzin a des ressources propres 75% supérieures à la moyenne des communes de taille comparable, c'est exact, mais l'argent commençait à devenir bon marché quand ces projets ont émergé. Ils seront amortis sur 15 ou 30 ans, le recours à l'emprunt me paraissait justifié. Nous partions d'un endettement très faible.

« J'ai effectivement déclaré en conseil municipal en 2011 que nous n'avions pas d'emprunt toxique. Je faisais allusion à un emprunt en particulier, qui était à taux fixe. Par ailleurs, les comptes de la commune montrent une baisse très significative du ratio d'endettement l'an dernier. Il devrait tomber à sept années dans les comptes arrêtés au 31 décembre 2019.

« En ce qui concerne la police municipale, je l'ai créée en 2001 à Feyzin, et j'ai décidé ensuite de diviser son effectif par deux, dans un contexte particulier : la ville passait de zone gendarmerie en zone police nationale. Nous étions assez mal couverts par la gendarmerie car Feyzin était rattachée à la brigade de Saint-Symphorien, en charge de plus d'une vingtaine de communes. Passer en zone police nationale a diminué les besoins en policiers municipaux. Nous n'avons pas remplacé les départs en retraite. En ce qui concerne Vénissieux, où je me présente aux municipales, la situation est différente. Je propose de doubler les effectifs (34 agents pour 65 000 habitants) afin d'arriver à un ratio d'un policier municipal pour 1000 habitants. C'est nécessaire pour lutter contre le trafic de drogue, en particulier. »