Trois maires d’arrondissement. Trois poids lourds des années Collomb. Trois anciens piliers d’un système en train de s’effondrer. Ce lundi 22 juin, Grégory Doucet, candidat EELV à l’hôtel de ville de Lyon, met en scène, devant la presse, le soutien que lui apportent Bernard Bochard, premier édile du 9e, Thierry Philip, à la tête du 3e jusqu’en 2018, et Christian Coulon, patron historique du 8e. Ce dernier est excusé car « souffrant ». Les deux autres justifient leur présence au QG de campagne des écologistes au nom de la cohérence.

« Mon ralliement est d’une grande banalité », s’excuse Thierry Philip : il présidait le comité de soutien de la socialiste Sandrine Runel, qui a fusionné avec EELV. « Ma position est atypique », admet Bernard Bochard : il candidate malgré lui aux municipales et aux métropolitaines sur les listes de Gérard Collomb, avec lequel il a rompu au moment de l’accord avec Les Républicains.

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Bernard Bochard et Thierry Philip (à droite). Photo : NB/Mediacités.

De « Gégé » à « Greg » - le diminutif qu’utilisent les colistiers comme les collaborateurs de Grégory Doucet -, Lyon est-elle vraiment en train de basculer ? Après avoir plié le premier tour avec 28,5% des voix, après avoir rassemblé toute la gauche, Nathalie Perrin-Gilbert comprise, après avoir engrangé des ralliements jusqu’au sein de la Collombie historique (le trio cité plus haut, le député ex-LREM Hubert Julien-Laferrière...), le champion des Verts aborde le second tour des municipales, ce dimanche 28 juin, en ultra-favori.                    

Qui pourrait l’empêcher de devenir le prochain maire de Lyon ? Yann Cucherat, le poulain de Gérard Collomb contraint à un numéro de duettiste avec l’ex-candidat LR Etienne Blanc, mène une campagne plombée par les divisions et les défections. Quant à Georges Képénékian… Malgré un discours axé sur la santé avant même la crise du coronavirus, l’ancien médecin, premier adjoint sortant, peine à faire entendre sa voix, pris en étau entre ses deux adversaires.

Une victoire de Grégory Doucet, 47 ans en août - soit vingt-six de moins que Gérard Collomb -, ne marquerait pas seulement une rupture politique et générationnelle. Elle symboliserait un changement d’époque. Alors que l’actuel maire de Lyon a mis plus de vingt ans à conquérir la ville, en cochant tous les mandats ou presque (conseiller municipal d’opposition, conseiller communautaire, député, conseiller régional, sénateur), son probable successeur n’a jamais été élu. Qui le connaissait il y a six mois encore ?

Un CV à faire rêver tout communicant politique

« Son déficit de notoriété, qu’on voyait comme un handicap au départ, s’est avéré être une force, analyse Fanny Dubot, tête de liste écolo dans le 7e arrondissement. Les gens n’attendent plus de voter pour un ancien parlementaire ou conseiller général. » Grégory Doucet affiche un CV bien différent. À faire rêver tout communicant politique… Après une enfance en banlieue parisienne (Les Ulis, Essonne), une école de commerce à Rouen et des premières années professionnelles dans le social (auprès de détenus en milieu carcéral, puis des gens du voyage), il mène carrière dans l’humanitaire.

Expatriation aux Philippines (4 ans) - « où les merveilles de la nature côtoient l’enfer sur terre avec les bidonvilles de Manille », dit-il -, puis au Népal (2 ans). À son retour en France, il pose ses bagages quelques mois à Corbeil-Essonnes avant d’intégrer Handicap international, acteur clef et lyonnais du secteur, chargé des opérations en Afrique de l’Ouest. S’enchaînent la guerre au Mali, la crise au Sahel, l’épidémie Ebola. « Quelqu’un qui travaille chez Handicap ne peut pas être mauvais, convient son concurrent Georges Képénékian. C’est d’ailleurs ce que je lui ai dit quand nous nous sommes vus après le premier tour [lire plus bas]. »

Ce parcours de gendre idéal fait mouche auprès des journalistes. « Il passe bien dans les médias, on ne manque pas de sollicitations », se réjouit-on dans son équipe de campagne. Il faut dire que l’écologiste présente de réels talents d’orateur. Un brin professoral, Grégory Doucet, qui a suivi des cours de mediatraining, s’exprime souvent sans notes, toujours avec aisance. Ce qui contraste avec son binôme Bruno Bernard, en lice pour la présidence de la Métropole. L’un comme l’autre se disent « complémentaires ».

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Grégory Doucet, le 3 juin 2020. Photo : NB/Mediacités.

Dans l’entourage du candidat à la mairie, on rivalise de louanges. « Il a du charisme, sait être convaincant », décrit l’écologiste Patrick Odiard, colistier dans le 8e arrondissement. « Il sait détecter les qualités et le potentiel de chacun », estime la conseillère municipale et métropolitaine Emeline Baume (EELV). « Il fonctionne de façon très collective. Il écoute mais est capable de trancher. L’ordonnancement des listes, par exemple, s’est déroulé sans difficulté, raconte Audrey Hénocque, désignée future première adjointe en cas de victoire. Cela tient à la personnalité du chef : il a insufflé une ambiance qui a rejailli dans toutes les équipes. » « Grégory Doucet, c’est une sorte de révélation », s’emballe carrément Fanny Dubot.                    

« Il est porté par une idée et c’est grisant »

« Impossible de trouver à Lyon un ennemi intime de Grégory Doucet. Personne pour dégainer la petite phrase qui pique en connaissance de cause », écrivait Libération, il y a quelques semaines. De fait, son profil d’homme neuf en politique le met à l’abri des rancœurs et des vacheries. Tout juste son adversaire Yann Cucherat qualifie-t-il sa campagne de « démagogique ». « Il est porté par une idée et c’est grisant, égratigne à peine Georges Képénékian. Il est capable de vous dire : "Je suis là pour sauver le climat !" »

Pour autant, ne pas se fier à son image de perdreau. La candidature de Grégory Doucet est l’aboutissement d’un engagement de plusieurs années au sein d’EELV. Depuis quand pense-t-il à la mairie de Lyon sans se raser (il porte la barbe de trois jours) ? « Je me suis posé la question au moment des primaires du parti », assure-t-il. Soit l’an dernier. Parmi les Verts lyonnais, personne ne conteste cette présentation d’une ambition plutôt tardive. « Pendant la préparation des élections européennes [début 2019], nous avions évoqué ensemble les municipales, se souvient Emeline Baume. Il n’était alors pas du tout dans la perspective de devenir maire de Lyon. »

Grégory Doucet prend sa carte à EELV en 2007, après sa vie d’expat’. Mais entre le boulot et la famille (il a trois enfants), il ne s’implique dans son parti qu’à partir de 2014. Il candidate aux municipales, en position non-éligible, sur la liste du 8e arrondissement. Cette année-là, les écolos lyonnais vivent mal - c’est un euphémisme - l’accord au forceps conclu entre les deux-tours avec Gérard Collomb.

« Au lendemain de l’élection, Grégory a repris en main le groupe de militants du 8e, se rappelle Patrick Odiard. Et très vite, il a manifesté l’idée qu’on pourrait gagner la mairie d’arrondissement la fois d’après. À l’époque, cela semblait complètement utopiste ! » En 2017, le cadre d’Handicap international devient secrétaire d’EELV Lyon. À ce poste, il commence à mettre son parti en ordre de bataille pour les élections de 2020. « C’est le moment où je propose à mes collègues-militants le projet de gouverner la ville de Lyon. On décline alors un plan d’actions avec plusieurs axes de travail : comment choisir nos candidats ? Comment mobiliser autour de nous ? », raconte-t-il.

« Madame Z » fait pschitt

C’est le moment aussi où il manifeste une première ambition personnelle. L’humanitaire se porte candidat pour les législatives de 2017. Loupé : il n’est pas retenu. La faute à un accord entre EELV et le Parti socialiste. Deux ans plus tard, son nom apparaît sur la liste de Yannick Jadot aux élections européennes. Re-loupé : Grégory Doucet pointe à la 27e place. « Vu le nombre de personnes intéressées, ce n’était pas étonnant que je ne sois pas retenu en position éligible. Mais cela s’inscrit dans un parcours militant. J’avais ensuite envie de me frotter moi-même à l’exercice. Ma candidature aux primaires [pour les élections municipales] est devenue assez évidente », présente-t-il.

Les choses ne se sont passées aussi simplement. À l’époque, Grégory Doucet participe à « Madame Z », candidature, d’abord mystérieuse, censée tourner la page de l’ère Collomb. L’initiative est portée par le directeur de Sciences Po Lyon Renaud Payre [lire notre portrait : « Docteur Payre et Mister Renaud »]. Elle vise à bâtir une alliance entre les diverses composantes de la gauche et des écologistes avant le premier tour des élections. Mais elle braque nombre d’élus et de militants d’EELV. Bruno Bernard est contre. « On avait besoin de conquérir notre propre légitimité », confie aussi Etienne Tête, écolo lyonnais historique.

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Face au candidat écologiste, Yann Cucherat (ex-LREM, soutenu par LR et Gérard Collomb) et le premier adjoint Georges Képénékian. Photo : NB/Mediacités.

Surprise : après les Journées d’été 2019 d’EELV, Grégory Doucet lâche « Madame Z ». « La démarche, qui se voulait en dehors des partis, me semblait intéressante. Mais très vite, les étendards sont revenus », justifie-t-il. « Nous avons été plusieurs à l’alerter : il fallait rassembler sur le climat et non pas entrer dans une négociation entre appareils. Il a su changer de position, cela prouve son intelligence », considère Emeline Baume. « Par sagesse ou par nécessité, Grégory Doucet a accepté de se retirer de cette histoire. Y croyait-il vraiment ? », s’interroge Etienne Tête. « Ce n’est pas lui qui a rompu avec l’initiative. Cela venait de Paris : EELV voulait présenter un maximum de candidats autonomes », pense de son côté Sandrine Runel, partie prenante de « Madame Z ».

Le revirement de l’écologiste s’avère payant. Aux primaires, en septembre 2019, il écrase ses camarades Bruno Charles et Etienne Tête, tous deux élus sortants. « Lui n’était pas comptable de ce qui avait été fait dans les mandats précédents », commente Patrick Odiard. Déjà, l’atout de l’homme neuf.

« Ils font comme s’ils avaient déjà gagné »

Depuis, Grégory Doucet a renoué avec ses partenaires de « Madame Z » : pour le 28 juin, les écologistes ont scellé une alliance avec Renaud Payre et Sandrine Runel. Après une campagne de premier tour placée sous le signe de « la mobilisation citoyenne » et de la sociocratie [lire notre note annexe plus haut], place aux classiques négociations politiques ? Le candidat à la mairie obtient le ralliement de la maire du 1er arrondissement Nathalie Perrin-Gilbert, à laquelle il promet le poste d’adjointe à la culture. « C’est une prouesse d’avoir réussi à rassembler Renaud Payre et Nathalie Perrin-Gilbert », salue Etienne Tête.

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Nathalie Perrin-Gilbert et Grégory Doucet, le 3 juin 2020. Photo : NB/Mediacités.

Il discute, par ailleurs, avec Georges Képénékian - au lendemain du premier tour et après le déconfinement. Sans résultat. L’écologiste exige du premier adjoint qu’il sacrifie les députés de la majorité, Anne Brugnera et Thomas Rudigoz. Non négociable pour « Képé » : « À Lyon, on a toujours géré les choses indépendamment des clivages nationaux ! »

Dans la dernière ligne droite, Grégory Doucet distille des noms de son futur exécutif. « NPG » à la culture et Audrey Hénocque, première adjointe, donc, chargée des finances et de la commande publique. À Sylvain Godinot, tête de liste dans le 1er, la transition énergétique. Sandrine Runel est elle aussi assurée de devenir adjointe. La stratégie vise à faire passer le message aux électeurs que l’écologiste, qui a également déjà composé son cabinet, est prêt à gouverner dès le lendemain de l’élection. Mais elle donne l’impression d’un excès de confiance. « Ils font comme s’ils avaient déjà gagné. On n’est pas là pour distribuer des places et faire plaisir aux uns et autres. C’est de la tambouille et de l’arrogance », dézingue Yann Cucherat.                    

Écologistes conquérants sur les berges

Le soleil brille sur les berges du Rhône. Ce lundi 22 juin, Grégory Doucet et Bruno Bernard reçoivent la visite de Yannick Jadot. Il y a quelque chose d’ironique à observer les écologistes conquérants déambuler devant les (nombreux) micros et caméras sur l’une des réalisations phares de Gérard Collomb… Moins d’une semaine après le secrétaire national d’EELV Julien Bayou, c’est au tour du très médiatique député européen de venir s’afficher aux côtés des Lyonnais.                    

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Séance photo des écolos sur les berges du Rhône, le 22 juin. Photo : NB/Mediacités.

Comment Grégory Doucet est-il perçu par les cadres de son parti ? « Je le connais peu », avoue franchement Julien Bayou, si ce n’est que « c’est un gars sérieux ». Son prédécesseur, David Cormand, en poste jusqu’en décembre dernier, se montre plus prolixe. « C'est quelqu'un que je pense assez déterminé et solide. Il s'est donné les moyens d'y arriver. Il compte parmi ces nouveaux écolos qui assument le pouvoir, qui ne veulent plus se contenter d’être des contre-pouvoirs. La génération Doucet n'a pas ce complexe. » Même son de cloche du côté de Yannick Jadot, qui dit beaucoup apprécier « Grégory », sans, lui non plus, le connaître plus que cela : « Il a les deux jambes bien campées pour potentiellement prendre en charge la responsabilité qui est à portée de bulletin ».

Proximité géographique oblige, à l’échelle nationale, la candidature de Grégory Doucet est rapidement comparée au parcours d’Eric Piolle. A la tête de Grenoble depuis 2014, l’écologiste a frôlé la réélection dès le premier tour avec 47% des voix. Les deux hommes partagent des points communs : profil de manager (à Hewlett-Packard pour le Grenoblois ; à Handicap international pour le Lyonnais), même génération. « On parle la même langue, résume Grégory Doucet. Mais ce n’est pas mon mentor. » Ses adversaires brandissent volontiers le supposé contre-exemple grenoblois pour l’attaquer [lire dans L’Œil de Mediacités : « Sécurité : les mensonges et approximations du duo Cucherat-Blanc »].  

Il a toutefois échangé avec Eric Piolle sur le découpage des délégations au sein de son exécutif. « Mais je n’ai pas suivi le modèle grenoblois », précise-t-il. Eric Piolle se garde d’ailleurs bien de jouer les grands-frères. « Nous nous connaissons depuis un an. Je partage mes réflexions sur l’exercice du pouvoir. Mais il s’agit d’échanges, pas de conseils », confie le maire de Grenoble à Mediacités.

« Sa vision s’ancre clairement à gauche »

Au sein d’EELV, Grégory Doucet s’est jusqu’à présent maintenu à l’écart des courants et contre-courants. Pour la présidentielle de 2012, il avait voté, en interne, pour Nicolas Hulot plutôt que pour Eva Joly. « Je pensais à l’époque qu’il pouvait être un meilleur lobbyiste de la cause écologiste, mais j’ai ensuite fait la campagne d’Eva avec enthousiasme », explique-t-il.

Interrogé mille fois sur son positionnement politique, le candidat écarte le clivage droite/gauche. « Il n’est pas ou plus suffisant », considère celui qui préfère distinguer « ceux qui intègrent dans les politiques publiques la finalité des ressources de la planète et les partisans du statu quo et du conservatisme ». « Se dire de gauche ou de droite, c’est faire preuve de paresse, approuve le conseiller métropolitain EELV Pierre Hémon. Mais il a compris que l’écologie est porteuse de valeurs de gauche. » « Son projet est très axé sur l’écologie et l’urgence climatique tout en ayant une vraie fibre solidarité. Sa vision s’ancre clairement à gauche », juge la socialiste Sandrine Runel. David Cormand renchérit : « Pour lui, l’écologie est centrale, pas centriste ».

Le discours de Grégory Doucet colle à l’évolution et aux nouvelles ambitions d’EELV. « On assiste un peu au retour du "ni-droite ni-gauche", à l’idée que l’écologie n’est pas à marier, observe Etienne Tête, en citant la maxime d’Antoine Waechter. Cela tient au contexte politique qui a changé : le PS n’est plus en capacité de dominer. » Une victoire écologiste dans la deuxième agglomération de France aurait des répercussions au-delà de Lyon et une portée politique en vue des prochaines échéances électorales. Si EELV s’empare du berceau de la Macronie, « cela dira quelque chose de l’alternance possible », salive Yannick Jadot, candidat officieux à la présidentielle de 2022.

En attendant, la vague Doucet panique une partie du microcosme lyonnais. Un sentiment que Lyon People retranscrit à sa manière, caricaturale au point d’en être risible : le magazine l’a, entre autres, renommé « le candidat des bobos pastèques [vert dehors, rouge dedans] ». Ces derniers jours, c’est le chef Christophe Marguin, colistier aux métropolitaines du maire du 6e Pascal Blache, qui a qualifié de « connards » les électeurs d’EELV.

Contrairement à un Gérard Collomb, Grégory Doucet dit ne pas avoir cherché à séduire les réseaux lyonnais (de chefs d’entreprise, religieux, etc.) : « Je n’ai pas abordé la ville sous cet angle-là ». « Avant le premier tour, j’ai joué l’entremetteur avec un tas de gens qui cherchaient à le rencontrer, à le connaître, nuance Pierre Hémon. Ils avaient besoin d’être rassurés sur sa personnalité. » « S’il veut agir, il lui faudra apprendre le fonctionnement de Lyon, s’entourer de personnes qui en ont l’expérience, sinon il le subira », prédit Georges Képénékian.

« Lyon doit être au rendez-vous de l’Histoire », n’a eu de cesse de marteler pendant la campagne Grégory Doucet. Les urnes diront dimanche si « Greg » a rendez-vous avec les habitants de cette ville où il s’est installé il y a onze ans. « Ce choix n’était pas un hasard. J’allais avoir mon deuxième enfant. Je voulais m’enraciner dans une ville avec une qualité de vie importante, suffisamment grande pour avoir un accès la culture », confie-t-il. Le résultat, en quelque sorte, de la politique d’attractivité chère à… Gérard Collomb.

Associations environnementales sous le radar

L’histoire retiendra que la candidature de Grégory Doucet a émergé dans la foulée des Marches pour le climat, très suivies à Lyon. L’intéressé relativise son implication dans ce mouvement : « En suis-je l’incarnation ? Non. Je préfère rendre hommage à Alternatiba et d’autres qui en sont les vrais organisateurs ». « Il a été présent à toutes les marches, se souvient Sylvine Boucharon d’Alternatiba Lyon. Elles ont alimenté la vague verte. Ce n’est pas le cas dans nos rangs, mais il y a eu un recrutement massif d'adhérents EELV parmi les militants des assos. »

Enfin, pas partout : les associations agréées de protection de l’environnement sont restées étrangement loin du radar de Gregory Doucet. « Nous ne l’avons jamais rencontré », confirme Frédérique Resche-Rigon, trésorière de France nature environnement 69 (FNE-69). A défaut de connaître le candidat, la branche locale de l’ex-Frapna, s’est attachée à analyser point par point son programme. Si elle applaudit la diminution de la publicité, l’accent mis sur l’éducation populaire ou la culture, en revanche, « sur la biodiversité, nous restons un peu sur notre faim ».

Les militants de FNE-69 déplorent notamment le peu de propositions concrètes pour préserver les espaces non urbanisés : « Autant que planter, il faut protéger les espaces de nature sauvage qui existent encore à Lyon ». « Au-delà des insectes, il est aussi relativement peu question de faune sauvage en liberté, par opposition aux animaux sauvages captifs du parc de la Tête d’Or évoqués dans le programme », ajoutent-ils.

B.F.

Pour cet article, nous avons échangé avec une quinzaine de personnes. Parmi les écologistes, seul Bruno Charles, candidat aux primaires d’EELV en septembre dernier, n’a pas répondu à nos sollicitations. Grégory Doucet nous a reçus pendant une heure et demie, lundi 15 juin, dans son local de campagne, situé aux halles du Faubourg, dans le 7e arrondissement. Nous l’avons par ailleurs suivi lors d’événements de campagne (visite de Yannick Jadot, de Julien Bayou) et avons assisté à plusieurs conférences de presse de l’entre-deux-tours.

De ces semaines d’observation se dégage l’impression d’une grande confiance de la part des écologistes, renforcée par la curiosité que suscite, auprès des médias nationaux, cet inconnu en passe de ravir le trône d’un ancien ministre de l’Intérieur. Le candidat EELV a beau répéter « qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », il flotte comme une ambiance de victoire avant l’heure dans les rangs. « On y croit, mais il reste une marche à franchir », tempère Fanny Dubot, candidate à la mairie du 7e arrondissement.