L'histoire commence par un petit post Facebook, le 7 février dernier. Sur la page « Vivre Couzon », animée par l’opposition municipale du précédent mandat, sont publiées des photos de pelleteuses occupées à barboter dans ce qui fut jadis une friche boisée. Le chantier en question donne sur la départementale 51, qui longe la Saône et traverse du nord au sud la cossue commune de Couzon-au-Mont-d’Or, au niveau de l’avenue du Général De Gaulle. Un lien accompagne les clichés : il renvoie vers un article de blog, qui regrette le bétonnage de ce petit coin de verdure en bord de rivière pour quelques places de parking en plus.

Très vite, les commentaires fusent. Entre ceux qui soutiennent la création de places de stationnement, au nom du petit commerce et de la proximité du marché dominical, et ceux qui constatent que d’autres parkings sont désespérément vides, tels celui, tout neuf, de la gare, à cinq minutes à pied. La bataille du petit bois de Couzon ne fait que commencer… Pendant ce temps-là, les engins finissent d’aplatir les 1 800 mètres carrés de cette parcelle privée que l’équipe municipale avait annoncé, dès avril 2020, souhaiter transformer en parking de 30 places, agrémenté de bancs et de « bandes enherbées » (sic). Coût de l’opération : 139 000 euros.

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La parcelle avant d'être déboisée. Image satellite.

Le 14 février, nouveau post du blog « Vivre Couzon ». Il déplore, cette fois-ci, la totale absence de concertation de la part de la mairie autour de ce parking. Au passage, son auteur s’étonne que l’entreprise Razel-Bec, chargée du chantier, ait bénéficié d’une publicité pleine page dans le bulletin municipal à plusieurs reprises depuis 2016... Réaction quarante-huit heures plus tard de Patrick Véron, médiatisée le jour même dans Le Progrès : le maire de Couzon porte plainte pour diffamation, sans attendre le droit de réponse offert spontanément par l’auteur du texte de « Vivre Couzon », jusqu’alors passé inaperçu ou presque. Les gendarmes convoquent le blogueur, qui fait l’objet d’une procédure judiciaire [actualisation 26 mars : il a écopé d'un rappel à la loi avec mise à l'épreuve d'une durée de six ans].

Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Car la méthode Véron ne passe pas auprès des opposants municipaux et d’une frange de Couzonnais, qui reprochent au premier édile son peu d’appétence pour la concertation. Ce n’est pas nouveau : Mediacités vous avait notamment raconté, en janvier 2020, l’imbroglio de l’aménagement de deux immeubles de la rue Rochon, commercialisés par l’agence immobilière de David Thommegay, alors conseiller municipal délégué aux travaux. Le tout dans une opacité la plus complète, assortie d’une menace de plainte en diffamation proférée par le maire à l’encontre de notre journaliste ayant osé enquêter sur le dossier.

« Je ne savais pas qu’ils allaient couper tous les arbres, tout détruire »

Depuis, à la faveur des élections municipales de l’an dernier, Patrick Véron, réélu avec 56% des voix, s’est mis au vert - son programme promet la réalisation d’une passerelle « modes doux » sur la Saône - et a juré à ses administrés une concertation avant chaque projet de construction. « Nos projets seront TOUS examinés avec les Couzonnais », martelaient ses tracts électoraux [voir ci-dessous]. 

calendrier programme Veron 2020-26
Tract de la campagne électorale 2020 de Patrick Véron. Photo : B.Flipo.

Mais les réflexes ont la vie dure. Certes, Patrick Véron - qui n'a pas répondu aux sollicitations de Mediacités - présente son projet de parking aux Couzonnais durant la campagne, puis sommairement dans le bulletin municipal en janvier dernier. « Mais après, rien !, fustige l’élu d’opposition Benjamin Durand (EELV). Du jour au lendemain, on voit les bulldozers qui débarquent. On aurait pu au moins en discuter ! »

Le conseiller municipal contacte alors les propriétaires du bosquet. Ceux-ci tombent des nues. « Je n’étais pas du tout au courant qu’ils allaient couper tous les arbres, tout détruire, jusqu’à l’escalier du petit promontoire qu’il y avait sur notre terrain, confie à Mediacités Sandrine Tricaud. Dans la convention d’utilisation provisoire signée avec la commune, il est écrit noir sur blanc que nous devions faire un état des lieux et que le terrain doit être remis en état à l’issue de la convention [voir le document ci-dessous]. » Le texte engage les parties pour une durée de six ans, renouvelable par tacite reconduction.

convention

La propriétaire révèle à Mediacités ne pas avoir voulu vendre sa parcelle à la mairie, pour des raisons personnelles. Qu’à cela ne tienne ! La municipalité de Patrick Véron s’est soudain montrée très préoccupée par l’entretien du terrain de Sandrine Tricaud. « La mairie a appelé un jour mon frère [copropriétaire] en urgence, car la glycine dépassait du mur, près du trottoir », raconte-t-elle. Le directeur général des services (DGS) de la commune, Olivier Di Pietro, finit par leur proposer une convention d’utilisation provisoire, à titre gratuit, en échange de l’entretien de la parcelle. « Le terrain serait aménagé a minima sans toucher, autant que faire se peut, aux arbres », écrit par mail le DGS. Qu’on en juge par les photos ci-dessous…

« Il m’a fait comprendre que si je refusais, la mairie pourrait enclencher une procédure de préemption », poursuit Sandrine Tricaud. Redoutant cette éventualité et face à l’avalanche de mails de relance, les copropriétaires cèdent et signent à la rentrée 2019.

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La parcelle du parking avant et après travaux. Photos : DR.

Dossier en cours d’instruction à la Métropole

Le micmac ne s’arrête pas là. « Le chantier n’a fait l’objet d’aucune déclaration de travaux et aucun permis de construire n’a été affiché sur le chantier, dénonce Benjamin Durand. Or cette parcelle est définie dans le plan local d’urbanisme du Grand Lyon comme une zone "parc de loisirs". En quoi un parking est-il un espace de loisirs ? » Contactée, la Métropole indique que « le projet [de parking] est en cours d’instruction par nos services pour savoir s’il est compatible avec le PLU-H [Plan local de l’urbanisme et de l’habitat]. » Il vaudrait mieux vu que les travaux ont déjà commencé !

Un autre point préoccupe l’opposant municipal : « Le maître d’œuvre de ce parking est la société Evoke, la même qui est en train de réaliser le terrain de foot synthétique situé en face du futur parking ». Or le dirigeant de ce bureau d’études basé à Albigny-sur-Saône n’est autre que le vice-président du club de football de Couzon, Pascal Corbet. « Sans être forcément illégal, cela pose question d’un point de vue éthique », reprend Benjamin Durand. Mediacités a tenté, sans succès, de joindre Pascal Corbet.

En attendant la régularisation (ou pas) de son futur parking, Patrick Véron peut méditer la mésaventure survenue dans la commune voisine de Saint-Germain-au-Mont-d’Or. L’ancien maire Renaud Georges, proche de Gérard Collomb, avait construit un parking en bord de Saône, lui aussi controversé. « A titre provisoire », en attendant l’autorisation d’en construire un en silo de 500 places. Ironie de l’histoire, le rapporteur de la délibération du Grand Lyon autorisant, pour près d’1,5 million d’euros, la création de ce parking temporaire n’était autre que… Patrick Véron. Depuis, la nouvelle majorité écologiste de Saint-Germain-au-Mont-d’Or a abandonné l’idée d’un parking-relais de plusieurs centaines de stationnements. Et les places de stationnement « provisoires » se retrouvent régulièrement inondées par les eaux de la Saône…

Sollicité par Mediacités, d’abord par téléphone à plusieurs reprises puis directement en mairie de Couzon où nous nous sommes rendus le 11 mars dernier (en annonçant notre visite), puis enfin par mail, le maire Patrick Véron n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.


Erratum - Dans une des citations de l'opposant Benjamin Durand, nous avions initialement écrit que la société Evoke était maître d'ouvrage alors qu'elle est bien maître d'œuvre, le maître d'ouvrage étant bien entendu la mairie de Couzon. Nous présentons nos excuses à nos lecteurs pour cette confusion. Les fautifs iront faire un stage dans le secteur du bâtiment !  
La rédaction de Mediacités