C’est un petit tour de passe-passe qui risque de coller aux baskets de Daniel Valero, le maire (LR) de Genas, commune de 13 000 habitants à l’est de Lyon. Selon les informations de Mediacités, le parquet de Lyon vient d’ouvrir une enquête sur une opération immobilière conduite sous sa responsabilité. En cause : la vente d’une maison par la mairie à un promoteur local… qui l’a ensuite revendu au fils du maire. Une situation qui s'apparente à un conflit d’intérêts que la justice va tenter de démêler.

L’histoire commence en 2015. Cette année-là, le maire, élu depuis 2008 (et réélu en 2014 et 2020) décide de mettre en vente une maison située au 7, rue des Étangs, au nord de la commune. La bâtisse, une ancienne ferme, appartient depuis 2004 à la collectivité, qui avait prévu d’y installer un centre technique municipal. Trop coûteux, le projet sera finalement abandonné. Le principe de la vente est acté en conseil municipal.

Deux ventes en quelques mois

L’opération est intéressante : la maison jouxte le parc des Étangs de Mathan, un joli petit écrin de verdure, un peu à l’écart du centre-ville. L’ancienne bergerie nécessite de lourds travaux de rénovation, mais son potentiel est alléchant : un rez-de-chaussée habitable de 90 mètres carrées, mais aussi des dépendances et un grand étage aménageable, soit plus de 300 mètres carrés de bâti. Le tout sur une parcelle de 834 mètres carrés.

maison 7 rue des étangs, Genas, janvier 2021
La maison du 7, rue des Etangs, à Genas. Image : Google Street view.

Au total, six offres parviennent à la mairie, dont celle du fils du maire, Romain Valero. Mais c’est un promoteur local, la société Prestibat, qui remporte le marché en proposant un prix plus élevé, 220 000 euros. La vente est actée le 30 août 2018.

Fin de la partie pour le fils du maire ? Pas vraiment. En février 2019, quelques mois seulement après avoir fait l’acquisition de la maison, la société Prestibat la revend… à Romain Valero, pour la somme de 255 000 euros.

Signalement au procureur

La société Prestibat a-t-elle servi d’intermédiaire entre la mairie et le fils du maire ? C’est ce que pensent des citoyens de la commune qui ont signalé les faits au procureur de la République. Contacté, le parquet de Lyon confirme l’ouverture d’une enquête sur ce dossier.

Sollicité par Mediacités, Daniel Valero s’offusque : « Vous insinuez que Prestibat aurait joué le rôle “d’intermédiaire” entre la mairie et Romain Valero. Cette affirmation est fausse et gravement diffamatoire : jamais la ville pas plus que son maire n’ont demandé une telle chose à Prestibat, ni mis en place un tel et prétendu “stratagème”. »

Joint par téléphone, son fils Romain Valero coupe court aux questions : « Ça ne me concerne pas. J’ai déjà dû aller à la gendarmerie à cause de tout ça. » Et de nous renvoyer vers la mairie.

L’opération pose plusieurs questions. A commencer par le montant de la vente réalisée par la mairie, 220 000 euros. Le prix semble faible en comparaison d'autres opérations foncières dans la commune. Un terrain à bâtir de 410 mètres carrés situé quelques rues plus loin, plus petit et sans aucun bâtiment, a été vendu 209 000 euros en 2017. Une autre parcelle vierge, de 510 mètres carrés, a été cédée au prix de 215 000 euros en novembre 2018. Aujourd’hui la plupart des annonces disponible en ligne pour ces surfaces de terrain dans le même secteur de la commune, toujours sans maison, dépassent pour la plupart les 300 000 euros.

« A ma connaissance, ma famille n’a aucun intérêt d’affaires avec cette société »

Un faux procès, selon Daniel Valero, qui souligne que le bien a été évalué à 95 000 euros par France Domaines avant la vente. « Vu la taille de la parcelle, son enclavement, la vétusté du bâtiment, sa non-accessibilité, l’ampleur des dégradations (toits, plafonds, sols, murs, ouvertures… entièrement à changer), l’évaluation est assez exacte », estime le maire, pour qui la collectivité a au contraire réalisé une plus-value « très intéressante » en vendant l’ensemble 220 000 euros à Prestibat.  

Quant à la vente de Prestibat à son fils, Daniel Valero argue qu’il s’agit d’une vente « entre particuliers » dont la mairie n’a pas à s’occuper. Prestibat « agit comme bon lui semble », pointe l’édile. Interrogé sur ses liens avec le promoteur, Daniel Valéro affirme n’entretenir « à titre personnel aucune relation avec la société Prestibat » et indique que « à [ma] connaissance, [ma] famille n’a aucun intérêt d’affaires avec cette société ».

A Genas, Prestibat n’est cependant pas n’importe quel promoteur. Installée dans la commune, la société y a réalisé une dizaine de grosses opérations en dix ans, soit une bonne partie des projets sur le territoire de la collectivité.

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Une résidence construite à Genas par Prestibat. Image : capture d'écran site prestibat-immobilier.com.

Questions sur le rôle du promoteur

Habitué aux chantiers de grande ampleur, avec des constructions de petits immeubles comptant des dizaines d’appartements, Prestibat n’a pas réalisé l’opération du siècle avec la maison du 7, rue des Etangs, avec seulement 30 000 euros de plus-value lors de la revente. D’autant que l’entreprise ne semble pas avoir entrepris de véritables travaux de rénovation. De quoi s’interroger sur le rôle du promoteur dans cette affaire. Pourquoi avoir acheté pour revendre aussitôt sans réelle valeur ajoutée ? 

Contactée par Mediacités, la direction de Prestibat n’a jamais répondu à nos questions. A en croire Daniel Valero, le promoteur aurait réalisé des « plans de réhabilitation (…) ce qui constitue un investissement probablement non négligeable ». 

Reste une dernière curiosité dans ce dossier : le permis de construire de Romain Valero, déposé en mairie le 21 décembre 2018, a été signé le 8 janvier 2019. Un délai particulièrement rapide en période de fêtes de fin d'année... 

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).