Mais que se passe-t-il à Rillieux-la-Pape ? La simple absence, le 20 novembre dernier, d’Alexandre Vincendet à l’inauguration de l’exposition-événement du Louvre « Arts de l’Islam » qu’accueille la médiathèque de la commune a relancé la machine à rumeurs : le maire serait en garde à vue. Il n’en était rien. Mais le bruit colporté par des « personnes bien informées » en dit long sur la fébrilité qui a gagné la municipalité rilliarde. Depuis des semaines, élus, anciens élus et observateurs du microcosme bruissent des violences intrafamiliales présumées dont se serait rendu coupable le premier édile, par ailleurs président de la fédération LR du Rhône.

Qu’en est-il réellement ? Mediacités a pu vérifier et recouper certains faits. Selon nos informations, Alexandre Vincendet a été reconnu coupable, le 18 novembre 2020, de « violences sur mineur, sans incapacité, par un ascendant ». La victime est son fils, âgé aujourd’hui de 5 ans et demi. Les faits remontent à mars 2020.

Stage de responsabilité parentale

Cette condamnation n’a pas été inscrite au casier judiciaire du maire de Rillieux. Le tribunal judiciaire de Lyon l’a en revanche obligé à suivre un stage de responsabilité parentale, à effectuer à ses frais et sous six mois, sous peine d’une amende de 1200 euros. Alexandre Vincendet a assisté à un tel stage, prévu comme une mesure alternative aux poursuites judiciaires, au début de l’année 2021. Selon le code pénal, « le stage de responsabilité parentale a pour objet de rappeler au condamné les obligations juridiques, économiques, sociales et morales qu'implique l'éducation d'un enfant ». L’élu n’avait pas fait appel de sa condamnation pour, selon lui, « essayer de sauver [s]on mariage » [lire plus bas sa réaction].

Ce n’est pas tout. Comme nous l’a confirmé le tribunal judiciaire de Lyon, Alexandre Vincendet fait l’objet d’une autre enquête, en cours d’instruction [voir notre actualisation 7 décembre, 17h, à la fin de l'article], pour « mauvais traitements » et « violences sur mineur », pour des faits qui datent cette fois-ci de juin 2020 et qui concernent encore son fils. Enfin, toujours d’après nos informations, une plainte aurait été déposée en octobre dernier par son épouse Morgane Vincendet – le couple est en instance de divorce. Elle reprocherait à son mari de nouvelles violences sur leur fils. Le parquet de Lyon aurait classé la plainte sans suite, arguant que les faits ne « sont pas suffisamment caractérisés », après qu'Alexandre Vincendet a été entendu par des policiers à la fin du mois d’octobre. Contactés, les services du procureur de la République refusent de « communiquer nominativement sur des affaires de cette nature ».

« Oui, j’ai mis une fessée à mon enfant, une fois ! »

A plusieurs reprises, Mediacités est entré en contact avec Morgane Vincendet mais celle-ci a refusé de s’exprimer. Elle n’a pas non plus voulu nous communiquer le nom de son avocat. Nous avons en revanche échangé avec Alexandre Vincendet, le 23 novembre dernier. « Oui, j’ai mis une fessée à mon enfant, une fois ! », lâche-t-il quand nous l’interrogeons sur sa condamnation de novembre 2020. Avant d’accuser sa femme : « Je suis en train de divorcer et cela se passe très mal. Derrière, mon épouse essaie de me mettre la pression, de manipuler la procédure de divorce. »             

« Comme j’ai essayé de sauver mon mariage, j’ai joué le jeu, j'ai fait le dos rond, et il y a eu ce stage de parentalité, poursuit le maire de Rillieux. J’aurais pu aller au tribunal [contester sa condamnation], je ne l’ai pas fait. Aujourd’hui, j’essaie de protéger mon petit garçon. Je n'ai jamais violenté mon fils. Ce petit garçon, c’est toute ma vie. » A l’évocation de la deuxième procédure, Alexandre Vincendet se montre menaçant : « Si des choses sont publiées, je porterai plainte pour diffamation. J’ai fait condamner des personnes pour diffamation de nombreuses fois. »

Discours sécuritaire musclé

Elu maire à l’âge de 30 ans en 2014, Alexandre Vincendet a été reconduit à la tête de Rillieux-la-Pape l’an dernier, dès le premier tour. Dans cette ville de banlieue d’un peu plus de 30 000 habitants, l’ancien collaborateur de Jean-François Copé (à l’Assemblée nationale puis à la présidence de l’UMP) s’est construit l’image d’un élu inflexible, avec ses opposants comme avec certains adolescents de sa commune qu’il considère « délinquants » et envoie dans des camps paramilitaires.

Celui qui préside la fédération des Républicains depuis 2018 tient volontiers un discours sécuritaire musclé. Au printemps 2021, dans Le Progrès, il avait incité ses administrés qui connaissent des auteurs de violences urbaines à renseigner les forces de l’ordre. « Si dans leur voisinage ils entendent un père de famille violer son enfant ou passer à tabac sa compagne, ils n'appelleront personne ? », avait-il réagi quelques jours après que ses détracteurs lui avaient reproché de « faire l’apologie de la délation », rapportait LyonMag.com.

Après avoir manqué pour une poignée de voix de devenir député en 2017, Alexandre Vincendet a été investi par son parti pour candidater aux prochaines élections législatives de juin 2022 dans le 7e circonscription du Rhône.

Actualisation 7 décembre, 11h - Dans un communiqué diffusé sur Facebook et Twitter quelques heures après notre publication, Alexandre Vincendet annonce qu’il va porter plainte contre Mediacités. Le maire de Rillieux affirme également qu'« il n’y a aucune enquête en cours d’instruction concernant ma famille » et nous accuse « d'allégations mensongères ». Sollicité à nouveau ce mardi 7 décembre à 10 heures, le tribunal judiciaire de Lyon nous confirme pourtant qu'une procédure visant Alexandre Vincendet pour « mauvais traitements » et « violences sur mineurs » pour des faits datant du 17 juin 2020 est toujours « en cours d’orientation ». Concrètement, cela signifie que le parquet n’a pas encore décidé si cette affaire serait classée ou jugée. Mediacités maintient donc intégralement ses informations.

Actualisation 7 décembre, 15h20 - Le parquet de Lyon nous a confirmé la condamnation, le 18 novembre 2020, par le tribunal correctionnel de Lyon « dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité » d'Alexandre Vincendet à effectuer, à ses frais, un stage de parentalité pour avoir commis le 6 mars 2020 des faits de violences n’ayant entrainé aucune incapacité totale de travail sur mineur ». « L’intéressé a reconnu avoir commis ces faits de violences sur son fils âgé de 5 ans, à la suite d’une altercation l’ayant opposée à son épouse, précise le parquet. Le stage de parentalité a été réalisé par l’intéressé le 23 mars 2021. » 

Par ailleurs, le parquet confirme que suite à une plainte déposée par Morgane Vincendet, le 13 octobre 2021, une nouvelle enquête avait été ouverte pour « des chefs de violences volontaires par ascendant sur mineur de 15 ans ». « En l’absence d’éléments permettant de confirmer la réalité des faits dénoncés », la procédure a fait l’objet d’un classement sans suite le 30 novembre dernier.

Actualisation 7 décembre, 17h - D'après le parquet de Lyon, Alexandre Vincendet a fait l'objet de deux procédures : celle qui a abouti à une condamnation en novembre 2020 et celle, ouverte après la plainte du 13 octobre 2021, qui a abouti à un classement sans suite. Pour autant, ce matin même, les services du tribunal judiciaire de Lyon faisaient état d'une autre procédure « en cours d'orientation » pour des faits datant de juin 2020. « Très certainement, cette procédure a été jointe à la première [celle de la condamnation] et l'information n'a pas été transmise ou prise en compte par le greffe du tribunal judiciaire », nous a répondu le parquet dans l'après-midi, en nous promettant de confirmer ce point-là. Nous sommes toujours dans l'attente de son retour.

« Là, vous êtes sur de la vie privée », nous a reproché Alexandre Vincendet lors de notre échange. Pourquoi, à Mediacités, a-t-on alors fait le choix de publier l’information de sa condamnation ? Depuis des semaines, à Rillieux-la-Pape, la séparation des époux Vincendet et les violences présumées du maire au sein de sa famille alimentent les conversations dans le petit monde politique local. Celles-ci colportent leur lot d’informations fausses ou déformées, comme nous l’avons mentionné dans notre article. En bref, elle parasite la vie municipale de Rillieux-la-Pape. Face à ces désinformations, il nous a paru légitime, et pour tout dire salutaire, de publier les faits vérifiés dont nous avions connaissance.

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