C’est une image qui a marqué le début du quinquennat Macron. Le 7 mai dernier, au soir du second tour de l’élection présidentielle, on y voit le nouveau président et sa femme, bras levés, devant la pyramide du Louvre. Au milieu du couple, un homme, joues rondes, barbe de trois jours, sweat bordeaux et casquette US blanche s’incruste sur la photo. L’image, incongrue, fait immédiatement le tour des réseaux sociaux. « Mais qui est ce type à la casquette à côté de Macron ? » s’interroge-t-on. Ce type, c’est Morgan Simon, propriétaire de deux pizzerias à Nantes, engagé dans la campagne du nouveau président depuis son lancement et propulsé ce soir là sur la scène un peu par hasard.

Depuis ce quart d’heure de célébrité, le trentenaire est devenu un personnage clé d’En Marche en Loire-Atlantique, acteur de la campagne législative puis attaché parlementaire de la députée nantaise (LREM) Valérie Oppelt. Jusqu’à ce début de semaine, quand cette dernière lui demande de démissionner. Pourquoi ? Parce qu'une plainte pour agression sexuelle et harcèlement a été déposée contre lui, lundi, devant le procureur de la République de Nantes. Elle émane d’une autre attachée parlementaire , salariée du député de Vendée Philippe Latombe (LREM, lui aussi).

Une agression qui aurait été commise lors d'une soirée En Marche

Les faits remonteraient au 1er décembre 2016, en marge d'une réunion organisée par les Jeunes avec Macron (JAM) et le mouvement En Marche. A l'issue de l'évènement, la soirée se prolonge dans un lieu public, où, en présence d'une demi-douzaine de personnes, Morgan Simon aurait eu des gestes plus que déplacés. «A l'époque, même si je n'arrivais pas à oublier cette soirée, je ne qualifiais pas ces actes d'agression sexuelle. J'avais tendance à minimiser les mots à mettre dessus », confie la jeune femme dans un long entretien avec Mediacités.

La prise de conscience s'est faite progressivement. Avec le harcèlement d'abord, ces messages à caractère sexuel et cette image pornographique que, selon nos informations, elle aurait reçue sur son téléphone et via l'application Snapchat. Une pression qui l'oblige à se mettre pendant quelques mois en marge des JAM, mouvement qu'elle anime pourtant depuis l'origine. « J’ai peut-être un peu naïvement pensé que les semaines et les mois allaient passer et que tout ça resterait de l’ordre du mauvais souvenir. Qu’en me mettant en retrait, j'allais me sentir mieux. Au départ, ma mère et mon beau-père dans une volonté de me protéger, m'ont conseillé de m'éloigner: "si tu t’éloignes, il ne te fera plus mal". Alors je l'ai fait. Je me suis fait petite jusqu'à disparaître quasiment du 44. Et c’est vrai que je me sentais moins mal. »

« Il faudra que je parle. Je ne sais pas quand je le ferai, mais je parlerai »

Un premier déclic a lieu en septembre à l'occasion d'une rencontre entre les différentes branches des JAM des Pays-de-la-Loire. Une soirée à laquelle elle tient à participer, après avoir longtemps animé le mouvement. Mais au moment d'arriver à Nantes, elle s'effondre en larmes et ne parvient pas à franchir la porte. Déjà victime d'un premier malaise quelques mois auparavant, elle en fait un nouveau. « J’étais moi-même surprise d’avoir une réaction aussi violente alors que je ne m’y attendais pas. Là, je me suis rendue compte que le temps n’avait rien changé, qu’il ne m’avait pas permis de reprendre le dessus. Là, j’ai dit à l'amie qui m'accueillait : il faudra que je parle. Je ne sais pas quand je le ferai, mais je parlerai. » Rien de moins facile. Notamment lorsque l'on occupe une position exposée, comme celle d'attachée parlementaire et qu'une dénonciation risque d'avoir des conséquences sur son employeur et son mouvement politique.

L'effet #balancetonporc

Pourtant, les évènements des dernières semaines contribuent à faire avancer sa démarche. L'affaire Weinstein aux États-Unis, la libération de la parole sur les réseaux sociaux derrière le hashtag #balancetonporc. « J'ai été tentée de prendre la parole, mais je ne l’ai pas fait parce que j’estime que ces choses là ne se règlent pas sur Twitter. A la place, j'ai écouté ceux qui m'entouraient et m'encourageaient à porter plainte. » Chose faite dans une lettre écrite ce week-end et adressée, lundi, au procureur de la République.

Interrogée sur la démarche et sur celui qu'elle accuse, la jeune femme répond: « S'il m'avait présenté des excuses, je lui aurais sans doute pardonné. Mais je n'avais pas envie que cela arrive à d'autres et cela me rendait malade de ne pas être reconnue comme victime. Aujourd'hui, je suis soulagée d'avoir fait la démarche. Mais j’ai du mal à éprouver la moindre satisfaction. Dans l’histoire, personne n’est gagnant, tout le monde est perdant. »

Bien évidemment, nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre Morgan Simon, qui n'a pas donné suite à nos appels et messages.

Division entre les députés En Marche

Contactée par Mediacités, Valérie Oppelt, députée de Loire-Atlantique qui employait Morgan Simon, confirme sa démission en raison de la plainte. Et affirme « ne pas avoir eu connaissance des faits avant » que celle-ci soit déposée. « Je connais bien Morgan pour avoir fait la campagne avec lui et c’est quelqu’un de majeur pour En Marche 44, poursuit-elle. Cette affaire m’étonne mais dans ces conditions, je ne peux pas continuer à travailler de cette manière là », explique-t-elle. Celle qui se dit « personnellement très engagée sur les problèmes d’égalité homme – femme » et se félicite de voir « la parole des femmes se libérer » ces dernières semaines, ne lâche pourtant pas complètement son ancien attaché parlementaire. Au point d'accepter sa démission plutôt que de le licencier. « Je reste prudente. Il y a présomption d’innocence. Ce n’est pas à moi de faire le travail de la justice. » Elle ajoute : « Je laisse à Morgan le temps de se défendre sur ce que l’on pourrait lui reprocher ».

Une position qui ne convient absolument pas à son collègue député, Philippe Latombe, l’employeur de la jeune femme. « Je soutiens mon attachée parlementaire et je l'ai incité à porter plainte, explique-t-il à Mediacités. J'aurais souhaité que Morgan Simon soit licencié pour faute lourde. L'ancien syndicaliste que je suis sait que la démission, dans ce type de situation, est une pratique qui ne se fait pas. Il aurait fallu faire les choses clairement, surtout dans la période actuelle. Demander une démission, c'est travestir les faits ! »

Si l’affaire divise les deux députés de la même famille politique, elle semble inquiéter aussi au plus haut niveau de La République en Marche. Selon les informations de Mediacités, Arnaud Leroy, l’un des membres de son conseil d’administration et ancien porte-parole d’Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, serait venu en personne en Loire-Atlantique pour gérer les choses. Plus localement, l’affaire risque aussi de provoquer des remous au sein du parti présidentiel. Morgan Simon est en effet un proche d'Isabelle Manzoni, la nouvelle référente d'En Marche en Loire-Atlantique. Une référente controversée dans les rangs du parti depuis l'éviction brutale de son prédécesseur, Stéphane Gachet. Cette affaire ne peut que la fragiliser encore plus.

Mise à jour, le 26/10/2017 à 15h

Morgan Simon a répondu ce matin, par le biais d'un communiqué de presse de son avocat publié sur Twitter. Il assure qu'il s'agit là "d'accusations mensongères". Il tient, par ailleurs, à "démentir catégoriquement avoir présenté sa démission à son poste d'assistant parlementaire, n'ayant absolument rien à se reprocher". Contactée par Mediacités, Valérie Oppelt, députée de Loire-Atlantique qui employait Morgan Simon, a pourtant confirmé sa démission en raison de la plainte.

Mise à jour, le 27/10/2017 à 17h30
Dans un communiqué publié aujourd'hui, Valérie Oppelt a une nouvelle fois confirmé nos informations. Elle était bien tombé d'accord avec Morgan Simon concernant sa démission. A la suite de nos révélations du mercredi 25 octobre, celui-ci aurait changé d'avis, contraignant Valérie Oppelt à lui adresser une "lettre de rupture de contrat de travail".