Début 2016, l’affaire avait fait grand bruit. Pas autant que les riffs de guitares qui électrisent Clisson chaque week-end de Hellfest, mais presque ! Fraîchement élue, la majorité LR-UDI alors emmenée par Bruno Retailleau supprimait la subvention de 20 000 euros que le Conseil régional des Pays-de-la-Loire versait depuis 10 ans au festival de métal à l’aura mondiale. Sautant sur la polémique déclenchée par l’un des artistes invités, les élus de droite trouvaient l’occasion politique et symbolique de se démarquer à la fois de la majorité précédente et d’une manifestation qui n’avait jamais trouvé grâce à leurs oreilles.           


Laurence Garnier s'exprimant sur le Hellfest sur le plateau de France 3 en mai 2015.

Les termes étaient marqués. « Si Monsieur Barbaud (le directeur du festival, ndlr) veut par sa provocation faire du Hellfest une tribune politique, nous saurons nous, mieux utiliser l'argent des ligériens », chargeait ainsi Laurence Garnier, vice-présidente (LR) à la culture. « Gardez vos subventions, avait beau jeu de répondre le patron du festival, fort de ses 150 000 spectateurs et de ses presque 20 millions d’euros de chiffre d’affaire annuels. Nous, les amoureux de musiques extrêmes, n'avons pas besoin de recevoir des leçons de morales émanant de responsables politiques n'ayant jamais pris soin de visiter, de comprendre et de considérer notre festival ». Dont acte.

Le diable se niche dans les détails

Depuis, l’association Hellfest Productions n’a donc plus touché un centime d’euro de la Région. « Plus depuis [l’élection de] Retailleau, ça va donc faire trois ans », nous confirme par courriel Yoann Le Nevé, organisateur du festival. Plus rien ? Pas tout à fait. Comme souvent, le diable se niche dans les détails et, en l’occurrence, c’est dans les petites lignes des décisions régionales qu’il faut aller le chercher.

Le 25 mai dernier, la Commission transports de la Région désormais présidée par Christelle Morançais a voté « la création de neuf circulations Clisson-Nantes circulant (…) dans le cadre du Festival Hellfest ». En clair, elle paie pour affréter les neuf trams-trains exceptionnels qui ramènent certains festivaliers à Nantes durant les trois nuits du festival, à 1h, 2 h15 et 3 h 30 du matin. Si l’initiative est à saluer – elle permet à ceux qui le souhaitent de profiter dignement du Hellfest sans avoir à rentrer par la route –, témoignerait-t-elle d’une inflexion de la position des élus de la majorité vis-à-vis du Hellfest ? « La Région est autorité organisatrice des transports publics, nous sommes là pour adapter nos services aux flux et besoins  », répond-on au service communication de la Région, sans qu’il soit possible de joindre un élu.     

Reste que ce qui s'apparente à une simple mesure technique prend - en partie au moins - le contrepied d'une décision politique vieille d'à peine deux ans, la subvention régionale revenant en quelque sorte au Hellfest par la bande. Interrogé pour savoir s’il connaissait le financeur de cette desserte, Yoann Le Nevé, avoue d’ailleurs son ignorance, nous renvoyant vers la SNCF. Réponse de cette dernière, on ne peut plus limpide : « C’est une demande de la Région, c’est donc elle qui finance », nous confirme son service de communication. Quant à savoir combien, c’est une autre histoire.

Plus de 10 000 euros de trains supplémentaires

Le procès verbal de la Commission transports ne mentionnant pas le montant engagé, il faut à nouveau poser la question au Conseil régional qui, après de multiples relances, finit par concéder que « ces circulations exceptionnelles représentent un coût de 2 478 euros (recettes supplémentaires attendues déduites) (…), ce montant sera intégré au calcul de la contribution forfaitaire définitive [à la SNCF] de l’année 2018 ».

Un curieux calcul partiel, qui spécule sur les recettes de billetterie, sans indiquer la somme originellement dépensée par les Pays-de-la-Loire. Calculette en main, nous avons donc tenté de l’estimer. Dans l’hypothèse où tous les trams-trains ( avec une rame simple ) circulent à plein avec uniquement des "billets Live" à 5 euros, les recettes des neuf liaisons s’élèveraient à 11 295 euros. Qui deviennent 13 773 euros si l’on y ajoute les 2 478 euros évoqués par la région. Une somme qui tombe dans la fourchette évoquée par un spécialiste du ferroviaire. Et finalement pas si loin des 20 000 euros que la Région versait originellement au Hellfest, la Région - cette fois - en récupérant une partie.           

 

Comment déterminer le coût de revient/production au kilomètre d’un trajet en train de la SNCF ? La question est bien plus sensible qu’il n’y paraît. « Ce ne sont pas des données que l’on fournit en externe car cela fait partie de ce qu’on appelle le "secret des affaires". Des données que l’on garde confidentielles, notamment en vue de l’ouverture à la concurrence », nous a t-on répondu de façon surprenante à la direction de la communication de la SNCF Pays-de-la-Loire. Avec l’arrivée éventuels d’opérateurs privés en 2019-2023 sur les trains régionaux, ce coût est également source de tension entre la SNCF et certains conseils régionaux.

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.