#DansMaVille
Cet article fait partie de notre série d’enquêtes collaboratives
La gentrification de nos quartiers populaires

Le Bas‐Chantenay , c’est tout un pan de l’Histoire de Nantes. C’est là que Jules Verne passait ses vacances étant enfant. C’est là qu’est né le Belem, trois‐mâts emblème de la ville à travers le monde. C’est là qu’étaient installées les brasseries de la Meuse qui dominaient le marché européen au début du XXe siècle. Mais c’est aussi sur ce flanc de coteau au bord du fleuve qu’un flot de démunis a trouvé où s’amarrer. Des protestants pendant la Grande Réforme aux Acadiens chassés du Nouveau Monde, en passant par les Républicains de 1848, nombreux sont ceux qui ont jeté l’ancre à Chantenay. Un lieu pour les miséreux qui – selon la légende – aurait donné son nom au rocher de Misery.  

Édition du 13 décembre 2019 : dans le cadre de notre grande enquête participative #DansMaVille consacrée à la gentrification, nous mettons à nouveau en avant certains articles publiés précédemment sur Mediacités. 

La Carrière de granit de Misery (ou Miséri, comme on l’écrit à l’époque) – Photo non datée mais antérieure à 1900

D’ici à une dizaine d’années, ce havre sera devenu le symbole du nouveau Nantes, cette « ville monde », « durable », « verte », « créative » et « smart », pour reprendre les termes chers aux urbanistes et aux élus. Une métropole qui, pour ne pas perdre sa place dans la compétition que se livrent toutes les grandes villes françaises, européennes voire mondiales pour attirer entreprises et habitants, s’est lancée, depuis quelques dizaines d’années, dans une politique de grands travaux tous azimuts.

C’est justement dans le Bas‐Chantenay que Nantes Métropole mènera bientôt l’un de ses plus grands chantiers. Un projet monumental qui porte sur 200 hectares dont trois kilomètres de rives en bord de Loire. Si le point d’orgue en sera le déjà célèbre Arbre aux Hérons, c’est toute la zone qui doit être rénovée à l’horizon 2030. Au programme, confié au célèbre architecte Bernard Reichen : la réhabilitation des merveilles du patrimoine industriel, comme l’ancienne usine électrique ; la construction de mille nouveaux logements ; le développement d’un pôle consacré aux activités maritimes et la création de toutes pièces d’un « jardin extraordinaire » dans la carrière de Misery. Le tout en préservant les 250 entreprises et 3000 emplois toujours présents sur la zone. Voilà pour le papier glacé de la plaquette officielle.

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Pourtant, s’il promet bien de transformer radicalement ce quartier peu fréquenté par les Nantais, le projet ne fera que parachever un processus à l’œuvre depuis bien plus longtemps : la « gentrification » de Chantenay. Derrière ce terme créé par le sociologue anglais Ruth Glass dans les années 1960, se cache un phénomène devenu global. Celui par lequel d’anciens quartiers populaires s’embourgeoisent, voyant progressivement leur population et leur physionomie changer, avec l’arrivée des classes moyennes puis supérieures, la réhabilitation des logements et commerces, la montée des prix de l’immobilier, avant l’intervention des promoteurs professionnels.

Chemin du Buzard au début du XXe siècle. A gauche la rizerie Levesque, à droite un îlot d’habitation démoli pour insalubrité vers 1983.

Ce bouleversement, d’autres quartiers de Nantes l’ont connu auparavant. Dans l’ouvrage Sociologie de Nantes , un collectif d’universitaires cite ainsi les cas de la Madeleine, de Doulon, du Champ‐de‐Mars ou encore de Trentemoult. Des quartiers gentrifiés qui constituent, selon les auteurs, « l’indice d’un large embourgeoisement de Nantes ». Depuis la fin des années 1980, la cité des Ducs a ainsi peu à peu rompu avec son passé ouvrier pour devenir, sous la double influence de la désindustrialisation et de l’afflux massif d’actifs diplômés, une ville de cadres et professions intermédiaires travaillant dans le commerce, les services aux entreprises et les services publics. A cet égard, les chiffres ne trompent pas. De 1968 à 2014, la proportion d’ouvriers dans sa population est passée de 32,3 % à 14,6 %. Dans le même temps, le pourcentage de cadres et professions intellectuelles supérieures passait de 7,5 % à 25,9 %. Une transformation démographique qui se lit aussi dans la pierre. Mediacités vous emmène en balade dans un quartier témoin de cette mue nantaise.                                

Étape 1 – De la Butte Sainte‐Anne au Bois‐Hardy

Débutons notre périple par la butte Sainte‐Anne, dans son écrin sur les hauteurs, joyau du quartier. C’est la partie la plus chère et celle qui, la première, a achevé sa gentrification. En témoignent les concept stores qui essaiment les rues dominant la ville, du vendeur de vinyles St. Ann “s au salon de thé/dépôt‐vente/bibliothèque Bloom. Depuis les superbes maisons dominant la ville, on pourra prendre l’Arbre aux Hérons de haut et regarder la transformation du reste du quartier d’un œil distant. Le cabinet d’urbanisme Reichen‐Robert, spécialiste de la réhabilitation du patrimoine industriel, qui s’est vu confier le projet de rénovation du quartier, ne touchera pas à la butte.

Sur la butte Sainte‐Anne, le vendeur de disques St. Ann’s Records / Photo : Matthieu Le Crom
Sur la butte Sainte‐Anne, le concept store Bloom / Photo : Matthieu Le Crom

La visite continue en traversant le Bas‐Chantenay vers l’Ouest, de Sainte‐Anne au Bois Hardy. Là, fleurissent un peu partout les maisons retapées à grands frais. La mode est aux matériaux rappelant l’époque des industries et des chantiers navals. Souvent du plus bel effet, des extensions de zinc et de bois viennent ça et là rehausser l’architecture des pavillons ouvriers. Partout où c’est encore possible cependant, les logements sociaux poussent comme des champignons, au‐dessus du parc des Oblates, dans le bas du boulevard de la Liberté ou au bout de la rue de l’Abbaye, parfois par pâtés de maison entiers. Sur cet axe, il est prévu de développer la balade ludique du « parcours des coteaux », ainsi que de construire 1000 logements sur les friches du Bois‐Hardy, pour l’instant zone de permaculture pour un collectif de riverains à la main verte.

Une sorte de retour aux sources. Indépendante jusqu’en 1908, la commune rurale de Chantenay a longtemps servi de lieu de villégiature aux riches familles nantaises, comme celle de Jules Verne. On trouve notamment ce passage dans les Souvenirs d’enfance et de jeunesse du romancier : « Je n’avais pas dix ans [dans les années 1830, ndlr], quand mon père acheta une propriété à l’extrémité de la ville, à Chantenay, quel joli nom ! Elle était située sur un coteau qui domine la rive droite de la Loire. De ma chambrette, je voyais le fleuve se dérouler sur une étendue de deux à trois lieues, entre les prairies qu’il inonde de ses grandes crues pendant l’hiver ». La maison décrite ici existe toujours, au 29 bis, rue des Réformes.

L’ancienne maison de vacances de Jules Verne, rue des Réformes, dont le parc descendait à l’époque jusqu’à la Loire / Photo : Matthieu Le Crom

Étape 2 – L’Histoire à flanc de coteaux

Prochaine étape de l’autre côté de la rue, à l’école des Réformes. A 16h30, parents et nounous viennent récupérer les enfants. Pour cette institutrice, qui préfère rester anonyme : « la gentrification de la population est un phénomène très clair, mais il existe encore une réelle mixité sociale entre les enfants venus du Bas‐Chantenay, où sont situés les logements sociaux, et ceux des alentours de la Mairie, plus aisés. Nous avons vraiment tous les profils, contrairement au centre‐ville. Ici, c’est encore l’école de la tolérance ». La géographe de l’Université de Nantes Isabelle Garat confirme que « la gentrification du quartier ne concerne que les maisons avec jardin, très nombreuses à cet endroit. Les appartements et tout ce qui relève du logement social ne sont pas concernés. Aujourd’hui, les gentrifieurs sont des cadres et professions intellectuelles supérieures. De Zola à Jean‐Macé, le quartier Chantenay est gentrifié, mais ce n’est pas encore arrivé à son terme dans la zone en bordure de Loire, essentiellement du fait des nuisances associées aux industries et notamment à l’odeur âcre qui se dégage de la vinaigrerie ».

Vinaigrerie Caroff – Bd de Cardiff – Rue Bougainville, le dernier morceau du Bas‐Chantenay qui n’ait pas encore été gentrifié / Photos : Mathieu Le Crom

L’histoire industrielle du quartier débute dès 1796, avec l’ouverture des chantiers navals Crucy, et connaîtra un développement considérable au moment de l’arrivée du chemin de fer en 1857. On y trouve au début du XXe siècle des dizaines d’usines : raffinerie, conserverie, minoterie, féculerie, fonderie, brasserie et autre savonnerie, pour ne citer que celles qui riment en i. Avec la révolution industrielle, une main d’œuvre venue des campagnes alentours, de Bretagne et de Vendée, vient peupler la zone. Ils sont un peu plus de 20 000 habitants au tournant du siècle, essentiellement prolétaires. A la fois actrice de l’essor nantais et foyer du mouvement ouvrier, Chantenay gagne alors son surnom : « la Rouge ». Jusque dans les années 1980, le quartier abrite une trentaine de cafés – dont neuf des treize de la ville abritant une piste de boule nantaise – les célèbres jardins ouvriers disséminés un peu partout dans le périmètre et plus de 200 encartés au Parti Communiste…

Les brasseries de la Meuse à Chantenay / Illustration d’époque – 1928

C’est l’historienne de l’architecture Françoise Lelièvre qui nous guide à travers le quartier pour continuer la visite et remonter le temps : « En bas, sur le Boulevard de Cardiff, se trouvent les usines. En face, les ouvriers, eux, vivent dans les rues en pente. 1900–1905, juste avant le rattachement à Nantes, c’est l’époque des cités ouvrières. Ce sont des logements de qualité, souvent des maisons jumelées pour éviter le coût d’un mur porteur, avec des jardins. C’est une démarche paternaliste des patrons que d’offrir un cadre de vie agréable à leurs employés, à très courte distance du lieu de travail. Plus haut, on trouve les lotissements des cadres, puis les maisons des ingénieurs et directeurs d’usines, dont certaines sont de vraies perles architecturales. Enfin, dans le Parc de la Boucardière, le château du patron de Saint‐Gobain, détruit dans les années 1980 ».

Maisons jumelles de la cité ouvrière Arthur Benoît, construite à partir de 1900 à Chantenay / Photo : Matthieu Le Crom

Aujourd’hui, les petites maisons avec jardin des ouvriers de l’époque font le bonheur des cadres en début de carrière. Ceux qui disposent d’un peu plus de moyens peuvent lorgner du côté des demeures plus bourgeoises. A condition d’y mettre le prix. Car depuis quelques années le marché immobilier explose. Une bascule que nous confirme Sophie M., agent immobilier : « Les tarifs à Chantenay ont rattrapé ceux de Canclaux‐Mellinet désormais, avec une hausse de 10% par an ces trois dernières années. C’est énorme. Pour vous donner un exemple, nous avons vendu cette année une petite maison rue de l’Abbaye, 320 000 euros, achetée 180 000 en 2003 ». Complètement dépassées, les agences immobilières sont même souvent évincées du processus de vente. « Quasiment tous les biens sont mis aux enchères directement chez les notaires et payés très largement au‐dessus de leur valeur réelle. Ce marché est ultra‐tendu, les maisons partent en moins de 24 heures. Ça a été limité pendant longtemps aux alentours de la Mairie de Chantenay mais ça s’étend maintenant bien au‐delà. Des coins comme la Boucardière ou le Bois‐Hardy deviennent extrêmement cotés ! »

Peu à peu, la population change. Après les profs et les artistes qui ont commencé à investir le secteur dès la fin des années 1970, une population plus fortunée a fait son apparition, notamment dans les secteurs les plus recherchés, autour de la mairie de Chantenay ou de la place Jean Macé. « Sur ces deux zones, on constate aujourd’hui que le revenu moyen évolue à la hausse, constate la géographe Isabelle Garat. Les ménages imposés sont aujourd’hui très nombreux, les bas revenus rares. Aujourd’hui, les données statistiques sur Chantenay approchent de celles des zones les plus élevées de Nantes, que sont Monselet ou Procé ».

Quelques exemples des maisons bourgeoises de la rue de l’Abbaye / Photos : Matthieu Le Crom

De fait, s’il reste encore relativement éloigné des niveaux atteints entre les places Anatole France et Viarme (33 648 euros), le revenu annuel médian du secteur de la mairie de Chantenay a quasiment rattrapé celui des abords du parc Procé : 24 052 euros contre 24 966 euros. Mais c’est ailleurs qu’il faut aller chercher les évolutions les plus notables. Entre 2004 et 2014 (derniers chiffres disponibles), cet indicateur de la richesse de la population a connu une croissance de 37,2 % dans le bas Chantenay, près des rives de la Loire et de 36,4 % autour de la place Jean Macé. Dans le même temps, les secteurs de Monselet ou Procé ne voyaient croître leur revenu annuel médian « que » d’environ 23 %.…                                

Étape 3 : Jean‐Macé, le cœur commerçant

Ce qui est vrai pour la population l’est également pour les commerçants. Prochain arrêt : place Jean‐Macé. On trouve encore quelques locaux à l’abandon, mais également des établissements récents en phase avec l’époque : caviste bio, traiteur italien ou resto de sushis. L’Olympic, salle mythique ouverte en 1927 et dont l’activité a été définitivement transférée sur l’Île de Nantes en 2011, vit une énième jeunesse depuis qu’elle accueille des artistes en résidence. La nouveauté c’est aussi le café‐bar‐brasserie Chez ta Mère, visité le 28 mai, jour de l’ouverture. Produits frais de saison, cuisine maison, le concept est dans l’air du temps. « J’espère qu’on incarne ce renouveau », nous confie JC.

Place Jean‐Macé, le troisième café‐bar‐brasserie Chez ta mère de Nantes vient d’ouvrir. Une première hors du centre‐ville. / Photo : Matthieu Le Crom

Avec Marie, son associée, ils ouvrent leur troisième établissement, le premier hors du centre‐ville. « On ne connaît pas bien le quartier mais on a de plus en plus de copains qui s’installent dans le coin. De ce qu’on a pu voir, la population est à la fois populaire et bobo. J’en suis un d’ailleurs. On vise plutôt les nouveaux arrivants, notamment en ouvrant le soir, ce qui n’existe pas encore ici ». Au comptoir, Patrice, qui travaille auprès d’handicapés dans le quartier, explique que « ce qui plaît ici, c’est le côté village. L’évolution est impressionnante depuis quelques années. En termes de commerces, ça se vidait il y a cinq ans, aujourd’hui ça se remplit. Par contre, les prix sont devenus dingues, même en location. Je vais sûrement devoir partir faute de moyens ».

Étape 4  : les bords de Loire

Si toute la partie supérieure du quartier, essentiellement pavillonnaire, est donc désormais gentrifiée, ce n’est pas encore le cas des bords de Loire, avant‐dernière étape de notre balade. C’est là, en contrebas du boulevard de Cardiff qui mène au centre‐ville, que se trouvent la rue Bougainville et sa réputation de coupe‐gorge, le Boulevard de Chantenay, ses ateliers navals, ses collectifs d’artistes et, tout au bout, la mythique fabrique du Royal de Luxe, arrivé à Nantes en 1990.

L’ancienne féculerie dans laquelle s’est installée la compagnie Royal Deluxe. Photo : Matthieu Le Crom

D’ailleurs, le bouleversement à venir risque de troubler la tranquillité à laquelle se sont habitués les membres du Dahu, un collectif de plasticiens. « On était tolérés parce qu’excentrés, nous explique l’un d’eux, Basile. Mais il va falloir nous adapter un peu. On doit rester en bons termes avec la mairie si on veut rester. La question pour nous, c’est comment être dans les clous du projet tout en gardant notre carte blanche artistique ». Ici, dans l’une des dernières rues de Nantes à avoir bénéficié de l’éclairage public, les gens vivaient dans des cabanes en bois jusque dans les années 1970. Les histoires de vieux loups de mer et autres anecdotes sur les règlements de comptes entre gangs sont légion. Pour Basile, « ce n’est plus le cas aujourd’hui, malgré quelques histoires. Il y a encore un an ou deux on trouvait des marginaux qui vivaient dans les recoins. Ils sont tous partis ».

Boulevard de Chantenay, l’entrée de l’atelier du Dahu. Photo : Matthieu Le Crom

Avec l’installation de l’agence AIA dans l’ancienne salle à tracer des chantiers Dubigeon, d’autres les ont remplacés. Plus sages. Comme sur l’Île de Nantes, on a réhabilité la structure industrielle du bâtiment et toute une flopée d’architectes et d’ingénieurs a pris ses quartiers ici, à laquelle il faut ajouter ceux du collectif voisin Bloc13, regroupant 17 associations culturelles dans les anciens docks. Badauds, touristes et fêtards suivront dès 2019 avec l’ouverture d’une gigantesque brasserie dans l’ancienne savonnerie, au pied de la grue noire. Un projet porté par un investisseur australien. Avec ces nouveaux clients, quatre restaurants ont ouvert ces cinq dernières années dans la rue Bougainville toute proche. La discothèque Le Calysto, fermée en 2011 après deux noyades dans la Loire, est devenue le Co², club gay à la mode. En face, le vétuste bar échangiste a fermé ses portes en août dernier, sur un terrain que la mairie a préempté pour tout raser et ouvrir sur le fleuve.

L’agence d’architecture AIA, s’est installé dans le bâtiment de l’ancienne salle à tracer des chantiers Dubigeon. Photo : Matthieu Le Crom

Ce pâté de maison est, lui aussi, en train de prendre de la valeur : « En s’approchant de la butte Sainte‐Anne, on peut monter à 4 500 euros du mètre carré, confie un agent immobilier. Des prix qui s’apparentent à ceux du centre‐ville. Au contraire, rue Bougainville, en face de la vinaigrerie, on n’est encore qu’à 2 800 euros par mètre carré. Cette zone, qui sera fatalement impactée par la construction de l’Arbre aux Hérons tout proche, est même devenue un terrain de pari spéculatif pour certains gros porte‐feuilles en perspective d’une plus‐value à moyen terme ». Luc, patron du restaurant Vintage, a « fait un vrai choix stratégique en s’installant ici l’année dernière. Si la mauvaise réputation est encore un peu méritée après 22h, la clientèle change à toute vitesse et la perspective du Héron a clairement joué dans la décision ».

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Étape 5  : Aux racines de l’Arbre aux Hérons

L’Arbre aux Hérons, entouré de son « jardin extraordinaire », sera la dernière escale de ce voyage à Chantenay. Peu d’habitants dans cette zone, mais la plupart ont des profils qui ne semblent pas rentrer dans le cadre du projet municipal. Il n’y a qu’une centaine de mètres à parcourir en partant de Misery pour rejoindre le sublime parc des Oblates, qui sera à n’en pas douter pris d’assaut par le flot des touristes du futur. Entre les deux, se niche l’enclave de la Grenouillère et son lot de drames humains. Les appartements des marchands de sommeil, mais surtout le squat de migrants, toléré depuis des années sans intervention policière. De l’autre côté du boulevard de Cardiff, sur le quai de l’Aiguillon, c’est un camp composé d’une trentaine de caravanes et camions qui risque de poser problème aux promoteurs du nouveau Chantenay.

Campement, quai du marquis d’Aiguillon. La mairie a installé ces blocs de béton pour empêcher camions et caravanes d’être visibles depuis la rue et l’événement Complètement Nantes / Photo : Matthieu Le Crom

Installé entre le bâtiment CAP44 et la Loire, il a été contraint de se camoufler derrière le bâtiment, de gros blocs de béton le rendant invisible depuis la rue. Difficile de conjuguer sa présence avec l’événement « Complètement Nantes », qui vise à réhabituer les Nantais à Misery. On voit mal comment toute cette population de marginaux va pouvoir trouver sa place dans ce processus. Personne n’a souhaité témoigner parmi eux, mais la question est déjà dans toutes les têtes. Ce que nous confirme Abassia Hakem, adjointe au maire pour le quartier Bellevue‐Chantenay‐Sainte Anne : « Tout n’est pas rose. C’est un travail d’accompagnement ”en dentelles”, presque au cas par cas. Nous sommes dans une approche inclusive et humaniste, que ce soit avec les migrants ou les habitants en caravane. Ce n’est pas simple, il faut nous apprivoiser mutuellement, mais ces populations ne sont pas hors du projet. Les solutions ne sont pas encore trouvées, mais on avance ».

De sa mairie newlook au pâté de maison tout neuf construit dans la continuité des bâtiments de l’entreprise Armor, Chantenay l’ouvrière, la Rouge, est donc en train d’en terminer avec ce processus qui aura duré près d’un demi‐siècle. Et c’est l’Arbre aux Hérons qui viendra y mettre un point (d’exclamation) final !

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, rendez‐vous sur pals.mediacites.fr

Point final.
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5 COMMENTAIRES

  1. Merci pour cet article très intéressant, très complet.

    Résultat je suis curieux et je ne cracherais pas sur un approfondissement de certains points (la grenouillère, le quai de l’aiguillon, éventuellement la rue Bougainville…). Plus sur l’aspect social/sociologique des gens qui y vivent : qui ils sont, comment ils sont arrivés là, comment ils vivent. Ça fait bobo qui ne sait pas comment vivent les petites gens ? J’admets sans rougir, c’est justement pour ça que je m’intéresse.

    Concernant la carrière, il y a eu récemment un mouvement de protestation contre l’installation de l’arbre (et la gentrification au sens large) :
    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/nantes-un-collectif-au-bas-chantenay-se-mobilise-5547045
    Je ne sais pas s’ils sont représentatifs d’un vrai mouvement ou juste d’une minorité.

  2. oui ce quartier a tendance à se boboiser. Le dernier truc en date étant cette grande manifestation promotionnelle baptisée complétement Nantes avec esthétique type festival de musique alternatif ; toilettes sèches, concerts et conférences, et.…pub de la ville pour tous ces merveilleux projets qui vont contribuer à conforter la ville dans son statut de Ville Métropole, jeune vivante animée et transgressive… du moins de ce qu’en dit la pub municipale. Le pas de coté nouveau symbole de ce positionnement too much en statuaire de bronze sur la place centrale du Bouffay.

    Les mauvais esprits, dont je suis, diront que la vie ce n’est pas seulement cette ambiance perpétuelle de fête branchée que veut nous vendre la ville. Qu’ici aussi existe des problèmes sérieux et des souffrances comme cette question des jeunes immigrés qui sont nombreux et que personnes, du moins au niveau institutionnel ne sait ou ne veut, trop traiter. Qu’il y a aussi tous ces Roms qui errent de communes en communes sur les périphéries, que l’immobilier devient de plus en plus cher, voire globalement inaccessible pour des revenus ordinaires. Que les grands quartiers populaires, malgré un relookage de façade, continue à générer bien des tensions. Que la promotion immobilière dont le développement un peu effréné, et plus qu’encouragé par les collectivités répond certes à un afflux de nouvelles populations, mais cause aussi une saturation de fait des moyens de déplacements privés ou collectifs : buss, tramway, et accès routiers aux centre, voies d’accès et périphériques.… Au quotidien, et ce malgré une communication une peu étouffante et saturante, vivre à Nantes ne devient pas forcément une fête… du moins pas pour tous.

    Bouffée d’oxygène, quelques apparitions d’un milieu associatif véritablement indépendant qui peu à peu tisse sa trame et assure une bienfaisante contestation de l’ordre en place.

    Alors Chantenay, la messe serait dite ? peut être à voir et à attendre. A l’Est, à l’opposé géographique, du côté de Doulon cela commence à un peu remuer. Pourquoi pas aussi ici.

    A suivre et merci à Mediacités de communiquer de façon sérieuse et construite sur ces sujets

  3. Enquête sociologique très intéressante, bien documentée et illustrée. Mais je partage les inquiétudes de l’internaute ci‐dessus concernant le côté “du pain et des jeux” des projets de Nantes Métropole. Par ailleurs la densification effrénée de la ville entraine déjà d’énormes problèmes de circulation et à chaque fois que je suis “obligée” de prendre ma voiture je pense que Nantes risque de devenir un (gros!) village gaulois d’où il sera quasi impossible d’entrer et sortir. Il me parait évident par ailleurs que la Butte St Anne, lieu de charme par excellence, va perdre son âme avec l’Arbre aux Hérons et les touristes qu’il faudra bien attirer pour éviter que cette réalisation ne soit un gouffre financier, surtout au niveau maintenance et entretien. Je vais “offrir” l’enquête à une amie dans l’immobilier ! Bravo.

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