Face à la presse, à quelques heures du conseil métropolitain du vendredi 7 octobre, la présidente (PS) de Nantes Métropole, Johanna Rolland, a une nouvelle fois défendu avec énergie et parfois agacement, le controversé projet YelloPark. « Je crois que ce projet va dans le sens de l’intérêt de Nantes. Il y aura besoin d’un nouveau stade. Peut-être pas aujourd’hui, ni dans un an ou deux. Mais dans dix ans, oui ». Puis de livrer, en mode confession, une conversation téléphonique qu’elle a passé récemment à Etienne Thobois, directeur général du Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJO) : « Je l’appelle. Je lui pose la question : "si on n’a pas YelloPark, est-ce qu’on aura les JO ?". Sa réponse est très claire : "c’est non" ! Pourquoi ? Il me dit : "parce que le stade de la Beaujoire est vétuste, en comparaison avec Bordeaux, Lyon et Nice" ». Et l'édile d'insister , face aux journalistes, sur ce nouvel argument massue « si on n’a pas YelloPark, soyons clairs, on n’aura pas les JO. »           

Contacté par Mediacités, le COJO a une lecture bien différente des échanges entre la présidente de la métropole et son directeur général. Si ce dernier a bien précisé qu’un nouveau stade serait un atout pour le territoire, leur discussion aurait surtout porté sur le fait que La Beaujoire était toujours dans le dossier. Et que le stade « satisfaisait [aux] demandes »  du Comité d’organisation. « En phase de candidature, le stade de La Beaujoire a été présélectionné, audité et retenu et il convient tout à fait aux critères techniques, logistiques, de transports etc. du COJO et à l’enjeu d’une présence de Paris 2024 dans le Grand Ouest », confirme officiellement à Mediacités un haut responsable du comité d’organisation.

Autrement dit, si Nantes n’accueille pas les Jeux Olympiques de Paris 2024, ça ne sera pas lié à un refus de La Beaujoire par le COJO.

Une position qui, finalement, recoupe la contribution officielle de la Métropole de Nantes au dossier de concertation de la CNDP déposé en mars 2018. Elle débute par ces mots : « C’est bien la Beaujoire qui est aujourd’hui retenue pour accueillir ces deux compétitions [JO et Coupe du monde de rugby en 2023, ndlr] même si, à l’évidence, leur organisation dans le nouveau stade, moderne, constituerait une forte plus-value pour l’image du territoire et pour la qualité du déroulement des épreuves ».

En outre, le dossier de candidature - gagnant - de Paris 2024 s'appuie bien sur La Beaujoire comme « structure existante ». Ce sans mentionner d'autres aménagements que ceux prévus pour toutes les enceintes qui accueilleront le tournoi olympique de football. Sur le site paris2024.org. le stade est même décrit comme « particulièrement fonctionnel, [et] reconnu pour son ambiance extraordinaire et légendaire ».

Six millions d’euros de travaux en attente

Rappelons également que Nantes Métropole a programmé 12,6 millions d’euros de travaux dans le stade de la Beaujoire sur ce mandat. Dans sa contribution à la concertation, elle indique que « si le stade actuel devait in fine accueillir ces deux compétitions, la collectivité réalisera les 6 millions d’euros de travaux aujourd’hui suspendus et les éventuels compléments, essentiellement des aménagements temporaires, négociés avec les organisateurs ».

Dans le même texte, la Métropole précise tout de même que « les organisateurs du mondial de rugby (...) ont souligné les limites de La Beaujoire en terme d’hospitalités notamment, et marqué leur vive préférence pour l’organisation de la compétition dans le futur stade plus proche de leurs attentes. »

A cette nuance près, le dossier officiel de présentation du Mondial de rugby, datant de mars 2018, indique toujours noir sur blanc que « 100% des neuf stades [retenus] sont déjà existants. Cinq d’entre eux sont neufs ou ont été reconstruits, comme à Nice, Bordeaux, Lyon, Lille et Nantes.Trois autres ont été rénovés à l’occasion de l’Euro 2016.»

Même son de cloche, dans le rapport de l’Inspection générale des finances et de l’inspection générale de la jeunesse et des sports remis l’hiver dernier. Nulle mention d’un éventuel surcoût, même 100 % privé, lié à la construction d’un nouveau stade à Nantes. Une note de bas de page, sur la propriété municipale de certaines enceintes indiquant simplement que « Cette situation est susceptible d’évoluer à Nantes, si le projet du nouveau stade (YelloPark), annoncé le 17 [le 19, en réalité, ndlr] septembre 2017 devait voir le jour en 2022 comme envisagé ».

 

Mise à jour du 05/10/2018 : Interrogé en marge du conseil métropolitain du 5 octobre, l'entourage de Johanna Rolland confirme ses propos, précisant que « La Beaujoire est bien éligible pour les JO mais, qu'en comparaison avec les autres stades en lice, il ne serait pas prioritaire ».