Adjoint au maire de Nantes chargé des finances, de l’évaluation des politiques publiques, du développement économique et de l’emploi ; vice-président de Nantes Métropole chargé des finances, de l’évaluation des politiques publiques, de l’emploi, du sport de haut niveau et des équipements sportifs d’intérêt communautaire ; conseiller départemental ; président de la Semitan (la société de transport public nantaise), du MIN (Marché d’Intérêt National de Nantes), de la Maison de l’Emploi, de la Mission Locale, de l’école de la 2ème chance, de l’association Trans-Cité (association nationale réunissant élus et techniciens du transport public), du CEEP France (le Centre Européen des Employeurs et entreprises fournissant des services Publics) ; membre des conseils d’administration ou d’orientation de NGE (SEM nantaise), de Nantes Métropole Développement (l’agence accompagnant les implantations d’entreprises), de la Samoa, de l’Auran (agence d’urbanisme), de l’Agence France Locale (un établissement de crédit spécialisé dans les prêts aux collectivités territoriales, installé à Lyon), de l’agence départementale de prévention spécialisée, etc, etc, etc.

Il est comme ça Pascal Bolo. A n’en juger que par les quelques lignes ci-dessus, l’homme aime les responsabilités, les leviers d’influence, le pouvoir. Et si cette litanie de titres est loin d’être exhaustive, elle en dit déjà suffisamment long sur l’emprise du personnage sur la vie publique nantaise. A 56 ans, dont près de 30 passés dans la politique, il est devenu « l’incontournable », un rouage central de la mécanique métropolitaine, un cumulard local omniprésent. Et il l’assume : « Je suis un bon ou un mauvais exemple, selon le point de vue d’où l’on se place, de cumul de fonctions et de mandats. Mais ces fonctions sont issues des délégations qui m’ont été données dans le cadre de mon mandat municipal et – accessoirement – départemental, justifie-t-il. Mais ce n’est pas un gâteau à se répartir. C’est d’abord du travail et des responsabilités. » Tellement de responsabilités qu’il avoue, goguenard, « je risque même d’en oublier certaines ». Bien vu ! Une semaine après notre entretien, ce SMS tombe : « Je vous avais dit que j’allais en oublier ! Trésorier de l’Auran ! Damned ! », suivi d’un émoticône « clin d’œil ».        

Le Raoul Volfoni de la politique nantaise

Il est comme ça Pascal Bolo. La répartie facile, l’air bon vivant, la gouaille et le physique d’un Bernard Blier dans les meilleurs Audiard. Presque de quoi faire oublier que le Raoul Volfoni de la politique nantaise concentre entre ses mains les deux milliards d’euros des budgets cumulés de la ville et de la métropole de Nantes, mais aussi la plupart de leurs dossiers importants. Un "grisbi " qu’en bon professionnel de la politique il ne compte pas lâcher de sitôt. Interrogé sur ses intentions, il n’en fait d’ailleurs pas mystère : il est prêt à rempiler aux élections municipales de 2020.

2020… Soit 31 ans après son entrée en politique comme simple conseiller municipal de Saint-Herblain. Et 23 depuis qu’il a quitté la banlieue nantaise – viré par l’ancien maire, Charles Gautier, pour « ayraultisme aggravé » - et rejoint, à la mairie de Nantes, le cabinet de son « mentor », Jean-Marc Ayrault. Un lieu de pouvoir hautement stratégique, qu’il quittera, dix années plus tard, pour devenir adjoint au maire. « Avec une disponibilité à 100 %  » comme demandé par le futur Premier ministre, précise-t-il. Ce parcours sans faille a fait de cet inspecteur des impôts en détachement un vrai professionnel de la politique, rémunéré comme tel. Il touche aujourd’hui 6430 euros nets par mois (indemnités et jetons de présence inclus).          

Une somme qu’il assume totalement : « Si l’on veut des élus 100 % disponibles, il faut les payer en conséquence ! », explique-t-il. Une somme qui correspond au traitement d’un directeur départemental adjoint des finances publiques, poste qu’il aurait pu atteindre s’il était resté dans son administration d’origine. A une différence près : jamais, aux Finances Publiques, il n’aurait eu autant de cartes en main.

Bidule_carre_512pxJohanna Rolland, le YelloPark, les relations sociales à la Sémitan, les années Ayrault... Pascal Bolo sans filtre. Retrouvez la semaine prochaine les moments forts de notre interview avec l'homme clé de la métropole nantaise. 

« Un certain manque de transparence »

Il est comme ça Pascal Bolo. Il aime peser dans les choix, participer à la manœuvre, jouer habilement de ses différentes casquettes. Ainsi quand, en grand argentier de Nantes Métropole, il décide de retirer la gestion des parking-relais à la Sémitan qu’il préside, c’est pour mieux la confier à NGE , une autre société d’économie mixte dont le président se nomme… Pascal Bolo. Une façon de conserver le contrôle, tout en sauvant le paquebot NGE du naufrage, comme le racontait Mediacités en mars dernier.          

A en croire les rapports de la Chambre Régionale des Comptes, cette position centrale de « gardien des Finances » au sein de nombreuses structures ne pâtit guère aux comptes publics locaux. Même les oppositions municipales et communautaires admettent que les situations financières de la ville et de la métropole sont saines. Tout en regrettant un certain manque de transparence. « Quand je commence à poser des questions précises, j’obtiens rarement des réponses. On me refuse même l’accès direct aux directeurs des services » regrette ainsi Marc Reneaume, élu d’opposition (sans étiquette) et président de la commission Finances. « Dans l’équipe d’opposition, on le surnomme la “pompe à brouillard“, renchérit Laurence Garnier (LR), la cheffe de file de l’opposition. Derrière le rigolo franchouillard se cache un vrai sectaire, très habile pour présenter les comptes avec une mauvaise foi évidente. »

Il est comme ça Pascal Bolo : à la fois homme de chiffres et roi de la communication. Aussi à l’aise dans la cage d’un immeuble de Nantes Nord avec sa guitare que dans un hémicycle ou sur les réseaux sociaux. Facebook, Twitter, son blog… l’élu prend un malin plaisir à répondre directement à ses détracteurs, pour mieux les éparpiller aux quatre coins de Nantes, façon puzzle. La députée Valérie Oppelt tente de s’approprier l’évacuation des migrants du square Daviais ? La réponse fuse : « Il fallait oser ! Sans vergogne ! Le nouveau monde serait-il d’abord caractérisé par son indécence ? (...) »

Les opposants à YelloPark remettent en cause le soutien de Nantes Métropole au projet ? Le voilà qui disperse et ventile : « Si c’est ce qui vous reste comme argumentation… Tout va bien pour YelloPark ».

Des échanges musclés auxquels il semble prendre un malin plaisir, sans jamais lâcher le morceau… Du projet Notre Dame des Landes au bilan de François Hollande, en passant par la monnaie locale SoNantes , s’il en faut un dernier pour défendre bec et ongle les dossiers ce sera lui !       

L'amère succession de Jean-Marc Ayrault

Une loyauté et une fidélité exacerbées qui ont forgé son image de « porte flingue » et « d’homme sûr », à qui l’on confie les dossiers sensibles. Dans les cabinets successifs, ceux qui ont travaillé avec lui sont unanimes : « On peut dire ce que l’on veut, c’est un homme de confiance doté d’une force de travail impressionnante. » Des qualités qui l’ont sauvé du naufrage politique lors de la succession de Jean-Marc Ayrault. Probablement le coup de poignard le plus douloureux reçu au cours de sa longue carrière. Celui donné par son « mentor », cette statue du Commandeur qu’il avait toujours protégé. « J’avais dit à Jean-Marc que j’étais prêt à prendre sa succession, raconte-t-il. Quand il a choisi Johanna en 1ère adjointe de Patrick Rimbert, j’ai eu les boules. »

Un ancien du cabinet du maire se souvient : « Pascal en voulait énormément à Jean-Marc Ayrault. Il se demandait même s’il allait soutenir Johanna Rolland pour les Municipales de 2014. Et puis, il a eu la garantie d’avoir le titre de 1er adjoint et les plus gros dossiers ». L’intéressé confirme. « Je n’aurais pas accepté un poste de simple conseiller municipal. Je voulais avoir la capacité à peser. Beaucoup espéraient que mon conflit avec Johanna provoque ma mort politique. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que, autant j’ai un lien filial avec Jean-Marc Ayrault en politique, autant j’ai un lien fraternel avec Johanna Rolland. Une fois les choses digérées, ce lien personnel, la confiance et l’admiration que j’ai pour son talent ont fait, que je me suis mis à sa disposition. »

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Pascal Bolo et Johanna Rolland lors d’un meeting, avant le premier tour de l’élection municipale de 2014. Photo : Sébastien Salom-Gomis / SIPA

Pas rancunier Pascal Bolo ? Peut-être. A moins qu’il ne s’agisse d’une certaine forme de lucidité sur lui-même - « J’ai tellement manié la sulfateuse que je ne pouvais pas être un rassembleur » - ou sur ses erreurs politiques : après tout, à qui reprocher de n’avoir pas vu « monter » Johanna Rolland si ce n’est à celui-là même qui l’avait recruté comme attachée parlementaire de Jean-Marc Ayrault, en 2004 ?

L'homme du YelloPark

Peu importe. La nouvelle maire de Nantes a su tenir sa promesse, laissant toutes les cartes en main à ce fidèle besogneux : les budgets de Nantes Métropole, de la Mairie, la Sémitan, le MIN, NGE, les maisons de l’emploi… Un intérêt bien compris : « Clairement, Pascal Bolo maîtrise mieux les dossiers que Johanna Rolland, admet un adjoint au maire. Il connaît tout de l’histoire politique, sociale, syndicale du département. Il joue un rôle de transmission essentiel. »

Sans surprise, le dernier gros dossier, peut-être le plus sensible du mandat, est donc tombé dans son escarcelle : la construction d’un nouveau stade, le YelloPark, et d’un nouveau quartier sur le site de La Beaujoire. « Lors de notre première rencontre à mon domicile avec Johanna Rolland et Waldemar Kita, Pascal Bolo n’est pas encore présent dans les discussions », raconte Yoann Joubert, le PDG de Réalités, l’un des deux porteurs du projet. « Il est entré en scène au moment où nous avons créé un groupe informel de travail. Et maintenant, c’est notre interlocuteur principal à la mairie. C’est un homme de conviction, enthousiaste mais aussi intransigeant, poursuit le promoteur. Par exemple, nous souhaitions construire moins de logements sociaux dans le quartier. Mais il a insisté pour un respect strict des règles du PLU. Ça nous a fait perdre 10 millions d’euros de marge. »

Bidule_carre_512pxJohanna Rolland, le YelloPark, les relations sociales à la Sémitan, les années Ayrault... Pascal Bolo sans filtre. Retrouvez la semaine prochaine les moments forts de notre interview avec l'homme clé de la métropole nantaise. 


Le jeu en valait sans doute la chandelle. La négociation bouclée, Pascal Bolo prend fait et cause pour le projet, n’hésitant pas à affronter les opposants sur les réseaux sociaux, comme lors des réunions de concertation. Comme à son habitude, le « Monsieur Sports » de la mairie depuis l’ère Ayrault, assure le service après-vente : « L’abandon du projet serait un très mauvais signal, argumente-t-il. Ça ne pourrait qu’encourager Waldemar Kita à bazarder le club au premier venu et nous ne serons pas site olympique » (sur le sujet YelloPark et Jeux Olympiques, lire nos précédents articles, ndlr). Au final, précise-t-il néanmoins, « c’est Johanna (Rolland, ndlr) qui fera l’arbitrage car c’est elle qui porte le risque. » Pourrait-elle tout abandonner ? « Ce n’est pas ma prévision la plus raisonnable, mais ça peut arriver. Comme il peut arriver que les porteurs du projet jettent l’éponge ». On a connu Pascal Bolo plus optimiste… Mais comme avec la plupart des dossiers dont on lui confie la charge, il ira jusqu’au bout.

Jetons de présence et gros dossiers

Il est comme ça Pascal Bolo : prêt à tout pour satisfaire la commande du « patron », même s’il doit y laisser des plumes ou se faire des ennemis dans son propre camp. Illustration en 2015, lorsqu’il obtient, une nouvelle fois, la Présidence du Marché d’intérêt national (MIN), convoitée par Gérard Allard, le maire socialiste de Rezé. Ce dernier pouvait pourtant sembler légitime : après tout, c’est sa commune qui accueillera bientôt ce mastodonte alimentaire devenu trop encombrant pour l’île de Nantes. Mais Johanna Rolland veut garder la main et souhaite que le – sensible – transfert soit piloté par l’un de ses proches. Cela tombe bien, il y en a un prêt à prendre des coups comme à en donner. Un fin connaisseur de ce monde des grossistes, qui plus est : Pascal Bolo.

Gérard Allard regimbera tant et plus, mais il ne fait pas le poids. Encore un dont les joues ont rougi sous les claques du porte-flingue. Jamais avare d’une vacherie, celui-ci lâche aujourd’hui encore : « Gérard garde dans ses tripes que la Métropole passe son temps à comploter contre Rezé… Comme si on avait que ça à faire ! ». Mais comme à son habitude, « le coup de sulfateuse » va aussi avec un peu de pommade. Après avoir bataillé fermement, le nouveau chef du MIN consent à lâcher les 240 euros de jetons de présence et promet qu’il n’occupera cette fonction que « de manière temporaire », jusqu’au transfert du MIN à Rezé, prévu au 1er trimestre 2019.

Déclaration intérêts Bolo
Extrait de la déclaration d'intérêts de Pascal Bolo à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

Les jetons de présence justement… Parlons-en. Ceux de la Sémitan – 1770 euros mensuels – lui permettent de compléter généreusement ses indemnités de mandats (adjoint au maire, vice-président de Nantes Métropole et conseiller départemental). Lui, n’a « pas l’impression de les voler ». Chez l’opérateur de transports, certains sont – nettement – moins catégoriques. Pour Gabriel Magner, délégué syndical CFDT, ce statut de Président de la Sémitan « n’est pas loin d’être un titre honorifique. Il a tellement de mandats que c’est très difficile de le voir. Encore en juillet, nous souhaitions lui parler du renouvellement de la DSP (Délégation de service public, ndlr). Il a fallu sans cesse l’appeler pour qu’il daigne se déplacer. »

L'affaire Catherine Piau

Pourtant, Pascal Bolo tient solidement les rênes financières de la société de transports publics. Et pour cause : en sa qualité de vice-président de Nantes Métropole, c’est lui qui la finance… « Clairement, il y a conflit d’intérêt », dénonce Marc Reneaume, conseiller municipal d’opposition et président de la commission Finances. « De même, pour chaque renouvellement du contrat des transports publics, seule la Sémitan concourt, avec un seul acteur au centre du système : Pascal Bolo ! ». Une précédente enquête de Mediacités s’était intéressée à ce marché de 700 millions d’euros passé sans concurrence. « C’est vrai qu’il m’arrive d’être un peu schizo mais il y a un seul patron, le titulaire du contrat, c’est-à-dire le directeur de la Sémitan » rétorque Pascal Bolo. Sur le contrat peut-être, mais dans les faits, le président sait imposer ses protégés et s’affranchir des règles.

Ainsi, lorsqu’en décembre 2015, l’adjointe au maire de Nantes et conseillère régionale, Catherine Piau, échoue aux élections régionales, le président de la Sémitan vole à sa rescousse. Il créé pour cette élue, par ailleurs fille de l’ancien maire de Nantes Alain Chénard, un poste de chargée de mission. Du sur mesure. « On a trouvé les moyens de permettre à Catherine d’avoir un reclassement. Moi j’assume parfaitement que l’on permette à des élus dont le mandat n’a pas été renouvelé de trouver un reclassement de manière honorable. Je comprends que ça puisse paraître choquant mais après tout, que dit un conseiller de Pôle emploi à un demandeur d’emploi ? Faites appel à votre réseau ! ».

Catherine Piau
Adjointe au maire de Nantes, conseillère métropolitaine, Catherine Piau a obtenu un poste à la Semitan pour compenser la perte de son manfdat régional / Photo : Capture d'écran vidéo Nantes a de l'avenir

Dans l’histoire, Pascal Bolo feint d’oublier un détail important. Ce « reclassement » comploté en catimini – et sans que l’ouverture du poste ne fasse l’objet d’une offre d’emploi dûment publiée – bafoue la charte de déontologie édictée par Johanna Rolland en 2014 et signée par l’ensemble des conseillers municipaux. Dans cette affaire, le 1er adjoint au maire de Nantes s’assoit clairement sur l’article 1er qui stipule : « que les élus nantais s’engagent à n’accorder aucun avantage à un individu et ne pas utiliser les prérogatives d’élus municipaux dans l’intérêt particulier d’un individu ».

En interne, ce recasage ne passe pas non plus. « C’est tout ce que la politique a de plus mauvais », condamne le syndicaliste Gabriel Magner, qui ne s’était pas exprimé sur le sujet jusque-là. « C’est ce genre d’arrangement qui met le FN au second tour de la Présidentielle ! » On le voit, pour défendre son pré carré et ses amis politiques, Pascal Bolo n’hésite pas à franchir la ligne jaune. L’affaire des « opposants notoires » en est une autre illustration. En novembre 2007, alors que le PS nantais commence doucement à préparer la prochaine élection municipale, un email est envoyé aux 200 « militants référents » du parti. Le candidat Jean-Marc Ayrault leur demande de remplir une fiche destinée à lister, dans tous les quartiers, « la présence de relais connus ou d'opposants notoires à la municipalité ».

Martine liste ses « opposants notoires »

Dévoilée par la presse, cette étrange tentative de fichage suscite une vague de protestations. Et tous les yeux se tournent vers Pascal Bolo, directeur de campagne du candidat socialiste, en première ligne lors de la rédaction de cette fameuse circulaire. « Le terme d’ « opposants notoires » est une connerie, consent-il aujourd’hui. J’ai peut-être écrit cette phrase de merde mais je ne m’en souviens pas. En revanche, Jean-Marc Ayrault a validé le texte avant l’envoi. En réunion, il a dit, sans me regarder mais en pensant très fort à moi : « Il y a des fois où il faut savoir retenir sa plume ! » Il ne nous a pas viré mais, plus tard, nous a dit : « Si j’avais pensé que c’était si grave, j’aurais pris d’autres décisions ! », raconte-t-il aujourd’hui.

C’est qu’entre temps, pour rattraper le coup et dédramatiser l’affaire, le porte-flingue a su utiliser la presse locale à son insu « C’est moi-même qui ai fait sur mon ordinateur une fausse couverture "Martine liste ses opposants notoires". Par un biais détourné, je l’ai fait parvenir à Presse-Océan qui s’est empressé de la publier. Et ça, ça m’avait bien fait marrer ! » avoue-t-il, encore amusé.

Bolo Martine
Photo du numéro de Presse-Océan dans lequel est paru la couverture de Martine fichant ses opposants notoires

Prêt à défourailler, comme à se faire hacher menu pour son mentor, Bolo sait aussi la jouer plus fine et user de sa réputation d’homme de main pour parvenir à ses fins. Une qualité qui lui vaut, à chaque élection ou presque, d’être le représentant de Jean-Marc Ayrault lors des négociations d’entre-deux tours. Lors des régionales de 2010, comme de la municipale de 2014, la méthode Bolo est la même : « Il excite, il provoque, il méprise et instaure un rapport de force pour ensuite négocier » se souvient un ancien leader d’EELV.

Les écolos ont payé pour le savoir. Entre 2007 et 2017, Pascal Bolo, élu suppléant sur la première circonscription de Nantes était chargé de marquer à la culotte son député titulaire, François de Rugy. « Du "en même temps" avant l’heure », euphémise Eric Fallourd, l’ancien directeur de cabinet du nouveau ministre de la Transition écologique. « Une habile manœuvre d’Ayrault, rétorque un ancien membre du cabinet de ce dernier. Il donnait ainsi une récompense aux Verts, écartait De Rugy de la course à la mairie, tout en le plaçant sous étroite surveillance ».

D'espoirs douchés en ambitions déçues

Mais ce rôle de porte-flingue lui a aussi coûté cher. Adjoint au maire de Saint-Herblain, 1er secrétaire du Parti Socialiste 44, député, maire de Nantes… Autant de mandats espérés mais qui lui sont passés sous le nez. Soit par la volonté de Jean-Marc Ayrault, soit par celle des militants socialistes, soucieux de trouver une figure plus rassembleuse. Soit tout l’inverse de Bolo, poperéniste contre la majorité fabusienne dans les années 1990, soutien de Yannick Vaugrenard contre Charles Gautier pour les sénatoriales (pour se venger de son éviction de Saint-Herblain), acide dans son blog à l’encontre des Verts et, plus récemment, soutien d’Emmanuel Macron dès le premier tour de la dernière élection présidentielle.

Lui, l’ancien militant de la gauche du PS, avoue avoir voté pour le libéral Emmanuel Macron contre le candidat du parti, Benoît Hamon. Sa première infidélité depuis qu’il y a pris sa carte, en 1983. « Mon tort a été de faire campagne pour Hamon une demi-journée et de me faire photographier distribuant ses tracts. C’était une connerie. J’ai voté Macron car je ne pouvais pas voter Hamon. C’est un résidu de gauchiste avec lequel on ne fera rien de bon. Celui qui avait le discours qui me plaisait le plus, c’était Peillon mais à l’évidence, il ne passait pas. Dans la même configuration, aujourd’hui je revoterais Macron. »

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Pascal Bolo avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault, le 21 septembre 2011 / Source : blog de Pascal Bolo

Cette trahison affirmée, contrairement à bien d’autres camarades socialistes, ne l’empêche pas d’être toujours adhérent du PS aujourd’hui. « Un militant actif et respecté », selon Dominique Raimbourg le secrétaire fédéral du Parti socialiste de Loire-Atlantique. « Pascal Bolo est sur la ligne majoritaire au sein du département : une ligne sociale-démocrate soucieuse d’une renaissance du PS. Sa grande expérience de gestionnaire est capitale pour nous. Son point faible : un goût immodéré pour la provocation. » poursuit Dominique Raimbourg.

Il est comme ça Pascal Bolo. Le bosseur, le fin connaisseur des dossiers et des réseaux reste et restera aussi le provocateur, l’homme clivant. Une personnalité qui ne se marie guère avec le rôle de premier de cordée politique. « Il n’est pas fait pour avoir le pouvoir total mais il est bon pour faire fonctionner la machine » explique son cousin et militant En Marche , Patrice Bolo.        

« C'est Bolo qui tient la boutique »

Celui qui a toujours joué les seconds couteaux espère donc le rester. Pascal Bolo l’assure, sa fidélité à Johanna Rolland sera totale, comme elle l’avait été pour Jean-Marc Ayrault. « Ma manière d’aider Johanna, c’est de retourner mon rôle de porte-flingue en paratonnerre ». A 56 ans, l’homme clé se voit dans la prochaine équipe municipale. Et si Johanna Rolland faisait un autre choix ? « Je trouverais ça dur » avoue-t-il.

En la matière, il y a les « pour » et les « contre ». « Non seulement Pascal connaît parfaitement les rouages et les dossiers mais c’est aussi un homme doté d’un bon sens relationnel, ce que Johanna n’a pas suffisamment », lâche un adjoint au maire. Même l’opposition y va de son soutien : « Il faut être lucide. L’équipe municipale de Johanna Rolland manque d’envergure. C’est Pascal Bolo qui tient la boutique. Difficile de faire sans lui », admet ainsi un membre de l’opposition.

Les « contre » pointent en revanche l’homme du passé. « On le sent fatigué par la charge. Il doit laisser la place. Ce serait l’occasion pour Johann Rolland de tuer enfin le père (Jean-Marc Ayrault) », lance ainsi un élu socialiste. « Il n’y a pas de père à tuer car la succession entre Jean-Marc Ayrault et Johanna Rolland s’est faite de façon fluide et apaisée. Pascal est aujourd’hui nécessaire dans le dispositif mais il est encore trop tôt pour savoir s’il sera dans la prochaine équipe. La liste se compose dans un contexte donné. On ne connaît pas encore les conditions politiques de 2020 », lui répond Bassem Asseh, adjoint au maire chargé du dialogue citoyen et appelé, par Johanna Rolland, à la préparation politique des prochaines municipales. Encore une fois, l’avenir politique de Pascal Bolo repose dans les mains de son patron…

Pour cette enquête, nous avons interrogé plus d'une vingtaine de personnes, anciens ou actuels élus, membres des cabinets Ayrault et Rolland, acteurs de la vie publique locale. Jean-Marc Ayrault et Johanna Rolland n’ont malheureusement pas souhaité répondre à nos questions. Gérard Allard, le maire de Rezé, n'a pas donné suite à notre demande d’interview. Pascal Bolo, en revanche, nous a accordé un entretien de deux heures quarante, n'esquivant aucune question.

Bidule_carre_512pxJohanna Rolland, le YelloPark, les relations sociales à la Sémitan, les années Ayrault... Pascal Bolo sans filtre. Retrouvez la semaine prochaine les moments forts de notre interview avec l'homme clé de la métropole nantaise. 

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).