Emmanuel Macron avait promis un renouvellement de la classe politique. En Loire-Atlantique, son parti semble avoir pris sa promesse au pied de la lettre… Mardi 18 décembre, la référente départementale de La République En Marche (LREM), Valérie Sauviat Duvert, a annoncé sa démission sur sa page Facebook personnelle. Après Valérie Oppelt, Stéphane Gachet et Isabelle Manzoni, l'élue de Guérande est la quatrième à abandonner la tête du mouvement, qui va donc devoir se trouver un cinquième patron en à peine deux ans et demi…

Le 3 novembre dernier, en marge d’une réunion départementale, Valérie Sauviat Duvert semblait pourtant plutôt confiante. « Vous voyez, il n’y a pas de valse des référents chez En Marche 44. On peut même parler de stabilité à présent ! », nous confiait-elle, en référence à une précédente enquête de Mediacités. Une quarantaine de jours plus tard, la voilà pourtant qui rend son tablier, deux ans avant la fin officielle de son mandat. « J’ai tenu 13 mois sur 36, c’est déjà bien ! » sourit-elle aujourd’hui.

Les raisons de son départ ? « Elles sont personnelles », dit-elle, en affirmant vouloir se consacrer à ses enfants et à sa nouvelle carrière professionnelle. En septembre dernier, cette mère séparée de cinq enfants (dont deux vivent encore avec elle), a décroché, à 49 ans, un poste d’assistante commerciale chez Syd. Cette société, située à Saint-Herblain, est spécialisée dans le conseil et l'ingénierie informatique et a été co-créée par Yann Trichard, le président de la CCI de Nantes-Saint Nazaire. « Ce n’est pas mon poste de référente bénévole qui va me faire manger, confie Valérie Sauviat Duvert. Lorsque vous avez jusqu’à 800 euros par mois de dépenses de garde d’enfants, il y a un moment où votre banquier dit stop. Après avoir trouvé un travail, j’ai dû faire un choix. Ce qui pose vraiment la question de la place des femmes en politique. D’ailleurs, je vais m’atteler à cette question à présent. »

Lutte de pouvoirs

Voilà pour la version officielle. Du côté des militants, on ajoute une autre explication : la querelle d’ego et d’ambitions qui mine le parti macroniste en Loire-Atlantique depuis ses origines. Une guerre qui a trouvé l'un de ses points d’orgue samedi dernier, lorsqu’une nouvelle équipe départementale a été présentée aux animateurs et co-animateurs de comités locaux, en l’absence de la référente. « On sentait depuis quelques temps que Jessy Robert (ancien socialiste, conseiller municipal à Vertou et suppléant de la député LREM Sophie Errante, ndlr) prenait le leadership, raconte l’un des animateurs présent. Son attitude lors de cette réunion nous a confirmé qu’on nous imposait encore un nouveau référent. Marre que ces changements dans l’équipe départementale ne soient pas choisis par la base ! »

Le député Mounir Belhamiti n’est pas du même avis. Après avoir remercié Valérie Sauviat Duvert pour le travail accompli, il explique que « la recomposition politique, c’est aussi le fait de pouvoir assumer un certain renouvellement au sein de l’encadrement du mouvement. » De là à changer de tête de file tous les six mois…

Derrière les questions de pouvoir, cette valse des référents témoigne surtout des difficultés du mouvement En Marche à se structurer au niveau local. Les luttes internes, le manque de moyens, l’absence de transparence dans la nomination des référents… Autant de facteurs qui rendent la mission délicate. Et qui peuvent inquiéter les militants alors qu’approchent de nouvelles échéances électorales. « Contrairement aux autres partis politiques, nous n’avons pas de locaux départementaux, pas de salariés et peu d’élus locaux pour nous soutenir. La charge est vraiment lourde », confie l’animateur d’un comité local. Valérie Sauviat Duvert ne dit pas autre chose : « Ma mission était de pacifier le mouvement. J’ai fait le job, même si nous avons des difficultés à nous rassembler. On est rarement d’accord en même temps. »

Ce manque de stabilité n’est pas le lot de la seule Loire-Atlantique. Ces trois dernières semaines, trois autres responsables départementaux ont quitté leur poste, dans les Bouches-du-Rhône, l’Isère et le Lot.

À l’heure où ces lignes sont publiées, En Marche 44 n’a toujours pas officiellement annoncé la démission de Valérie Sauviat Duvert. Pourtant, en interne, un appel à candidature est déjà lancé. La nomination devrait intervenir en janvier.
Le co-référent d’En Marche 44, François-Xavier Le Hecho, n’a pas répondu à notre demande d’interview, tout comme Jessy Robert.

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).