La réputation de Claude D’Harcourt n'est plus à faire. Le préfet de Loire-Atlantique et des Pays de la Loire est connu pour son style direct. « Cash », même. Trop ? C’est la question qui se posait, hier soir, à l’issue de son discours de vœux prononcé devant les responsables des services de l'État, les élus locaux, parlementaires, représentants des religions et des associations. Au milieu d’un portrait bien sombre de l’année 2019 - année « de fractures, de violences » qui lui « laisse un sentiment de lassitude, d’impuissance » -, le représentant de l’État dans la Région sort soudain de son devoir de réserve pour exprimer ses doutes à propos du projet de loi du gouvernement sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. « Le projet de loi bioéthique porte une rupture anthropologique majeure », lâche-t-il, reprenant l’expression employée par l’Académie de médecine en septembre dernier. Un avis « un peu daté » avait jugé, à l’époque, la ministre de la Santé Agnès Buzyn. « A titre personnel, je ne suis pas sûr que cette loi favorise les repères auxquels aspirent nos concitoyens », poursuit le préfet.

Devoir de réserve

Simple usage de sa liberté d’expression ou entorse à la loyauté dû par le représentant de l’Etat au Gouvernement ? Qu’en disent les textes ? Que « le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l'instrument d'une propagande quelconque », note le site fonction-publique.gouv.fr. Et que cette « obligation de réserve est particulièrement forte pour les titulaires de hautes fonctions administratives en tant qu’ils sont directement concernés par l'exécution de la politique gouvernementale ».      

La petite phrase tombe au moment où le Sénat examine le projet de loi bioéthique et qu’Emmanuel Macron s’est lancé dans un vaste mouvement de nomination au sein du corps préfectoral (un quart des départements devrait changer de préfet dans les semaines à venir)...      

« Surprise » pour la députée LREM Valérie Oppelt

Si personne ne bronche dans le salon de la préfecture aux dorures XVIIIe, chacun a bien retenu la sortie préfectorale. Un élu en particulier ne cache pas sa satisfaction : le vice-président (Les Républicains) du conseil régional des Pays de la Loire Sébastien Pilard. Tout juste rentré de la manifestation parisienne de dimanche « contre la PMA pour toutes », il juge le préfet « courageux » avant d’expliquer à Mediacités qu’il aimerait « que certains politiques aient le même courage ».

La députée macroniste et candidate à la mairie de Nantes Valérie Oppelt exprime pour sa part sa « surprise ». « Peut-être que le préfet devrait rencontrer les acteurs de ce sujet », conseille-t-elle, en précisant qu’elle a voté cette loi en première lecture. D’habitude si prompt à monter au créneau sur ces questions de société, le président du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, préfère « ne pas faire de commentaire ».

Claude d’Harcourt poursuit son discours centré autour du malaise de notre société, citant notamment « L’archipel français », récent ouvrage du politologue Jérôme Fourquet, les travaux du philosophe Marchel Gauchet ou encore François Mauriac. Et s’il rend un hommage aux forces de l’ordre, pas un mot en revanche sur les manifestants blessés par la police ces derniers mois, ni sur Steve Maia Caniço, décédé en marge d’une intervention des forces de l’ordre, lors de la fête de la musique.

Mise à jour du 22 janvier 2019

Suite à l'article de Mediacités, Claude d'Harcourt, a été convoqué en urgence à Paris, par le ministère de l'Intérieur, mercredi 22 janvier au matin. A l'issu de cet entretien, le préfet des Pays de la Loire faisait paraître un communiqué dans lequel « il reconnait que son expression, même s’il a précisé qu’il s’agissait de son opinion personnelle, dès lors qu’elle était publique, était inadéquate (...). Il a eu ce matin l'occasion ce matin (sic) de fournir ces explications au ministre de l’Intérieur, qui lui a rappelé ses obligations ».

CP d’Harcourt
Communiqué de presse de Claude d'Harcourt, suite aux révélations de Mediacités.

Avatar de Antony Torzec
Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).