Certains avaient déjà leurs billets d’avion. D’autres finissaient d’organiser leurs premières semaines de retraite. Certains réfléchissaient au moyen d’inverser les mauvais résultats du premier tour. D’autres à celui de conforter l’avance acquise au soir du 15 mars. Face à l’épidémie de coronavirus, tous ont dû revoir leurs plans dans l’urgence, enfiler leur écharpe tricolore et organiser la continuité des services publics essentiels à la vie de leurs administrés. 

Entre les attentes de la population, dont ils sont les premiers interlocuteurs, et les directives gouvernementales, les maires et leurs adjoints n’ont pas la tâche facile. La délégation aux collectivités territoriales du Sénat ne s’y est pas trompée. Jeudi 9 avril, elle lançait une grande consultation en ligne auprès des élus locaux « pour recueillir leurs avis et leurs témoignages sur les difficultés qu’ils éprouvent dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19 et la gestion de l’urgence ». Ses résultats seront rendus publics début mai et ils seront forcément disséqués avec attention.
Face à la crise, chacun son style
En attendant, les quatre premières semaines du confinement ont été l’occasion d’observer les maires à l’œuvre dans une situation de crise, ce moment où leur fonction symbolique l’emporte largement sur leurs pouvoirs institutionnels. Comme le note Éric Landot, avocat spécialisé dans les collectivités locales, auteur d’un livre intitulé L’Histoire des maires, « le maire, c’est la figure tutélaire, proche, aimée, qui incarne une certaine continuité et un certain ordre. Sa fonction symbolique est très importante en temps de crise ».  

Si importante que, comme l’explique Alain Faure, directeur de recherche au CNRS et professeur de science politique à l'Université de Grenoble, « ces périodes peuvent souvent être des révélateurs dans une carrière politique. Ce sont celles où la fonction d’incarnation devient colossale et où le caractère personnel du maire peut prendre le dessus, poursuit l’auteur de Des élus sur le divan, un ouvrage à mi-chemin entre la psychanalyse et le science politique. Dans ce type de crise grave, on sort de la simple gestion des affaires publiques et du registre partisan. Les maires doivent se positionner personnellement, émotionnellement et, souvent, leur conception profonde de la politique et de la gouvernance émerge ».  

En la matière, à chacun son style. A l’échelle de l’agglomération nantaise et du département, nous en avons identifié quatre différents. En regardant la façon dont les premiers magistrats de certaines communes ont abordé la crise. Et surtout, alors que celle-ci est intervenue en plein cœur de l’élection municipale, en observant la façon dont ils ont associé leurs concurrents ou leur opposition aux décisions. Quand certains, sûrs de leur pouvoir, de leurs services et de leur autorité décidaient seuls ou presque, d’autres s’attachaient à associer, de façon plus ou moins large, le reste du personnel politique local. Revue de détail.     

Les "seuls maîtres à bord"

Incontestablement l’irruption du Covid-19 bouleverse les priorités politiques. Mais là où le maire est très confortablement installé dans son fauteuil, c’est un peu “business as usual”. Quitte même à renforcer encore un peu la centralisation des circuits de décision habituels face à une opposition marginale.

C’est le cas, par exemple, sur les bords fleuris et particulièrement paisibles de l’Erdre. Premier magistrat des 20 000 citoyens de La Chapelle-sur-Erdre depuis 12 ans, Fabrice Roussel (PS) a été reconduit dès le premier tour (55,69% des voix), pas franchement chahuté par l’unique liste concurrente menée par son éternel challenger, l’ex-Modem Erwan Bouvais. « C’est sûr que ça simplifie et accélère les choses. Le plan de continuité des activités (PCA), je l’avais préparé avec mon équipe de direction. Il a simplement fallu l’adapter un peu », déroule celui qui est aussi premier vice-président de Nantes Métropole. Un directeur travaille constamment à la mairie - fermée au public, comme partout ou presque. Fabrice Roussel y vient une fois par jour et tient une réunion d’équipe par semaine au moins avec le Directeur Général des Services (DGS) et des directeurs administratifs. 

Suivant les sujets (accompagnement des retraités et précaires, local pour les professionnels de santé, suivi des associations sportives et culturels, etc.), certains adjoints sont sollicités. Une gestion très pyramidale, qui ne laisse pas grand place au reste de l’équipe municipale, majorité et opposition confondues. Tous les conseillers n’ont ainsi reçu que deux courriels depuis un mois, en dehors des newsletters publiques.

Le chef de file de l’opposition Erwan Bouvais a annoncé se mettre dès la mi-mars à la « disposition [du maire] pour constituer une unité municipale face à l’urgence sanitaire qui nous menace ». Inutile pour l’heure lui répond en substance ce dernier : « Nous nous appuyons principalement sur une partie des personnels [260 agents dont 100 en télétravail, NDLR] plus des bénévoles. Nous arrivons à répondre à la situation sans besoin de solliciter les élus ». Changement de ton le 9 avril, puisque le centriste Erwan Bouvais conteste désormais « la sincérité du scrutin en raison de la forte abstention » via un recours devant le tribunal administratif de Nantes.

« Quand viendra le déconfinement, il sera temps de compter les bouses. »

S’en prendre ainsi au maire, figure rassembleuse en temps de crise, ils ne sont pas nombreux à l’oser. Au contraire. Même s’ils n’en pensent pas moins, la plupart des élus d’opposition interrogés sont bien conscients que les polémiques pourraient être mal perçues et préfèrent marcher sur des oeufs. C’est le cas à Clisson, à une quarantaine de kilomètres au sud de Nantes . . .

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