«Laurence ! Laurence ! Laurence ! » ; « Bravooo ! ». Sous les vivats d’une trentaine de colistiers et de militants, la tête de liste LR, fait son entrée dans l’arrière-salle d’un chic café de la place Aristide-Briand. Les mines sont satisfaites et l’ambiance détendue. Laurence Garnier vient de rassembler… 27,61 % des suffrages, soit 32 points de moins que la maire sortante (PS) Johanna Rolland. La défaite en chantant, en somme ! « 30 ans, ça suffit » affirmaient les bandeaux - d'un rouge aussi vif que désespéré - collés par les militants au dessus des affiches de la maire sortante. Apparemment non : en 2026, quand s’achèvera la mandat tout juste entamé, la droite aura passé 37 ans à randonner dans l’opposition le sac à dos alourdi par six nettes défaites.

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Affiches électorales de Johanna Rolland barrées d'un "30 ans ça suffit", en 2020 / Photo : Thibault Dumas

Que le soleil brille où qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige (ce qui - reconnaissons le - est plutôt rare en mars, voire en juin, à Nantes), elle perd. Et dans les grandes largeurs. Que la participation soit haute (55,13 % en 2008) ou catastrophiquement basse (30,96 % en 2020), elle perd. Qu’elle change de premier de cordée à chaque scrutin comme à l’époque Ayrault ; ou qu’elle conserve la même tête de liste comme sous l’ère Rolland, elle perd. Daniel Augereau (1989), Élisabeth Hubert (1995), Jean-Luc Harousseau (2001) puis Sophie Jozan (2008) ont été brisés dès le premier tour. Et si Laurence Garnier (2014 et 2020), a réussi à franchir cette première marche, c’était pour mieux se fracasser sur la suivante. Malgré « une bonne campagne car pugnace » comme complimente anonymement l’une de ses adversaires, la conseillère régionale (LR) fait même arithmétiquement moins bien que six années plus tôt. 

Résultats, au conseil municipal d’installation du 3 juillet, le groupe d’Union de la droite et du centre (UDC) sera réduit à neuf conseillers municipaux (sur 69), contre 14 lors du mandat précédent. Six d’entre eux - et non plus dix - (sur 48) siégeront à Nantes Métropole. Et comme les “perdus” reviennent à En Marche ou au MoDem, l’opposition nantaise ajoute désormais la division à sa faiblesse intrinsèque. 

Catastrophique ? On serait tenté de dire oui. Certains, pourtant, préfèrent voir le verre à moitié plein. C’est le cas d’Hervé Grélard, par exemple. « Les lignes ont bougé, affirme celui qui fut colistier de Laurence Garnier en 2014, puis de Valérie Oppelt cette année. Pour la deuxième élection consécutive, Johanna Rolland doit passer par un second tour. Ce n’était jamais arrivé à Jean-Marc Ayrault. Rappelons que sept électeurs sur dix n’ont pas voté pour la maire sortante au premier tour. C’est loin d’être un plébiscite. » Certes. Mais cela reste une maigre satisfaction quand on ambitionne depuis si longtemps de diriger la sixième ville de France. Alors, comment expliquer l’incapacité de la droite nantaise à incarner une opposition crédible ? Historiques, politiques, sociologiques... les raisons semblent multiples.   

1 - Une droite trop divisée 

Revenons à Hervé Grélard. Lui qui ne s’assoira plus sur les bancs du conseil municipal incarne justement cette difficulté de la droite à présenter un front commun face à la majorité de gauche. Et à réussir la synthèse entre ses différentes sensibilités politiques. Alors qu’il siégeait depuis douze ans avec la minorité LR-UDI, ce représentant du centre-droit la quitte en 2017 pour rejoindre En Marche. Dans l’espoir - déçu - d’en obtenir l’investiture aux municipales, bien sûr. Mais aussi parce que la ligne du parti présidentiel correspondait mieux à ses idées. Et il n’est pas le seul à avoir ainsi mis les voiles ces dernières années. 

Dans le sillage de Valérie Pécresse, dont il est le référent départemental du mouvement "Libres !", Bernard Roussely a lui aussi quitté Les Républicains il y a un an. Il a continué à siéger comme conseiller municipal aux côtés de ses anciens camarades de parti, mais sans passion. Tout comme Xavier Fournier, membre du bureau politique d’Agir, la droite constructive (aile droite de la majorité macroniste à l’Assemblée). Proche du maire (LREM et ex-LR) d’Angers Christophe Béchu, il a quitté Nantes pour des raisons personnelles mais n’a jamais caché ses réticences vis-à-vis de la ligne droitière de Laurence Garnier. « Plusieurs sensibilités étaient représentées dans notre groupe mais très rapidement nous avons compris que la ligne conservatrice était privilégiée. La campagne de l’élection présidentielle de 2017 très pro-Fillon et sans retenue jusqu’à la fin a confirmé les choses » raconte un autre colistier.

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Laurence Garnier, lors du meeting de lancement de sa campagne aux Municipales 2020 à nantes. / Photo : Antony Torzec

Des tensions internes qui n’ont pas attendu l’avènement d’Emmanuel Macron et de son mouvement pour émerger. Il y a six ans déjà, Laurence Garnier avait eu fort à faire pour s’imposer et unifier l’UMP : nomination tardive, parachutage avorté de Marie-Anne Montchamp, candidature dissidente de Sophie van Goethem (5,59 % des voix tout de même), élue dimanche sur la liste « Mieux vivre à Nantes »… Rien ne lui avait été épargné pour cette première  campagne qu’elle qualifia elle même « d’éprouvante ». Cette fois, alors même qu’elle avait réussi à unifier derrière elle les une bonne part des composantes de la droite traditionnelle, la division est venue de l’extérieur. En l'occurrence d’une marcheuse de la première heure, Valérie Oppelt. 

Car si la députée macroniste de Nantes a dit mener une campagne « en même temps », souhaitant piocher des électeurs aussi bien à droite qu’à gauche, force est de constater que ce sont plutôt les premiers qui se sont laissés convaincre. « Quand on regarde la répartition géographique des votes LR et LREM à l’échelle des bureaux de vote, on constate que le coefficient de corrélation est de 0,7 sur une échelle qui va de -1 à 1, décrypte le géographe nantais Jean Rivière. En clair, que s’ils avaient eu à choisir entre Laurence Garnier et Johanna Rolland, les électeurs de Valérie Oppelt se seraient plutôt portés sur la première. «Électoralement, c’est une liste de droite », confirme le maître de conférences à l'Université de Nantes. D’où l’amertume logique de Marc Reneaume, directeur de campagne et colistier de Laurence Garnier : « ce qui nous a le plus handicapé c'est de n’avoir pas pu faire alliance avec LREM au deuxième tour. Cela aurait créé une vraie dynamique sur des projets qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau, à part sur le CHU. »

2 - Une droite en mal de troupes 

Des divisions qui deviennent d’autant plus problématique que la droite nantaise souffre depuis des décennies d’un manque de leadership. Alors que diriger l’une des dix plus importantes villes françaises aurait pu attiser l'ambition de certains ténors nationaux, tous ceux qui furent pressenti ont reculé devant l’obstacle. Du baron gaulliste Olivier Guichard à Franck Louvrier (actuel chef de file départemental de LR et nouveau maire de La Baule), en passant par Alain Madelin ou François Fillon… Résultat, on l’a vu, sous l’ère Ayrault la droite envoyait tous les six ans un nouveau candidat au casse-pipe. Et devait tout reconstruire une fois la défaite consommée.

Si le cercle vicieux a été rompu avec Laurence Garnier, les faiblesses demeurent. « La droite est divisée avec des sensibilités différentes. Il n’y a plus de leader incarné au niveau national et local et les soutiens peinent donc à venir », note Arnauld Leclerc, professeur de science politique à l’université de Nantes. En 2014, la tête de liste UMP avait lancé sa campagne lors d’un meeting tenu en présence de François Fillon. En 2020, elle a tout fait pour décoller cette étiquette de “filloniste” - qui l’agace - et faire une force de cette absence de grandes figures nationales. « Aujourd’hui, il n’y a plus de parti politique. Vous construisez vous-même un projet politique pour votre ville, explique-t-elle à Mediacités. C’est le travail que nous avons fait. Un travail qui demande à être compris. »

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A Nantes, dans le QG désert de Laurence Garnier, le soir du premier tour des élections municipales. / Photo : Antony Torzec

Reste à savoir par qui ce travail est mené. Et en l'occurrence, pour définir sa stratégie politique Laurence Garnier réunissait depuis septembre 2018 un groupe de réflexion composé… des premiers noms de sa liste. Tous les dimanche soir on y trouvait Marc Reneaume, l’éminence grise, à l’influence grandissante, mais aussi les quadras Julien Bainvel et Guillaume Richard, l’ex dissidente Sophie van Goethem, ou l’entrepreneur Richard Thiriet. Une exception dans cette liste de noms archi connus, dont certains sont élus dans l’opposition depuis 2008… 

« Nous avons tous un métier et une vie professionnelle à côté, contrairement aux socialistes ou aux verts qui vivent de l’élection », note Sophie van Goethem pour justifier le manque de renouvellement de la droite nantaise. Observant la liste Garnier dans son ensemble, un observateur se fait bien plus sévère : « Annick du Roscoat, Jean Amyot d'Inville, Loïc le Masne de Chermont [entre la 64e et la 68e place de la liste, NDLR]. Rien que les noms… Ce sont des figures très anciennes qui renvoient à l’époque de Michel Chauty, maire dans les années 1980. Elle a eu tort de les garder ». 

Pouvait-elle faire autrement ? Pas sûr. Car après 30 ans de déconvenues électorales, la promesse de la défaite et d’un ingrat travail dans l’opposition n’attire pas forcément les foules. Un signe : les Républicains qui s’appuyaient sur près de 4000 adhérents sur l’ensemble de la Loire-Atlantique en 2017 n’en comptent plus cette année que 1350...               

 

3 - Une droite en manque d’électeurs 

Car la cité des Ducs de Bretagne est devenue une véritable “terre de mission» pour la droite. Depuis les années 1970 le mouvement sociologique de fond, qui couple urbanisation rapide et déchristianisation lente de l’Ouest, lui est nettement défavorable. C’est sur cette base que le Jean-Marc Ayrault a pu « nouer une alliance de classe entre les milieux populaires et les nouvelles classes moyennes supérieures favorisés par la métropolisation et la mondialisation, selon le fondateur de la revue Place Publique Thierry Guidet, auteur de "La rose et le granit: le socialisme dans les villes de l’Ouest" (éditions l’Aube). Et cette alliance, qui tient à peu près le coup jusqu'à aujourd'hui, a vidé une partie de l’aquarium où évoluait traditionnellement la droite. » Dans cet ouvrage l’ancien candidat UDF-UMP à la mairie de Nantes, Jean-Luc Harousseau, a d’ailleurs ces mots : « Les bobos plus l’électorat populaire traditionnel, ça finit par former de solides majorités de gauche… ».               

 

 

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En bleu, les bureaux de vote dans lesquels la liste de Laurence Garnier est arrivé en tête au premier tour des municipales 2020

A Nantes, le phénomène s’est encore renforcé ces dernières décennies par l’arrivée de 4 000 nouveaux habitants chaque année. Des néo-Nantais chez qui « il y a une surreprésentation des jeunes adultes entre 18 et 40 ans, une génération très sensibles aux questions environnementales, même si certains peuvent voter à droite, note le géographe Jean Rivière. On y trouve aussi beaucoup de cadres et professions intermédiaires du secteur public, du travail social, de la culture, soit une clientèle électorale typique de gauche. »

Le rabougrissement et l’homogénéisation électorale de la droite nantaise est visible à l’œil sur nue la carte des résultats par bureaux de vote. Défaite en 1977, elle était quand même en tête dans 41 d’entre eux sur 138 au premier tour, de Mellinet à la Cathédrale en passant par les Haut-Pavés. En 2020, Laurence Garnier ne devance ses adversaires que dans 34 bureaux sur 204, contre 45 sur 209 six ans plus tôt.              

 

« Dans le centre-ouest de Nantes, autour du parc Procé et de Monselet, on a désormais une sorte de bastion. Avec un électorat plutôt âgé, qui est propriétaire dans ces beaux quartiers de la bourgeoise traditionnelle nantaise, décrypte Jean Rivière. Ce sont de gros indépendants, des haut cadres du privé, parmi les mieux placés dans la hiérarchie socioprofessionnelle. » 

 

4 - Une droite en manque de soutiens 

Pourtant, même dans ces groupes sociaux présumés favorables, comme les chefs d’entreprises et les catholiques pratiquants, LR a été sérieusement secoué ces dernières décennies. « La droite nantaise continue d’avoir des réseaux dans les milieux catholiques les plus conservateurs, mais leur influence est déclinante. De plus, la question religieuse ne pèse plus au niveau municipal », évacue Thierry Guidet pour les seconds. La diffusion du christianisme de gauche dans l’Ouest – Jean-Marc Ayrault en est directement issu –, après le concile Vatican II, avait auparavant fait sauter l’automatisme du vote chrétien-démocrate.

Quant aux entrepreneurs, Laurence Garnier en comptait bien quelques uns sur sa liste, à l’image de son n°2 Richard Thiriet ou de l’ancien président de la CCI et militant pro-NDDL, Alain Mustière. Mais ils ne font pas la majorité du tissu entrepreneurial nantais. D’ailleurs les liens avec les organisations patronales s’avèrent distendus, comme le révèle cette anecdote. Le 21 janvier dernier, la CCI convie tout le gratin entrepreneurial à sa traditionnel cérémonie des vœux au monde économique à La Beaujoire. « Laurence Garnier avait été placée à côté du président du Medef  de Loire-Atlantique Patrick Cheppe, raconte un participant. À son arrivée, elle lui tend la main en lui disant “Bonjour, vous êtes ?”. Ça a jeté un froid. Et rendu criante la différence avec l’arrivée de Johanna Rolland, qui connaissait tout le monde et a même fait la bise à Patrick Cheppe. » 

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Les 69 membres de la liste Garnier présentés lors du premier meeting de la candidate LR à nantes. / Photo : Antony Torzec

C’est que, droite ou non, on ne rivalise pas facilement avec une familiarité construite pendant 30 ans d'exercice du pouvoir. « Du Medef au CJD, la plupart des chefs d’entreprise votent pour Jean-Marc-Ayrault, puis pour son clone Johanna Rolland, affirme Hervé Louboutin, journaliste retraité et fin connaisseur de la droite. À partir du moment où ils font le job économiquement, et plutôt bien malgré le clientélisme, c’est fini pour la droite ».   

Illustration avec les startuppers. Flanquée de son Numeric Man, Francky Trichet, Johanna Rolland sait flatter les égos et les intérêts des entrepreneurs du numérique nantais. La Cantine, le quartier de la Création, etc… Elle a su parler à cette nouvelle catégorie d’acteurs que le portefeuille aurait pu faire pencher à droite. Au point que cette dernière semble désormais s’en désintéresser. 

« A l’échelle de la ville, j’ai peu croisé d’élus de l’opposition dans l’écosystème numérique. Ce ne sont pas des gens qui viennent aux évènements et qui cherchent à rencontrer les différents acteurs, nous expliquait l’an dernier Simon Robic, figure du milieu et désormais soutien de Valérie Oppelt. Pourquoi ne s’investissent t-ils pas ? Je pense que ce n’est pas perçu comme un sujet sur lequel ils peuvent avancer et attaquer [la majorité] ». Le moratoire sur la 5G, accepté par Johanna Rolland lors du mariage de raison d’entre deux tours avec les écolos, aurait pu leur en fournir l’occasion. Mais Laurence Garnier et ses colistiers ont préféré monter au créneau contre le transfert du CHU sur l’île de Nantes, vieil antienne de la droite nantaise. Laissant Valérie Oppelt et ses troupes préempter cette question nouvelle… 

5 - Une droite en manque d’idées

Le renouvellement des idées… Voilà l’une des autres difficultés à laquelle doit faire face la droite nantaise. Retour en octobre dernier. Lors d’une conférence de presse, Laurence Garnier donne le ton de sa campagne : « il y a une vraie souffrance des Nantais. La sécurité est leur première préoccupation. Il n’est pas un jour sans que l’on m’en parle ». La sécurité sera son cheval de bataille jusqu’aux ultimes jours de juin. Un côté “mono-thématique” préjudiciable selon le politologue Arnauld Leclerc : « Il y avait des trous dans la raquette de campagne de Laurence Garnier. Elle ne parle pas assez à tous les Nantais. » Pour d’autres le mal est plus profond encore. « La droite n'est plus du tout ici une puissance d'affirmation de contre-valeurs à celles de gauche. Elle se réfugie dans une vague culture économique sans dimension politique, au sens sacré du terme » déplore Hervé Louboutin. 

Pourtant, aux premières heures de la campagne, la candidate a bien tenté d’élargir son champ de vision, en verdissant nettement son approche. Il s’agissait de faire de Nantes « la première naturopole européenne », de parler « Révolution vélo», de « parc urbain sur l’île de Nantes », de « plantation de 110 000 arbres », d’un « quartier fluvial en lieu et place du CHU actuel »... A l’occasion de cette conversion écologique, elle dit même voir « des fractures plus profondes entre EELV et le PS, qu’entre EELV et nous ». 

Cette ligne verte s’effacera finalement au fil de la campagne, au profit de la sécurité, encore et toujours. Avant, pour surfer sur la vague Covid19, que son équipe de campagne ne choisisse de remettre sur le devant de la scène le dossier CHU, allant jusqu’à commander une enquête téléguidée « pour montrer que les Nantais sont d’accords avec nous ».

« La droite n’est pas crédible sur les propositions environnementales, tranche pour sa part l’ancien président des Républicains en Loire-Atlantique, François Pinte. Nous avons toujours eu un retard dans ce domaine en ratant ce rendez-vous avec Jean-Louis Borloo et la création d’un parti “turquoise”, qui incarne une ligne environnementale de droite » explique l’ex vice-président de la Région, retiré de la vie politique depuis trois ans. Quant aux questions sociales, « c’est le terrain de prédilection de la gauche avec notamment des habitants des HLM qui ont tendance à remercier les élus sortants aux élections » regrette-t-il.

Un constat partagé par le colistier de Laurence Garnier, Julien Bainvel. « Nous n’avons pas assez d’ancrage dans les quartiers. C’est un boulot qui n’a jamais été fait. On a enclenché cela en 2014 mais ce n’est pas suffisant et ça prend du temps », se désole le conseiller municipal d’opposition. « Il faut continuer à labourer et à mailler le terrain là où on allait pas, avec les maires de quartier par exemple » appui le colistier n°10 (et non élu), Foulques Chombart de Lauwe. Un travail de proximité qui demande beaucoup de temps. 

Alors, quel terrain labourer pour tenter de gagner la ville ? « Celui du centre ! » répondent en chœur François Pinte et Hervé Grélard. « Pour gagner Nantes, il faut rassembler les conservateurs et les libéraux et non pas les conservateurs et les réactionnaires » préconise le second. « Laurence Garnier incarne déjà le vote conservateur donc il est inutile d’aller chercher dans cette sphère. Il faut au contraire chercher les centristes et les libéraux, à condition qu’eux-mêmes soient mobilisés pour cela » continue le centriste, qui a annoncé sa retraite politique lundi.

« Faux ! » lui rétorque son ex-consœur du groupe de la minorité nantaise, Blandine Krysmann. « Quand on passe son temps à faire des œillades à la République en Marche, on perd son âme. Il y a une partie de la droite qui ne s’y retrouve pas » affirme la militante du Parti chrétien démocrate (PCD). « Nous représentons 2 000 voix à Nantes. Nos électeurs ont regretté que le PCD ne soit pas représenté sur la liste en 2020. Nous n’avons donc pas donné de consigne de vote » souligne l’élue.

6 - Et la droite en 2026 alors ?

Mais quelles seront les forces en présence en 2026 ? Du côté d’En Marche, la caillou dans la chaussure de la droite, Valérie Oppelt, l’assure : « Nous ne voulons pas nous nous s’arrêter à ces élections municipales. Nous serons une opposition ou plutôt une minorité constructive ». La campagne terminée, la députée macroniste lâche ses coups, lorsqu'il s’agit d’évoquer ses nouveaux voisins de conseil municipal : « Cette opposition ne donne pas envie et les électeurs ont bien dit qu’ils en avaient ras-le-bol de cette droite traditionnelle que l’on a à Nantes depuis 40 ans. »

Laurence Garnier elle-même sera t-elle candidate à la prochaine municipale ? En 2014, dès l’annonce de sa défaite, elle avait immédiatement fait part de son intention de repartir pour un tour. Interrogée par Mediacités au soir du second tour, dimanche dernier, sa réponse est bien moins précise : « Je dis aux Nantais qu’ils peuvent continuer à compter sur moi. Cela fait clairement partie de mes projets. » « Mes projets », comme celui de devenir sénatrice par exemple ? Fin janvier, le sénateur LR Christophe Priou avait confirmé à Mediacités son intention de lui laisser son siège au Sénat après les Municipales. Un mois plus tard, en février dernier, elle déclarait dans les colonnes de Ouest-France que ce lot de consolation en cas de défaite à la mairie de Nantes « est stupide ».

Entre la reconduite éventuelle de sa vice-présidence de Région et un siège de parlementaire assuré, le choix peut-être rapide pour Laurence Garnier. Il peut aussi lui permettre de consolider son image de leader incontestée de la droite nantaise prête à la joute électorale en 2026. Ses piliers de liste ne voient pas d’autre issue. « Quand j’ai commencé à travailler avec Laurence en 2012, je lui ai dit qu’il fallait mener ce combat sur le long terme. » se souvient Guillaume Richard. « Dans une ville ancrée à gauche comme Nantes, il faut du temps pour préparer le terrain » conforte Julien Bainvel, pourtant candidat à l’investiture six ans plus tôt. À moins que la droite ne prenne le risque de repartir de zéro. Une nouvelle fois

Thibault Dumas  et  Antony Torzec
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.