Rarement l’installation d’un entrepôt avait suscité autant de rebondissements et de polémiques. Mais quand on parle d’un géant du web, une société qui pèse 1000 milliards de dollars, rien ne peut être paisible et discret. C’est en 2018 que la rumeur apparait. Amazon souhaiterait installer un lieu de stockage et de distribution dans l’agglomération nantaise, plus précisément à Grandchamp-des-Fontaines, au nord de Nantes. Deux plateformes logistiques de 46 000 et 75 000 mètres carrés.

Coup de théâtre plusieurs mois plus tard : Amazon dément l’information et l’acquéreur du terrain de 10 hectares, le promoteur immobilier Pitch Promotion, laisse alors planer le doute sur le futur bénéficiaire des entrepôts qui doivent ouvrir en 2021. Mais il y a trois jours, le feuilleton Amazon connaît un nouveau rebondissement. Le 30 juin, l’agence de presse économique API annonce que le n°1 du e-commerce va bien construire un entrepôt dans la métropole nantaise. Mais le site a changé : plus question de Grandchamp-des-Fontaines, c’est sur Carquefou que la compagnie dirigée par Jeff Bezos a jeté son dévolu.

La maire de Carquefou renvoie la balle à la Métropole

Interrogée par Mediacités, la maire de la commune, Véronique Dubettier-Grenier, confirme l’information et annonce avoir accepté le permis de construire. Le projet d’Amazon est de construire l'entrepôt du "dernier kilomètre", un "hub" de 9 500 mètres carrés « seulement », destiné à rationaliser la distribution terminale des colis. Conformément aux pratiques du géant américain, le programme avait été jusque là tenu secret. « Ce dossier a été géré par le service développement économique de Nantes Métropole. Le développement économique est une compétence métropolitaine, précise la maire de Carquefou. Au début de l’instruction du dossier, je ne connaissais pas le nom du futur propriétaire. Les services de Nantes Métropole me parlaient du dossier « XYZ ».

Manque de transparence ou défense du secret des affaires, la réponse dépend de quel côté l'on se place. Quoi qu'il en soit, elle ne satisfait pas l’édile, réélue en mars dernier. « J’ai cherché à savoir qui se cachait derrière ce « XYZ ». Quand j’ai appris qu’il s’agissait d’Amazon, j’ai essayé de dialoguer avec les responsables de l’entreprise, comme je l’avais fait avec la direction de Lidl pour la création de sa plateforme régionale (NDLR : sur la même zone industrielle que le projet Amazon). Malheureusement, là, aucune communication possible ! »

La maire de Carquefou se tourne alors vers Nantes Métropole, la collectivité compétente sur les questions économiques. Là encore, peine perdue. « En conférence des maires l’an dernier, j’ai souhaité que cette question de l’implantation d’Amazon dans l’agglomération nantaise soit discutée entre nous. Je n’ai pas eu de réponse de Johanna Rolland », lâche Véronique Dubettier-Grenier. Pourquoi, alors, ne pas avoir refusé tout simplement le permis de construire ? « La demande a été étudiée au regard du PLUM (le plan local d’urbanisme métropolitain), répond la maire de Carquefou. Comme elle n’allait pas à son encontre, nous avons accepté le permis. Sinon, nous risquions un recours devant le tribunal administratif. »

« Nous regarderons tout ce qu'il est possible de faire légalement pour s'opposer à ce projet »

Interrogée par Mediacités, la présidente de Nantes Métropole sort aujourd’hui de sa réserve. « Cette implantation n’est pas une bonne nouvelle pour l’agglomération nantaise », nous répond-elle en marge du premier conseil municipal de la mandature, ce 3 juillet. Une position lapidaire, qui tranche avec le suivi du projet par ses propres services à Nantes Métropole, mais qu’elle justifie par la crise sanitaire. « Cette crise et ses conséquences n’ont fait que renforcer mes convictions sur ce type d’implantation sur l’agglomération nantaise. La manière dont a agi Amazon pendant le confinement [et notamment le refus de protéger ses salariés face au Covid, entraînant décisions de justice et fermeture de ses entrepôts en France, ndlr] montre que cette entreprise n’a pas sa place dans l’agglomération », explique Johanna Rolland à Mediacités. Avant d’aller plus loin : « Nous regardons ce qu’il est possible légalement de faire pour s’opposer à ce projet. » Bref, la guerre est déclarée.

L’implantation d’Amazon dans la métropole était d’ailleurs devenue encore plus difficile à assumer politiquement depuis l’alliance avec les écologistes au second tour des municipales. La position de la maire de Nantes évitera un premier sujet de friction avec ses alliés. Dans un tweet, la cheffe de file EELV, Julie Laernoes, avait marqué son désaccord face à l’arrivée d’Amazon dès le jeudi 2 juillet. « Alors que la relance économique et sociale doit passer par une relocalisation de notre économie, cette annonce est un coup de massue pour l'emploi, le droit des salarié.e.s, le climat et la biodiversité », écrivait-elle. Une position qu'il faudra néanmoins expliquer dans un climat devenu tendu sur le front de l’emploi après l’annonce de licenciements massifs chez Airbus et ses filiales, à Nantes et à Saint-Nazaire.

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).