Quarante-six jours et puis s'en va... L’arrivée ultra médiatisée de Raymond Domenech n’y aura rien changé. Débarqué hier dans la journée, l'ex nouvel entraîneur du FC Nantes laisse le club dans une situation sportive à peine plus compliquée que celle qu'il avait trouvé à Noël. Depuis la dernière journée de Ligue 1, le 7 février, le voilà embourbé à une inquiétante 18e place, synonyme de périlleux barrage en fin de saison. Une menace de relégation en Ligue 2 appelée de leurs vœux par certains supporters qui manifestent aux abords du stade de la Beaujoire avant chaque match pour réclamer le départ de Waldemar Kita, président-propriétaire des Canaris depuis 13 ans et empêtré dans ses « acrobaties fiscales », comme nous le révélions en décembre avec Mediapart.

Cette crise sportive pourrait aggraver une situation financière déjà mise à mal par la crise sanitaire, comme le montre le bilan financier 2020 du club (arrêté en fin de saison dernière, soit au 30 juin 2020), que Mediacités a analysé.

PGE et exonération de charges

Au fil des lignes comptables, on apprend que la SASP FC Nantes (70,9 millions d'euros de budget) a bénéficié de diverses aides - surtout publiques - pour faire face à la crise du coronavirus. Comme 630 000 entreprises françaises l’an dernier, elle a d’abord obtenu un prêt garanti par l’État (PGE) « d'un montant total de 11,4 millions d’euros au taux de 0,25 % auprès de nos principales banques », peut-on lire dans le document. Entreprise du secteur sportif de moins 250 salariés (206 aujourd’hui), elle a aussi profité d’une exonération de cotisations patronales, plafonnée à 800 000 euros.

Une aide exceptionnelle de 7,7 millions d’euros lui a aussi été versée par la Ligue de football professionnel (LFP) pour compenser les droits télévisés non réglés par les diffuseurs au printemps dernier. Au passage, la holding propriétaire de 99,6 % des parts du club étant domiciliée en Belgique depuis 2007, on peut se demander si les deux premiers versements évoqués sont conformes au principe édicté par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire (voir ci-dessous)… D’autant que Waldemar Kita est poursuivi pour « fraude fiscale aggravée » et que le club lui-même est visé par un contrôle fiscal.

Des recettes en baisse

Arrêté fin juin, le bilan comptable se voulait déjà prudent. « L’évolution de cette crise sanitaire ne permet pas, à ce jour, d'en mesurer toutes les conséquences sur les comptes de la saison 2020-2021, y est-il écrit. Mais nous pouvons estimer eu égard aux mesures mises en œuvre que la poursuite de l'exploitation n'est pas remise en cause ». Quelques semaines plus tard, Franck Kita, directeur général du club, voyait plutôt le verre à moitié plein : « Financièrement, nous n’aurons pas de difficulté particulière », rassurait le fils de Waldemar Kita lors d’une conférence de presse de rentrée. Mais c’était avant la reprise d’un championnat à huis clos et donc sans recettes de billetterie. Avant, également, la débâcle du diffuseur sino-espagnol Mediapro/Téléfoot, qui devait garantir environ 40 millions d’euros par saison aux Canaris.

Ces bouleversements rendent la lecture du dernier bilan comptable encore plus inquiétante. On y apprend par exemple que les recettes des droits télévisés avaient déjà chuté de 32,58 % (de 27,1 à 18,2 millions d’euros) en 2020, avant même le retrait de Mediapro et la reprise de la diffusion par Canal+ pour un montant bien moindre. Les produits publicitaires et de sponsoring reculaient, eux, de 15,13 % (de 9,9 à 8,4 millions d’euros). Quant aux rentrées liées à la billetterie, elles ne baissaient que de 2 % (environ 7,6 millions d’euros). Un chiffre qui ne tient compte que de l’annulation de 5 matches la saison dernière et pas encore des huis clos qui sont devenus la règle cette saison. « Seuls les produits divers de marchandises sont en augmentation de 30,49 %, le nouveau logo [décrié par certains supporters, NDLR] et la nouvelle collection de produits disponibles ont été appréciés », peut-on aussi lire.

Cap bilan FCN

Bref, alors même que la saison 2020/2021 n’avait pas commencé, la situation financière du FC Nantes n’était guère reluisante. Depuis, elle n’a pu que s’aggraver, comme celle de tous les clubs français. Mardi 7 février, la LFP réclamait d’ailleurs une réunion avec les pouvoirs publics afin de construire un plan de secours d’urgence. « Il est (…) indispensable que l’État participe à aider les clubs professionnels et leurs actionnaires à surmonter les urgences que la crise de la Covid-19 a générées », écrivait la Ligue dans un communiqué.

Kita continue néanmoins de faire remonter l'argent en Belgique

« Aider les clubs professionnels et leurs actionnaires », écrit la Ligue. Parmi ces derniers, tous ne sont cependant pas à plaindre. Car s’il est une chose dont le bilan comptable du FC Nantes permet de se rendre compte, c’est que la crise sanitaire n’a pas infléchi la stratégie financière de son propriétaire. Pour le moment, du moins. La « clause de retour à meilleure fortune » qu’il utilise depuis des années continue à être activée avec encore 2 millions d’euros remontés, le 30 juin 2020, du club vers sa holding belge Flava Group. Selon nos calculs, le total remboursé par le club s’établit à 18,7 millions d’euros. L’homme d’affaires franco-polonais a donc parcouru le tiers du chemin, puisqu’il lui reste 36,9 millions d’euros à récupérer sur sa mise de départ.        

 

Comment est-ce possible dans un tel contexte ? Waldemar Kita continue à faire pression pour vendre en série, avec l’aide du controversé agent Mogi Bayat : 21 joueurs cédés pour 16 joueurs achetés à la fin de la saison 2019-2020. De quoi générer 21,1 millions d’euros, un record après les 39,9 millions de la saison précédente. Les signatures de contrats professionnels avec des joueurs formés au club sont aussi moins fréquentes (les indemnités de formation versées par la FFF ont chuté de 1,5 million à 500 000 euros). Au total 100 joueurs ou joueuses sont désormais sous contrat avec les Jaune et Vert contre 127 un an plus tôt.


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Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.